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Guillaume Soro sort de son silence : « les Africaines et les Africains devront se faire respecter »

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by Guillaume Soro
Guillaume Kigbafori Soro
Guillaume Kigbafori Soro Président de Générations et Peuples Solidaires (GPS) © Crédit photo DR

Discours Guillaume Kigbafori Soro, Président de Générations et Peuples Solidaires, le 13 août 2022, en conférence d'expression citoyenne.

Mesdames et messieurs les présidents des partis politiques et mouvement de soutien associés à Générations et Peuples Solidaires ;

Mesdames et Messieurs les membres de la Conférence Nationale d'Expression Citoyenne de GPS ;

Chers Militants de GPS ;

Chers Sympathisants de GPS ;

C'est pour moi un agréable plaisir de vous retrouver, ce jour, dans le cadre de cette session ordinaire de la Conférence Nationale d'Expression Citoyenne de Générations et Peuples Solidaires (GPS).

Vous l'aurez constaté, il s'agit bien de la première session après la mise en place de notre mouvement, le 26 juillet 2019. Depuis cette date, notre jeune structure a, de façon permanente, été réprimée de toute part et par tous moyens, pour tenter de la faire taire et l'empêcher ainsi de se déployer sur la scène politique nationale et internationale. Cette situation n'a pas facilité son fonctionnement et ne nous a pas permis de nous réunir, au moins une fois par an, comme le stipule l'article 20 des Statuts de GPS.

Toutefois, et fort heureusement, cette difficulté n'a pas entamé votre détermination et votre engagement qui sont demeurés intacts, tout au long des trois années écoulées ; trois années au cours desquelles nous avons subi les pires atrocités et où la démocratie et les droits de l'homme ont constamment été piétinés par le régime en place.

Mais surtout, trois années de courage et d'abnégation de votre part, qui ont permis à Générations et Peuples Solidaires, envers et contre tout, de gagner progressivement les cœurs des ivoiriens qui ont soif d'une démocratie vraie et qui attendent, encore et toujours, que des solutions véritables soient apportées à leurs souffrances quotidiennes, dans un pays où la paupérisation s'est installée en maître.

Je voudrais ici saluer les uns et les autres pour le travail sur le terrain qui a permis à notre mouvement de se maintenir à flot et de faire face à cette adversité qui lui a très tôt été imposée.

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Je voudrais donc avant toute chose saluer la mémoire de nos illustres disparus et martyrs, exprimer ma sympathie à tous ceux qui ont subi la brimade et l'emprisonnement depuis le début de cette lutte, saluer nos amis qui croupissent encore dans les geôles et l'ensemble des prisonniers politiques ivoiriens, saluer l'ensemble du Peuple ivoirien du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest en passant par le Centre, qui n'a eu de cesse de me témoigner par mille et une attentions son attachement fidèle dans l'exil politique que je subis avec plusieurs de mes compagnons depuis bientôt 3 ans pleins.

Mesdames et Messieurs,

Cette Conférence Nationale d'Expression Citoyenne est l'occasion pour notre Mouvement de réaffirmer son ambition pour notre pays la Côte d'Ivoire.

Cependant, je m'en voudrais de traiter de politique ivoirienne sans avoir pris au préalable le pouls de notre planète en convulsions multiples, tant sur les plans écologique, socioéconomique, culturel que politique. Vous le savez peut-être, le monde actuel traverse une crise exceptionnellement grave.

En effet, l'humanité toute entière a commencé à vivre à crédit dans son rapport avec la nature, car selon de nombreuses expertises, les ressources naturelles disponibles sont devenues inférieures aux besoins humains potentiels, de telle sorte qu'on peut dire qu'autant face au réchauffement climatique, au dépérissement de la biodiversité, à la hausse de la pollution planétaire que dans la détérioration des conditions de vie de tous les vivants terriens, l'humanité court de sérieux risques de suicide collectif.

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Il nous faudra collectivement stopper la machine infernale, c'est notre plus grand devoir envers les générations futures.

La question écologique est d'autant plus accrue que les plus grandes puissances peuvent encore s'arroger le droit d'imposer leur conception de la différence entre les bons et les mauvais pollueurs de la planète, tout comme la distribution des sanctions liées à chaque forfait écologique.

La dévastation de la Terre, avec la fonte des glaciers polaires et de haute montagne, la pollution des terres par des engrais nocifs, s'accompagne du creusement des inégalités socioéconomiques. La menace de disparition des deux forêts poumons verts de notre planète, l'Amazonie et la Forêt d'Afrique Equatoriale, est un excellent avertissement sur la pente morbide de notre mode de vie contemporain.

Comment s'en étonner ? Sur le plan socioéconomique, la crise du modèle productiviste néolibéral a atteint des sommets plus culminants, avec l'envol de l'économie spéculative par rapport à l'économie réelle. C'est la mondialisation du surendettement des peuples, soumis aux fourches caudines d'organisations financières rompues dans l'art de soumettre peuples et gouvernements par le crédit indéfiniment croissant.

Au mépris des richesses réellement restreintes qu'ils possèdent, de nombreux Etats du monde se sont laissé emporter dans la terrible surenchère de la dette intérieure et de la dette extérieure, de telle sorte que ce sont les pays les plus faibles qui sont forcés de valoriser par le bradage de leurs matières premières stratégiques, la masse monétaire vide créée par les spéculateurs obsédés du capitalisme extrême.

En cascade, le chômage, le dumping social, la concurrence faussée et déloyale entre les multinationales, la pauvreté des travailleurs, le coût de la vie qui sans cesse caracole vers les plus effrayants sommets, nous annoncent un monde où les conflits entre les plus riches et les plus pauvres s'aggravent dangereusement. Les récentes émeutes de la faim ayant conduit les populations srilankaises en colère à chasser leur président de la République incapable de juguler le fléau de la vie chère annoncent des lendemains orageux sous tous les cieux du monde.

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En vérité, l'argent ne vaut pas plus que les personnes. Images du créateur, les personnes sont des valeurs absolues. Nous devrons collectivement réapprendre à chérir la chance que nous avons de vivre dans la forme humaine. Une civilisation planétaire dédiée au culte de l'Avoir est vouée par définition à disparaître dans la Matière. Nous devons réveiller l'amour de l'Esprit, de la Justice et de la Vérité dans nos peuples et nos personnes, pour sauver la Terre.

Au plan culturel, la mondialisation capitaliste et ses ravages souvent irréparables engendrent inévitablement la désolation dans la vie des civilisations. Menacées et agressées par les colonisations, de nombreuses langues et cultures disparaissent avec leurs legs de sagesse. Dévalorisées par le mépris des puissants, des savoirs puissants, tant dans les domaines spirituels, techniques, que pratiques, disparaissent dans la nuit des temps, faute de transmission assurée des acquis entre les générations anciennes et nouvelles. La crise de la culture, tant dans l'éducation, les arts, sciences, sports, religions ou écoles initiatiques de toutes les civilisations, est tout simplement vouée à l'uniformisation et à la standardisation d'une industrialisation généralisée qui tourne au marchandage des choses précieuses de l'esprit.

Le respect pour le génie créateur en tous domaines devient une denrée rare. La pensée en mode copier-coller l'emporte de plus en plus sur la pensée réfléchie, instruite, critique et autocritique, qui préside pourtant de tout temps aux grandes évolutions culturelles. L'argent-roi, veau d'or de ce monde, a instauré le règne de la quantité et c'est la doctrine des quatre V (Ventre Villa Virement Voiture) qui semble être désormais le summum de la sagesse. Aveuglée par la volonté de puissance, l'humanité court vers les pires dangers.

Comment s'étonner dès lors que la rivalité des puissances soit le nœud de la politique internationale comme nous le montre la guerre qui oppose la Russie à l'Ukraine depuis le 24 février 2022 et la crise sino-américaine, avec la crispation autour de l'île chinoise de Taiwan ? Tout cela vient nous rappeler la nécessité de respecter le principe de souveraineté de chaque Etat et de considérer le dialogue multilatéral, la négociation, le consensus et le compromis comme les maîtres-mots des relations internationales.

Dès lors que la politique est considérée comme l'art d'acquérir, de conserver et d'accroître sa puissance, la question du droit international semble désormais se réduire à celle du droit prétendu du plus fort.

Mais que peut-il y avoir de plus fort que la paix juste, celle qui découle de l'acceptation sans ruse de la nécessité de vivre ensemble au sein d'institutions nationales et internationales justes et bonnes ? Le monde entier est en effet sommé de choisir entre deux conceptions du politique.

Et l'Afrique doit bâtir son chemin face à ce duel des visions irréconciliables du monde.

D'une part la vision unipolaire, issue des cinq siècles de domination planétaire de l'Occident, notamment du 16ème au 21ème siècle. Selon cette conception, la Communauté Internationale doit être soumise aux normes de l'Occident : monnaie, démocratie, religion, droits de l'Homme, normes industrielles, normes sociétales, normes juridiques, interventions et ingérences militaires, économiques et politiques, etc. sont supposées découler de l'extension du modèle occidental, dirigé par les Etats-Unis et leurs alliés d'Europe Occidentale notamment.

Contre la vision unipolaire du monde, s'est dressée la conception multipolaire du monde, issue des années de résistance anticoloniale, des luttes d'autodétermination des peuples du sud, des luttes des non-alignés pendant la guerre froide, mais aussi des volontés de rupture exprimées contre l'unipolarité de la pensée hégémonique occidentale. Selon la conception multipolaire, le monde doit avoir plusieurs centres interconnectés et mutuellement respectueux, interagissant par voie de dialogue, de compromis, de consensus, de négociation, d'inclusivité et d'arbitrage impartial.

Au fond, l'Afrique n'est-elle pas sommée de choisir entre le modèle unipolaire qui a généré la Traite des Noirs, la Colonisation et la Néocolonisation, d'une part ; et d'autre part le modèle multipolaire non intrusif, pratiquant vraiment le gagnant-gagnant où se glisse une chance pour la souveraineté des peuples africains dans un monde partagé, commun et décomplexé ?

Ma conviction est que pour vivre dans ce monde, les Africaines et les Africains devront se faire respecter, et pour cela se respecter eux-mêmes d'abord, afin que face au monde, ne leur soit plus renvoyée l'image honteuse de la haine de soi-même.

En effet, le Continent africain est aujourd'hui pris dans une double spirale. Une crise mondiale combinée à une crise interne de longue durée.

Sur le versant mondial, l'Afrique est sommée, comme on l'a régulièrement vu à l'ONU, de choisir entre deux conceptions rivales d'un monde de retour dans une nouvelle Guerre Froide.

Le bloc Occidental regroupé au sein de l'OTAN et des Institutions Financières Internationales de Washington et Bretton Woods d'une part, le bloc Oriental regroupé autour de l'Alliance Russo-Chinoise et des BRICS d'autre part, déterminée à créer un nouvel espace d'échanges socioéconomiques, culturels et politiques affranchis de la suprématie tous azimuts du pays du dollar . L'Afrique peut-elle se contenter d'un ni-ni sans risquer d'être écrabouillée par le duel des géants de l'Ouest et de l'Est ? L'Afrique ne court-elle pas vers une nouvelle dépendance si elle s'aligne béatement sur les positions de l'un ou l'autre des blocs ? La vérité africaine est sans doute dans la nécessité d'une participation plus lucide, plus active et plus volontariste de l'Afrique au combat pour la naissance d'un monde commun, multipolaire, partagé et inclusif.

En ce qui nous concerne, l'Afrique, berceau de la civilisation, terre de naissance de l'espèce humaine ne peut, dès lors proposer aux civilisations héritières des quatre autres continents que la voie du dialogue et de la paix. Pour que la vie planétaire universelle soit et pour que la vie humaine en particulier soit, nous devons nous sentir tous redevables les uns envers les autres, solidaires car compagnons et aventuriers du même miracle : la Vie ! Voilà pourquoi la paix est notre plus précieux don et doit être notre inlassable quête, car sans la justice et la vérité parmi les humains, la guerre de tous contre tous nous mènerait droit dans l'abime. Or, héritiers de la Vie, nous devons nous efforcer de la transmettre dans des conditions meilleures que celles dans lesquelles nous l'avons reçue.

Sur le plan interne, l'échec des politiques néolibérales s'est accompagné de l'échec flagrant de l'acclimatation de la démocratie en Afrique.

Dans les années 60, on avait voulu forcer les peuples africains à l'unité nationale dans le cadre des Partis-Etats-Uniques.

Dans les années 90, avec notamment la restauration du multipartisme en Afrique, on a assisté à un double dévoiement de ce mouvement par les replis ethniques mais aussi par les manipulations frauduleuses des institutions électorales, des constitutions et de la représentation politique des peuples africains. L'échec socioéconomique massif du continent africain, son dévoiement culturel, ses tragédies politiques cristallisées autour des crises pré et postélectorales, son errance géopolitique et sa vulnérabilité géostratégique viennent de cette incertitude que l'Afrique a de son image d'elle-même.

Que voulons-nous réellement être, ou mieux, qui voulons nous réellement être, nous Africaines et Africains ? Des clones de l'Occident ou des suiveurs de l'Orient? L'expérience nous a amplement montré que c'est un chemin sans issue, car sans cesse nous fera rechuter le plafond de verre du négrisme raciste, du colonialisme et de l'impérialisme dressés sur le chemin de la quête africaine de reconnaissance.

Voulons-nous plutôt être des copies conformes de nos plus glorieux ancêtres ? Encore une voie sans issue, car ce qu'il y eut de grand à toutes les époques relève d'un acte de création originale, d'un effort d'adaptation réfléchie à l'environnement, et non d'un instinct inné.

Il nous faut donc collectivement et individuellement, nous réapproprier notre passé de façon critique, affronter lucidement notre présent avec des moyens adaptés aux circonstances prépondérantes, mais aussi forger grâce à notre expérience réfléchie, les outils du futur, qui nous permettront de transmettre à nos enfants un monde meilleur que celui que nous aurons reçu de nos parents. Et bien sûr, nous leur transmettrons avec le legs de nos acquis, un devoir de lucidité et de vigilance accrue envers les grands prédateurs de ce monde. Et c'est ainsi que les peuples africains contemporain passeront du principe de plaisir qu'on veut leur imposer au principe de réalité qui permet d'esquisser des pas décisifs et résolus vers la vraie liberté.

Par conséquent, la socioéconomie, la culture, la haute science, la politique et la géopolitique africaines doivent faire l'objet d'une réélaboration prospective, ce que nous avons appelé à partir du lancement du Comité Politique en février 2019 en Côte d'Ivoire, « Faire la Politique Autrement ».

Les énergies de la jeunesse africaine, des femmes, des cadres, génies en tous domaines, doivent être mises en synergies opérationnelles pour dégager l'espace vital africain des saprophytes qui l'assombrissent et accomplir une civilisation continentale de la dignité restaurée dans la Solidarité, la Vérité et la Justice, nos valeurs immémoriales et universelles.

Les migrations sauvages en Afrique du nord, les ravages du terrorisme impérialiste au Sahel, les guerres larvées ou ouvertes comme celle d'Ethiopie ou celle du Congo RDC, les crises politiques chroniques en Afrique francophone notamment avec la confiscation du pouvoir d'Etat par une kyrielle de Présidents à vie couverts par le réseau mafieux des intérêts internationaux, le mépris des arrêts des cours africaines de justice par de nombreux régimes dictatoriaux, la montée en flèche de l'inflation en connexion avec la crise géopolitique mondiale, voilà autant de défis qui nous dictent l'obligation de penser autrement.

La crise économique et financière née des troubles et des menaces entres les grandes puissances conduiront nécessairement à une dépréciation des grandes monnaies que sont le dollars et l'euro auquel le franc CFA est lié par un accord de parité. Dans cette perspective, le dernier trimestre 2022 sera sujet à des convulsions multiples et à une véritable chienlit dans la sous-région ouest-africaine. Il faut s'attendre de plus en plus à des révoltes de la faim comme cela a été le cas au Ghana et en Sierra Léone.

L'Afrique doit revoir ses fondamentaux pour opérer sa renaissance et pour cela assumer les ruptures qui s'imposent pour un avenir meilleur.

L'Union Africaine et l'ensemble des organisations politiques et socioéconomiques continentales, doivent réellement refléter les aspirations profondes des peuples en souffrance et non les intérêts de salons des bourgeoisies compradores enivrées par la luxure et le larbinisme les plus abjects.

La région Ouest-africaine tout particulièrement aura vécu l'effondrement de l'ensemble de ses repères paradigmatiques. La CEDEAO, l'UEMOA, institutions majeures de la région se sont discréditées en tolérant les 3èmes mandats anticonstitutionnels, les viols constitutionnels, les assassinats de populations civiles, la traque des opposants politiques et des figures critiques des sociétés civiles, l'instrumentalisation de la justice contre les opposants selon la stratégie inique du Lawfare, le viol des textes communautaires régissant les sanctions régionales, etc.

Le collapsus de la CEDEAO et de l'UEMOA a eu lieu en deux phases.

Lorsque le protocole et la charte sur les élections n'ont pas été opposés aux despotes au pouvoir en Afrique de l'Ouest qui les ont ostentatoirement et impunément violés.

La deuxième phase a été le « deux poids deux mesures » de la CEDEAO dans la condamnation des coups d'Etat militaires au Mali, en Guinée, au , alors que les coups d'Etat civils dans plusieurs pays de la sous-région, à l'instar de la Côte d'Ivoire et en Guinée, étaient tolérés voire applaudis par la CEDEAO, les putschistes civils se faisant même donneurs de leçons contre leurs semblables putschistes militaires.

Guillaume Kigbafori SORO

Président de Générations et Peuples Solidaires (GPS)

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