Les chefs baoulés recadrent leurs pairs favorables à Tidjane Thiam
Les chefs baoulés recadrent leurs pairs ayant soutenu Tidjane Thiam dans un rappel à l'ordre pour préserver la neutralité traditionnelle institutionnelle.
Les chefs baoulés recadrent sévèrement leurs collègues ayant participé à la mobilisation pro-Thiam du 7 mai dernier à Yamoussoukro. Dans un communiqué cinglant du 14 juin, sept chefs régionaux expriment leur « grand étonnement » face à cette dérive qu'ils jugent contraire aux usages ancestraux.
Cette intervention disciplinaire vise directement les participants à l'assemblée organisée par le député Yao Yao Lazare. Plusieurs chefs de Akoué et Nanantfoué avaient alors affiché publiquement leur solidarité avec le président du PDCI, exclu de la course présidentielle pour double nationalité.
« Fouler aux pieds les mécanismes de médiation », voilà comment les signataires qualifient cette initiative qu'ils désavouent totalement. Nanan N'Goran Koffi II (Gbêkê), Nanan N'Guessan Bangui (Bélier) et leurs cinq homologues régionaux signent cette mise au point historique.
L'institution coutumière n'avait jamais connu pareille division publique sur des questions politiques. Même lors des périodes les plus troublées – coup d'État de 1999, crises post-électorales – la chefferie baoulé avait maintenu un front uni de neutralité.
Doctrine ancestrale de non-ingérence
Les dirigeants traditionnels rappellent fermement leurs principes fondamentaux de gouvernance. « Privilégier le dialogue et la médiation face aux crises afin de préserver la cohésion sociale et la paix », telle reste leur mission selon la déclaration officielle signée par plus de 2000 responsables coutumiers.
Cette philosophie séculaire s'oppose frontalement aux prises de position partisanes de leurs pairs pro-Thiam. La chefferie officielle refuse catégoriquement toute forme d'instrumentalisation de leur autorité morale dans les débats électoraux contemporains.
« Telle a été notre démarche dans la gestion des conséquences regrettables des crises successives », insistent les signataires, revendiquant une continuité historique de modération politique. Cette référence aux traumatismes passés justifie leur vigilance actuelle.
L'assemblée des chefs réaffirme solennellement son « engagement et sa détermination à faire de la médiation le principal moyen de résolution de toutes les incompréhensions susceptibles de déboucher sur des crises aux conséquences dramatiques ».
Risques d'ethnicisation politique dénoncés
La hiérarchie coutumière exprime ses inquiétudes face aux dérives communautaires que pourrait engendrer l'engagement politique partisan. Elle redoute particulièrement de « laisser sous-entendre une partialité politique de tout le peuple Baoulé » à travers les initiatives isolées de certains dirigeants.
Cette préoccupation s'enracine dans l'expérience traumatisante des violences intercommunautaires qui ont endeuillé la Côte d'Ivoire depuis la disparition d'Houphouët-Boigny. Les chefs évoquent explicitement « la déconstruction du modèle social ivoirien et la mise en péril de la nation ».
« Cette inquiétante situation est suivie avec gravité par l'ensemble des leaders communautaires », confie le document, révélant l'ampleur des préoccupations au sein de l'establishment traditionnel face à la montée des tensions pré-électorales.
L'évocation des « déluges de feux » qui ont « déversé » leurs « corollaires » – pertes humaines et destructions matérielles – sert d'avertissement contre toute dérive susceptible de réveiller ces « vieux démons » selon l'expression utilisée.
Stratégie de préservation institutionnelle
Face à ces pressions contradictoires, la chefferie baoulé adopte une posture défensive de sauvegarde de son capital de légitimité. Elle refuse de compromettre son statut d'arbitre social pour des considérations électorales immédiates, même favorables à un candidat historiquement proche.
Les sept chefs signataires – représentant Gbêkê, Bélier, Iffou, N'Zi, Agnéby-Tiassa, Marahoué et le district de Yamoussoukro – incarnent l'orthodoxie institutionnelle face aux dissidences locales. Leur autorité collective surpasse celle des chefs isolés favorables à Thiam.
Cette ligne de conduite vise à préserver l'efficacité future de leur médiation traditionnelle, quel que soit le vainqueur d'octobre 2025. Dans un contexte de forte polarisation, ils misent sur leur neutralité pour maintenir leur influence post-électorale.
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