Elections centrafricaines: un test de paix nationale
Election Centrafricaines: Le double scrutin devient un véritable test des acquis de consolidation de la paix dans le pays
« TENTATIVE D'UN COUP D'ETAT »
La semaine dernière, le gouvernement centrafricain a accusé François Bozizé, l'ex-chef de l'Etat dont la candidature à la présidentielle a été invalidée, d'une « tentative d'un coup d'Etat » avec une « intention manifeste de marcher avec ses hommes sur Bangui ». Le parti de M. Bozizé a démenti, reprochant au gouvernement de vouloir stigmatiser l'image du président renversé.
La déclaration gouvernementale est intervenue après la création d'une nouvelle alliance rebelle, la Coalition des patriotes pour le changement (CPC). Ce mouvement qui regroupe des principaux groupes armés a pour l'objectif « la grande marche inexorable » sur la capitale Bangui, selon une déclaration de la CPC. Beaucoup d'observateurs voient dans la CPC un lien fort avec M. Bozizé, qui, avant le lancement du mouvement, s'est entretenu avec des leaders rebelles après l'invalidation de sa candidature.
Depuis, les affrontements opposant les forces légales aux rebelles de la CPC ont éclaté dans plusieurs villes à travers le pays, notamment Dékoa (centre-nord), Bambari (centre), Boali (ouest), Mbaïki (sud-ouest) et Bakouma (sud-est), et la marche de la CPC est largement stoppée.
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Vendredi, après avoir rompu un « cessez-le-feu unilatéral » que la coalition a annoncée mercredi, la CPC a tué trois Casques bleus dans leurs actions à Dékoa. De sources locales, les combats ont opposé les forces conjointes des casques bleus de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA) et des soldats des Forces armées centrafricaines (FACA) aux rebelles de la CPC en provenance de la ville de Kaga-Bandoro (nord) pour Bangui. Le refus du passage par les forces conjointes a dégénéré en affrontement.
LA DATE DES ELECTIONS MAINTENUE
Au cours de sa décision de ce samedi, la Cour constitutionnelle centrafricaine a rejeté en bloc toutes les requêtes visant la révision du calendrier électoral tendant au report des élections de dimanche pour des raisons d'insécurité.
Ces requêtes ont été introduites notamment par six candidats à la présidentielle dont l'ancien Premier ministre Anicet-Georges Dologuélé, considéré comme le principal concurrent du président sortant et candidat Faustin-Archange Touadéra après l'invalidation de candidature de l'ex-président Bozizé.
Outre des membres de l'opposition, la CPC exige également la suspension des élections car « les conditions de bon déroulement n'ont jamais été réunies », selon une déclaration de la coalition.
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Pour le chef de la MINUSCA, Mankeur Ndiaye, les revendications du report des élections ouvrent la porte « à une transition qui va entraîner la République centrafricaine dans une nouvelle ère de turbulence et d'instabilité aux conséquences incalculables ».
Le matériel électoral est déployé à travers le pays. Les cartes d'électeurs, en particulier, sont disponibles sur toute l'étendue du territoire national, rassure l'Autorité nationale des élections (ANE), organe chargé de l'organisation des élections en Centrafrique. Pour faciliter les retraits des cartes d'électeurs, l'ANE a décidé de proroger la période du retrait jusqu'à dimanche, jour même du vote.
LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE PREOCCUPEE
Samedi dernier, le secrétaire général des Nations Unies (ONU), Antonio Guterres, a condamné l'escalade de la violence en Centrafrique à l'approche des élections. Il a appelé tous les acteurs centrafricains à cesser toute hostilité de manière urgente, et à travailler ensemble pour assurer des conditions favorables à la tenue d'élections.
Le peuple centrafricain « a souffert pendant trop longtemps du conflit et de l'instabilité », a souligné le chef de l'ONU.
Lundi, le gouvernement centrafricain a annoncé un déploiement des renforts rwandais et russes pour sécuriser le processus électoral, et ce dans le cadre de la coopération bilatérale. Le Rwanda et la Russie ont tous deux envoyé « plusieurs centaines d'hommes » sur le terrain de la Centrafrique, a affirmé le porte-parole du gouvernement centrafricain Ange Maxime Kazagui, sans avoir donné plus de détails.
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La Russie a annoncé mardi avoir envoyé 300 instructeurs militaires supplémentaires au lieu des forces régulières. Le Rwanda a affirmé d'avoir envoyé des soldats pour protéger les Casques bleus rwandais. Ces renforts rwandais pourraient mener des actions en dehors des règlements de l'ONU lors des combats avec les rebelles, a indiqué le président rwandai Paul Kagame.
Mercredi, le président français Emmanuel Macron s'est entretenu avec son homologue centrafricain, et a ordonné le survol du pays par des avions de chasse pour « marquer la condamnation par la France des tentatives de déstabilisation », a indiqué l'Elysée.
Jeudi, 300 casques bleus de la mission de l'ONU au Soudan du Sud (MINUSS) sont arrivés au terrain centrafricain pour aider la MINUSCA, qui compte quelques 11.650 effectifs militaires, à sécuriser les élections.