S'abonner à notre newsletter

Succès ! Vérifiez maintenant votre email

Pour terminer l'abonnement, cliquez sur le lien de confirmation dans votre boîte de réception. S'il n'arrive pas dans les 3 minutes, consultez votre dossier spam.

D'accord, merci

Guerre froide France – Mali: Paris suspend son aide publique au développement, Bamako s’est-il tiré une balle dans le pied ?

Venance Konan profile image
by Venance Konan
Assimi Goïta, président de la transition du Mali
Assimi Goïta, président de la transition du Mali © Crédit photo Présidence du Mali

La France décide de suspendre son aide publique au développement au Mali. Bamako s'est-il tiré une balle dans le pied ? Venance Konan réagit.

Le qui est en guerre froide avec la vient d'interdire aux Organisations non gouvernementales (ONG) financées par la France qui opèrent dans le pays de cesser leurs activités. La France de son côté a décidé de suspendre son aide publique au développement. Et déjà de nombreux observateurs ont commencé à plaindre le sort de ces milliers, voire millions de personnes qui vivent ou plutôt survivent grâce à cette aide et au concours de ces centaines d'ONG qui travaillent au Mali. Qu'en penser ? Le Mali vient-il de se tirer une balle dans le pied ? Je me contenterai de citer quelques personnes qui ont bien étudié la problématique de l'aide accordée aux pays africains.

Commençons par mon ami Laurent Bigot, ancien diplomate français qui fut viré de son poste pour avoir dit, un peu tôt peut-être et à voix haute, ce qui allait arriver au Mali, et qui est vraiment arrivé. C'était dans un article publié dans le journal Le Monde du 14 décembre 2014 : « L'aide publique au développement est d'abord un business qui fait vivre des dizaines de milliers de fonctionnaires internationaux et nationaux, mais aussi une myriade de consultants. Ils ont tous en commun un objectif : ne pas scier la branche sur laquelle ils sont assis et sur laquelle ils vivent grassement. J'ai toujours été fasciné par l'irresponsabilité que génère l'argent de l'aide publique au développement. C'est l'argent de personne. Tout le monde se comporte comme si c'était de l'argent créé ex nihilo. Les bailleurs sortent pourtant ces sommes de la poche de leurs contribuables mais n'ont aucune exigence sur l'utilisation. Les bénéficiaires n'ont guère plus de considération pour ces sommes (parfois folles) qui tombent dans leur escarcelle sans grand effort (on se demande d'ailleurs s'il n'y a pas une prime au mauvais élève…) Le Mali est à cet égard le meilleur (ou le pire ?) des exemples. Plus les autorités faillissent, plus l'argent coule à flot. Cette irresponsabilité généralisée est bien illustrée par l'Union européenne puisque le seul critère qui compte, c'est le taux de décaissement de l'aide. L'efficacité ? Peu importe. Je n'évoquerai pas les frais de fonctionnement de tous ces programmes (salaires, logements et protection des expatriés, flotte de véhicules 4X4…) ni la course effrénée aux per diem, ces indemnités journalières que versent les bailleurs aux fonctionnaires locaux pour participer aux missions, ateliers, séminaires et autres joyeusetés. Il y a même des ministres qui réclament leur per diem pour inaugurer tel ou tel équipement financé par l'aide internationale. »

LIRE AUSSI: Budget 2023 du ministère ivoirien de la Santé: plus de 635 milliards FCFA adoptés pour le ministre Pierre Dimba

Dambisa Moyo, une économiste zambienne, raconte dans son livre intitulé « l'aide fatale : les ravages de l'aide inutile et de nouvelles solutions pour l'Afrique (éditions JC Lattès) » qu'« Il existe en premier lieu une véritable contrainte de prêter. La Banque mondiale emploie 10 000 personnes, le FMI plus de 2500 ; il faut en ajouter 5000 pour les autres agences des Nations Unies, ajouter les employés d'au moins 25000 organisations non gouvernementales enregistrées, des organisations de bienfaisance privées, et l'armée des personnels des agences gouvernementales chargées de l'aide. Au total, cela représente environ un demi-million de personnes, soit la population du Swaziland… L'aide est leur gagne-pain, comme elle l'est pour les fonctionnaires qui la reçoivent (et la détournent). »

Précisons que l'aide publique au développement n'est jamais faite de dons. Il s'agit essentiellement de prêts. Et même lorsque des pays font des dons à d'autres plus pauvres, il s'agit en fait d'investissements. Les pays ne font pas dans la philanthropie. Est-il besoin d'ajouter que l'aide publique au développement entretient la corruption du personnel politique africaine et qu'une bonne partie des fonds destinés à cette fin se retrouve sur des comptes en banque dans des paradis fiscaux ? Ils seront certainement nombreux en Afrique à blâmer les Maliens pour avoir refusé l'aide de la France, cette précieuse aide sans laquelle, croyons-nous, l'Afrique ne saurait vivre.

LIRE AUSSI : La mairie d'Adjamé lance l'opération « un taxi-un emploi »: « devenez propriétaire d'un taxi sans dépôt de caution », les conditions

Pourquoi sommes-nous tant accrochés à cette aide ? Pour Axelle Kabou qui publia en 1991 un pamphlet intitulé « Et si l'Afrique refusait le développement » (éditions L'harmattan), « les Africains restent largement persuadés que leur destin doit être pris en charge par des étrangers » et que « les prétentions civilisatrices de l'Occident ne s'arrêtent pas avec les indépendances. » Pour elle, « l'Afrique noire reste profondément humiliée par l'idée même de développement, » considérant que c'est « une tâche qui relève légitimement des obligations du colonisateur ».

Alors se sont mis en place tous les mécanismes de l'aide à l'Afrique. Pour les Africains, c'était un dû, par rapport à l'esclavage et à la colonisation et aussi, comme le dit Axelle Kabou, « trente années de télé-alimentation, de télé-financement, de détournements divers ont, semble-t-il, largement convaincu les bourgeois africains que leur argent ne saurait servir au développement de leur continent : c'est là le rôle historiquement dévolu à l'ancien colonisateur. » Ces bourgeois eux, planquent tout leur argent dans des paradis fiscaux loin de l'Afrique, et investissent tous en Europe où ils ont tous des maisons et des appartements.

LIRE AUSSI: Marie-Josée Ta Lou, la Panthère: « la fille de Kaddhafi qui ne rêve que de football, de Drogba et de Chelsea »

Thomas Sankara, qui lança la révolution dans son pays le avant d'être assassiné en 1987 avait dit : « Nous encourageons l'aide qui nous aide à nous passer de l'aide. Mais en général la politique d'assistance et d'aide n'aboutit qu'à nous désorganiser, à nous asservir et à nous déresponsabiliser. » Citons encore pour terminer Laurent Bigot, dans son article précité : « l'Afrique ne mérite-t-elle pas un objectif plus ambitieux, à savoir la fin de l'aide ? N'est-ce pas la vocation de l'aide publique au développement de s'arrêter, signe qu'elle aura atteint ses objectifs ? Il est temps qu'une grande conférence internationale fixe le terme de l'aide, adressant au monde un message clair : l'Afrique peut soutenir son propre développement sans être assistée. »

Venance Konan

Venance Konan profile image
par Venance Konan

Abonnez vous à notre newsletter

Pour mieux comprendre l'actualité en Côte d'Ivoire

Succès ! Vérifiez maintenant votre email

To complete Subscribe, click the confirmation link in your inbox. If it doesn’t arrive within 3 minutes, check your spam folder.

D'accord, merci

Lire plus