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« La cherté de la vie, ce que j’en pense » – Jean Bonin

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by Jean Bonin
« La cherté de la vie, ce que j’en pense » – Jean Bonin

« La cherté de la vie, ce que j'en pense, » Analyse de Jean Bonin, ancien vice-président du FPI, sur le coût élevé de la vie en Cote d'Ivoire.

De tous temps, les êtres humains, partout sur terre, se sont plaints du coût élevé de la vie. Ce n'est donc pas un phénomène nouveau chez nous.

Que X ou Y dise, à la faveur d'une cérémonie publique, que « la vie est devenue chère » est un coup d'épée dans l'eau. C'est comme s'il disait qu'il y a des blancs en Europe ou des noirs en Afrique. Une lapalissade ou une vérité de La Palice.

En fait, l'augmentation du coût de la vie s'appelle l'inflation. Elle est mondiale. Tous les économistes, en ce qui concerne l'inflation importée, s'accordent pour dire qu'elle résulte principalement de la guerre en Ukraine et de la longue crise du Covid.

Les français, déjà, depuis l'époque des gilets jaunes dénonçaient la cherté de la vie chez eux. À l'heure où j'écris ces lignes, le sénat français vient de diligenter une enquête sur les causes réelles de la cherté de la vie en france, voire dans la quasi totalité des pays européens.

Le Sénégal, le Ghana et Nigéria ne sont pas en reste. Ils sont eux aussi confrontés à une forte inflation et doivent faire face à une vague de manifestations et de de colère de la population.

Alors, qu'est-ce qui fait ou explique l'inflation (ou la cherté de la vie) et que faire pour la freiner. C'est cela la bonne question qu'il faut se poser, au delà de la dénonciation qui, elle, ne règle pas le problème.

On va donc faire simple pour que chacun puisse comprendre ce phénomène mondial de la cherté de la vie que les économistes nomment « l'inflation ».

Il y a d'abord deux choses qu'il importe de comprendre pour ne pas crier inutilement au loup et faire fausse route.

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1 – C'est quoi l'inflation

Selon les chiffres de la Banque Mondiale, au cours des 60 dernières années, le taux d'inflation des biens de consommation en Côte d'Ivoire a oscillé entre -1,3% et 27,4%. Pour l'année 2021, une inflation de 4,1% a été enregistrée.

De 1961 à 2021, le taux d'inflation moyen était de 5,4 % par an. Au total, la hausse des prix sur cette période a été de 2.040,58 %. Un article qui coûtait 100 Francs en 1961 était donc facturé 2.140,58 Francs début 2022.

En 1999, le FPI et le RDR, alors dans l'opposition, critiquaient la cherté de la vie sous le pouvoir PDCI. En 2010, l'alliance d'opposition PDCI, RDR, UDPCI… dans le RHDP, dénonçait la cherté de la vie sous le régime FPI.

Qui ne se souvient de ce fameux slogan de campagne du RHDP, resté dans les mémoires et qui disait « le prix du kilo de viande, ça aussi c'est la guerre ? ». Dans la même dynamique, le PDCI enfonçait le clou avec sa série de spots publicitaires sur le coût de la vie dénommés « trop, c'est trop » pour illustrer la cherté de la vie sous la refondation.

Aujourd'hui, ce sont ceux qui ne sont plus au pouvoir qui critiquent la hausse des prix alors que, hier, lorsqu'ils n'étaient pas dans l'opposition, ils la justifiaient. C'est aussi ça le jeu normal de la politique… avec son lot de critiques faciles et opportunistes.

Nous, nous ne sommes pas dans une posture politique mais plutôt de la société civile et cela nous engage à dire la vérité aux populations, loin des positions partisanes et émotives.

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2 – l'Etat n'est pas commerçant.

L'Etat, n'a pas vocation à faire du commerce. À ce titre, il ne fixe pas le prix des denrées de première nécessité ou des marchandises. Il fixe les taxes et les impôts sur les biens et services. Les taxes et les impôts n'ayant pas eux récemment augmenté, on ne peut pas accuser l'Etat d'être à la base de la cherté actuelle des produits marchands.

Bien qu'il ne fixe pas les tarifs commerciaux, il a la possibilité de réguler, dans une certaine mesure, les prix sur certains produits. Il faut à ce stade distinguer l'inflation locale de l'inflation importée car la marge de manœuvre de l'Etat n'est pas la même en fonction de l'origine de l'inflation.

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A – l'inflation importée

Elle concerne tous les biens de consommation que nous importons car nous ne les produisons pas du tout ou alors en quantité trop faible pour satisfaire notre consommation domestique.

C'est le cas par exemple du carburant, du blé, du riz, des télévisions, des voitures… Dans cette catégorie de bien, les marges de manœuvre de l'Etat sont très faibles pour réguler sur le long terme la hausse des prix.

Lorsque certains des nôtres se réjouissaient de l'attaque de la Russie contre l'Ukraine, ils ignoraient certainement qu'ils en paieraient, eux aussi, tôt ou tard, le prix fort.

En effet, lorsque les pays européens qui nous exportent la plupart de nos biens de consommation ne peuvent plus se fournir en blé ou en énergie en Ukraine ou en Russie, ils doivent se les procurer ailleurs à des coûts bien plus élevés, qu'ils répercutent sur nous tous.

Lorsqu'en raison du Covid-19, les grands pays producteurs du monde tels que la chine, les usa ou la france arrêtent de produire, évidemment nous devront payer beaucoup plus cher ailleurs pour espérer nous en approvisionner pour faire fonctionner nos industries (pièces de rechange, matière première…) et notre économie.

Ici, comme l'Etat ivoirien l'a fait pour les hydrocarbures, il peut subventionner les tarifs pour ne pas que la hausse soit répercutée sur le consommateur final. Cette subvention a un énorme coût sur les ressources de l'Etat qui fait qu'elle ne peut être durablement maintenue.

Ainsi, entre janvier et mai 2022, le secteur pétrolier a bénéficié d'une subvention de 200 milliards de FCFA afin de maintenir inchangé le prix du gasoil et du transport. De même, entre autres mesures, pour soulager les ménages, les prix de 21 produits de grande consommation ont été, d'autorité, plafonnés par l'Etat et certains ne peuvent plus être exportés afin de garantir la satisfaction locale en priorité.

Même si l'inflation en Côte d'Ivoire est bien mieux maîtrisée que dans pratiquement tous les pays de sous-région, il n'empêche qu'elle est réelle.

La zone CEDEAO est globalement peu dépendante des échanges commerciaux avec la Russie et l'Ukraine. Les importations de la zone proviennent pour moins de 2% de Russie et pour environ 0,5% d'Ukraine.

Le poids dans les importations venant de Russie est toutefois plus élevé pour le Sénégal (près de 6%), le Burkina Faso (5%) et dans une moindre mesure le Togo (3%).

Plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest sont par ailleurs très dépendants de la Russie pour certains produits. Le Bénin en importe ainsi la totalité de son blé et 90% de ses engrais ; le Sénégal et le Burkina Faso achètent à Moscou plus de la moitié de leur blé et de l'ordre de 20% de leurs hydrocarbures.

Le poids de l'Ukraine dans les importations de la zone est globalement marginal, mais le Sénégal lui achète plus de 30% de ses produits sidérurgiques (fer et acier) et 18% de ses engrais.

L'approvisionnement de ces produits devrait être très perturbé par les sanctions, les contre-sanctions prises par la Russie (exportation d'engrais) et l'incapacité de l'Ukraine à accéder aux ports par lesquels transitent 70% de ses échanges avec l'étranger.

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B – L'inflation locale

L'inflation dans notre pays est en réalité une inflation domestique, alimentaire et énergétique. les produits alimentaires pèsent fortement dans le panier des ménages et dans l'indice des prix à la consommation où ils représentent 12% alors qu'au Mali, au Nigeria et au Sénégal ce taux monte à 50%.

Pour essayer de juguler le niveau de l'inflation domestique, le gouvernement a pris une série de mesures dont l'équipement des coopératives productrices de vivriers en semences, engrais, et matériels roulants, la réactivation des comités locaux de lutte contre la vie chère, le gel, sur une période de trois mois, à compter de mai 2022, des droits de douane exigibles sur les importations de blé, afin de maintenir le prix du pain.

Dans la même dynamique, l'État ivoirien a versé aux meuniers un total de 6,4 milliards de FCFA le 27 mai 2022 et aux coopératives du vivrier de 2,5 milliards FCFA.

Conclusion

L'inflation ivoirienne étant, autant importée que domestique, notre pays n'a pas d'autres choix que de promouvoir la consommation des produits locaux. Cela signifie que nous devons produire majoritairement ce que nous consommons et non ce que nous exportons, à l'image du café, du cacao ou de la noix de cajou ou de l'hévéa qui ne rentrent pas dans nos habitudes alimentaires.

La corruption fait perdre, selon le ministre de la bonne gouvernance, plus de 1 100 milliards de FCFA à notre pays chaque année. Combattre efficacement ce fléau en renforçant la fluidité routière par notamment le démantèlement des barrages aura un impact positif sur le coût des produits.

À court terme, ce qu'il faudra faire en Côte d'Ivoire, c'est de fixer un prix plafond pour tous les produits de consommation courante et faire respecter ce prix. En effet, il y'a toujours de la spéculation qui s'insère dans ce type de situation.

Il n'y a objectivement aucune raison pour que le prix de l'œuf par exemple augmente alors que l'Etat a soutenu à coup de dizaines de milliards la filière avicole notamment et que tous les intrants qui concourent à son fonctionnement sont produits localement.

Le problème qui se pose se situe donc ailleurs. Les subventions de l'Etat au secteur agricole arrivent t elles aux bons ayants droits ? Avons-nous des hommes et femmes intègres pour faire respecter les prix et exercer un contrôle sérieux ? La réponse à ces questions devrait, en partie, expliquer l'inflation ivoirienne.

Lorsque nous disons que la lutte contre la corruption doit être soutenue par tous, il s'en trouve pour dire que nous en faisons trop. Aujourd'hui, ils se rendent compte de l'effet direct de la corruption et d me don impact sur le panier de la ménagère et donc sur leur propre pouvoir d'achat.

Au final, si les mesures prises par le gouvernement ont permis de de réduire l'inflation dans les secteurs sensibles comme le transport, l'énergie et la grande distribution, surtout pour certains produits de première nécessité, il reste que pour l'inflation domestique seule l'industrialisation régionale de ce que nous consommons permettra de réduire significativement le coût de la vie et de faire baisser l'inflation alimentaire.

Kouadio JEAN BONIN

Juriste

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par Jean Bonin

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