La dette publique de la France a gonflé au deuxième trimestre, atteignant un record de 3 416,3 milliards d'euros, soit 115,6% du Produit Intérieur Brut (PIB). Une hausse de 70,9 milliards d'euros en seulement un trimestre, selon les données de l'Institut national de la statistique. Cet endettement, qui s'élevait à 101,2% du PIB au début du premier quinquennat d'Emmanuel Macron, interpelle les économistes et les acteurs politiques.
Cette progression constante de la dette France, alimentée par des déficits accumulés depuis 1975, inquiète particulièrement les observateurs. Mathieu Plane, directeur adjoint du département analyse et prévision de l'OFCE, constate que la dette « augmente plus vite que celle de ses voisins européens », surtout depuis 2019. Il attribue cette situation aux coûteuses mesures de soutien face aux crises sanitaire et inflationniste, mais aussi à une baisse des prélèvements obligatoires non compensée et à une croissance économique moins dynamique que prévu.
Des arbitrages budgétaires sous haute tension pour la France
Le déficit français, selon Mathieu Plane, n'est pas seulement conjoncturel, il est également « structurel », un phénomène dont il fixe le « tournant » à la crise des gilets jaunes. Le Premier ministre doit désormais trouver des solutions concrètes pour boucler un budget 2026 dans un climat social tendu. La copie budgétaire, avant même d'être officiellement présentée, provoque déjà des remous. L'intersyndicale, déçue d'une récente entrevue à Matignon, a annoncé une nouvelle journée de mobilisation le 2 octobre pour réclamer une fiscalité plus juste. De son côté, le patronat prévoit un rassemblement le 13 octobre pour s'opposer à ce qu'il qualifie de « dangerosité (du) débat fiscalo-fiscal ».
Les arbitrages s'annoncent complexes. Le montant de l'effort budgétaire nécessaire pour 2026 varie considérablement selon les sensibilités politiques. La droite évoque un effort de 35 milliards d'euros, tandis que les socialistes penchent pour 22 milliards d'euros, loin des 44 milliards ambitionnés par l'ex-Premier ministre François Bayrou pour ramener le déficit à 4,6% du PIB. Ces divergences attestent des difficultés à trouver un consensus.
Instabilité et inquiétudes des marchés internationaux
Au-delà du niveau absolu de la dette, c'est son instabilité qui préoccupe les experts. « Aujourd'hui, on n'est pas capable de stabiliser la dette », alerte François Ecalle, expert en finances publiques et président du site spécialisé Fipeco. La France, avec un déficit attendu à 5,4% du PIB cette année, dépasse largement le seuil européen de 3% qui permettrait une stabilisation. Elle se classe d'ailleurs troisième parmi les pays les plus endettés de la zone euro, derrière la Grèce et l'Italie, et première pour l'ampleur de son déficit.
Les agences de notation scrutent attentivement la situation. Fitch, ayant dégradé en septembre la note souveraine de la France, cite « son instabilité politique et sa fragilité budgétaire » et anticipe même un endettement atteignant 121% du PIB en 2027. Cette perspective accroît la pression sur les finances publiques, d'autant que la remontée des taux d'emprunt, accentuée depuis la dissolution de l'Assemblée nationale en juin 2024, rend le coût de cette dette de plus en plus élevé.
Redressement des finances publiques
Pour François Ecalle, un redressement des finances publiques passe par des économies sur les dépenses, mais aussi par une augmentation des prélèvements obligatoires. Il estime qu'il est « nécessaire, au moins pour des raisons politiques et sociales, de prélever un peu plus sur les riches », faisant écho au débat actuel autour de la taxe Zucman.
Mathieu Plane insiste sur l'importance d'une « stratégie claire de redressement des finances publiques sur plusieurs années » afin d'éviter une perte de confiance des investisseurs et un emballement des taux souverains. Il pointe du doigt le « flottement politique tel qu'arriver à faire passer un budget pour une année, c'est déjà extraordinaire », soulignant ainsi l'urgence d'une vision cohérente et crédible pour l'avenir économique de la France et son impact international.
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