Guillaume Soro: « le jour où j’ai décidé de prendre les armes »

Deux raisons essentielles ont poussé à prendre les armes le 19 septembre 2002 pour appeler au retour de la démocratie en Côte d’Ivoire.

La première remonte aux calamiteuses élections présidentielles d’octobre 2000 en Côte d’Ivoire. Ces élections n’ont pas été légitimement remportées par . Presque toute la communauté internationale a critiqué leur déroulement, qui avait été caractérisé par l’exclusion  d’importants candidats, par une participation électorale réelle dérisoire et par les coups de force successifs du général Guéï puis du FPI (le Front populaire ivoirien, parti de ).

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L’opposition politique, qui regroupait des démocrates ivoiriens, a appelé à la reprise des élections. J’ai rejoint les manifestations pacifiques qui faisaient valoir ce point de vue dans les rues d’Abidjan.

Le 25 octobre 2000, j’ai assisté à une répression terrible. Je me souviens d’avoir vu les gendarmes ouvrir le feu sur des manifestations désarmés alors qu’ils convergeaient vers la Radio télévision ivoirienne. Je n’oublie pas la vision de ces manifestants pacifiques tombant morts les uns après les autres.

Les balles n’étaient pas tirées en l’air, les manifestants n’étaient pas fauchés par des balles perdues: les gendarmes tiraient littéralement dans le tas avec des kalachnikos. J’ai vu des gendarmes et des jeunes gens armés de machettes et de gourdins, instrumentalisés par le pouvoir, venir arroser les cadavres d’essence et les brûler. Les gens tombaient comme des mouches. Ce sont ces cadavres que l’on a retrouvés en partie dans le charnier de Yopougon.

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Quelques semaines plus tards, il a été question d’organiser des élections législatives auxquelles je comptais me présenter. L’opposition politique a de nouveau demandé l’organisation d’élections justes, transparentes et ouvertes. Gbagbo a refusé. Une nouvelle marche s’est préparée, prévue le 4 décembre. Par souci d’apaisement, les organisateurs ont accepté de troquer la marche contre un meeting au stade Félix Houphouët-Boigny. Mais tandis que les gens convergeaient vers le stade, les forces gouvernementales ont à nouveau ouvert le feu.

Une fille d’environ 14 ans est tombée raide morte sous mes yeux. La démocratie ivoirienne naissante que j’avais connue n’existait plus. Une dictature violente s’installait. Plusieurs de mes camarades ont été abattus ou mis en prison. Ceux qui s’opposaient risquaient leur vie. Bousculée par des associations de défense des droits de l’homme, la communauté internationale critiquait la dérive, mais laissait faire.

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