PPA-CI: Steve Béko à propos du discours du président Ouattara le 6 août 2022: « des décisions qui font du surplace »
Steve Béko, cadre PPA-CI, décrypte le discours du président Alassane Ouattara le 6 août 2022 à l'occasion de la fête nationale de la Côte d'Ivoire.
Comme tous les ans, le chef de l'État a offert un discours aux ivoiriens à l'occasion de la fête nationale. Avant d'entrer dans le vif du sujet, il convient de noter que la tonalité tranche avec les discours précédant qui contenaient un ton aux allures guerrières et cela est à saluer.
Je vous propose ici mon décryptage de son intervention en deux points : les mesures sociales et économiques (1) et les mesures en faveur de la paix et de la réconciliation nationale (2)
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𝐈- 𝐋𝐄𝐒 𝐌𝐄𝐒𝐔𝐑𝐄𝐒 𝐒𝐎𝐂𝐈𝐀𝐋𝐄𝐒 𝐄𝐓 𝐄𝐂𝐎𝐍𝐎𝐌𝐈𝐐𝐔𝐄𝐒
C'est à une véritable annonce de batteries sociales et économiques que s'est livré Ouattara. On peut noter entre autres :
– 𝘓'𝘦𝘹𝘵𝘦𝘯𝘴𝘪𝘰𝘯 𝘥𝘶 𝘣𝘦́𝘯𝘦́𝘧𝘪𝘤𝘦 𝘥𝘦 𝘭'𝘪𝘯𝘥𝘦𝘮𝘯𝘪𝘵𝘦́́ 𝘤𝘰𝘯𝘵𝘳𝘪𝘣𝘶𝘵𝘪𝘷𝘦 𝘢𝘶 𝘭𝘰𝘨𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘢̀ 𝘭'𝘦𝘯𝘴𝘦𝘮𝘣𝘭𝘦 𝘥𝘦𝘴 𝘧𝘰𝘯𝘤𝘵𝘪𝘰𝘯𝘯𝘢𝘪𝘳𝘦𝘴 𝘦𝘵 𝘢𝘨𝘦𝘯𝘵𝘴 𝘥𝘦 𝘭'𝘌́𝘵𝘢𝘵
– 𝘓𝘢 𝘳𝘦𝘷𝘢𝘭𝘰𝘳𝘪𝘴𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘥𝘦 20 000 𝘍 𝘊𝘍𝘈 𝘱𝘢𝘳 𝘮𝘰𝘪𝘴, 𝘥𝘦 𝘭'𝘪𝘯𝘥𝘦𝘮𝘯𝘪𝘵𝘦́́ 𝘤𝘰𝘯𝘵𝘳𝘪𝘣𝘶𝘵𝘪𝘷𝘦 𝘢𝘶 𝘭𝘰𝘨𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘱𝘰𝘶𝘳 𝘭'𝘦𝘯𝘴𝘦𝘮𝘣𝘭𝘦 𝘥𝘦𝘴 𝘧𝘰𝘯𝘤𝘵𝘪𝘰𝘯𝘯𝘢𝘪𝘳𝘦𝘴 𝘦𝘵 𝘢𝘨𝘦𝘯𝘵𝘴 𝘥𝘦 𝘭'𝘌́𝘵𝘢𝘵
– 𝘓𝘢 𝘳𝘦𝘷𝘢𝘭𝘰𝘳𝘪𝘴𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘱𝘳𝘪𝘮𝘦 𝘮𝘦𝘯𝘴𝘶𝘦𝘭𝘭𝘦 𝘥𝘦 𝘵𝘳𝘢𝘯𝘴𝘱𝘰𝘳𝘵 – 𝘓𝘢 𝘳𝘦𝘷𝘢𝘭𝘰𝘳𝘪𝘴𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘥𝘦 𝘭'𝘢𝘭𝘭𝘰𝘤𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘧𝘢𝘮𝘪𝘭𝘪𝘢𝘭𝘦 𝘲𝘶𝘪 𝘱𝘢𝘴𝘴𝘦 𝘥𝘦 2 500 𝘍 𝘊𝘍𝘈 𝘢̀ 7 500 𝘍 𝘊𝘍𝘈 𝘱𝘢𝘳 𝘮𝘰𝘪𝘴 𝘦𝘵 𝘱𝘢𝘳 𝘦𝘯𝘧𝘢𝘯𝘵
– 𝘓'𝘪𝘯𝘴𝘵𝘢𝘶𝘳𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘥'𝘶𝘯𝘦 𝘱𝘳𝘪𝘮𝘦 𝘦𝘹𝘤𝘦𝘱𝘵𝘪𝘰𝘯𝘯𝘦𝘭𝘭𝘦 𝘥𝘦 𝘧𝘪𝘯 𝘥'𝘢𝘯𝘯𝘦́𝘦, 𝘳𝘦𝘱𝘳𝘦́𝘴𝘦𝘯𝘵𝘢𝘯𝘵 𝘶𝘯 𝘵𝘪𝘦𝘳𝘴 (1/3) 𝘥𝘶 𝘴𝘢𝘭𝘢𝘪𝘳𝘦 𝘮𝘦𝘯𝘴𝘶𝘦𝘭 𝘪𝘯𝘥𝘪𝘤𝘪𝘢𝘪𝘳𝘦 𝘥𝘦 𝘣𝘢𝘴𝘦
– 𝘓𝘦𝘴 𝘳𝘦𝘵𝘳𝘢𝘪𝘵𝘦́𝘴 𝘥𝘶 𝘴𝘦𝘤𝘵𝘦𝘶𝘳 𝘱𝘶𝘣𝘭𝘪𝘤 𝘣𝘦́𝘯𝘦́𝘧𝘪𝘤𝘪𝘦𝘳𝘰𝘯𝘵 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘩𝘢𝘶𝘴𝘴𝘦 𝘥𝘦 𝘭'𝘢𝘭𝘭𝘰𝘤𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘧𝘢𝘮𝘪𝘭𝘪𝘢𝘭𝘦 𝘥𝘦 5000 𝘍 𝘊𝘍𝘈 𝘱𝘢𝘳 𝘮𝘰𝘪𝘴 𝘦𝘵 𝘱𝘢𝘳 𝘦𝘯𝘧𝘢𝘯𝘵. 𝘓𝘦𝘴 𝘳𝘦𝘵𝘳𝘢𝘪𝘵𝘦́𝘴 𝘥𝘶 𝘴𝘦𝘤𝘵𝘦𝘶𝘳 𝘱𝘳𝘪𝘷𝘦́, 𝘭𝘦𝘴 𝘱𝘦𝘯𝘴𝘪𝘰𝘯𝘴 𝘥𝘦 𝘳𝘦𝘵𝘳𝘢𝘪𝘵𝘦 𝘢𝘶𝘨𝘮𝘦𝘯𝘵𝘦𝘳𝘰𝘯𝘵 𝘥𝘦 5%.
Ces mesures sont à saluer car elles représentent une petite bouffée d'oxygène pour les bénéficiaires. Cependant elles appellent quelques observations.
𝐋𝐚 𝐩𝐫𝐞𝐦𝐢𝐞̀𝐫𝐞 est la suivante : sans être économiste, nous savons tous qu'un budget s'équilibre en recettes et en dépenses. Par conséquent, lorsque le gouvernement crée de nouvelles dépenses, il va devoir trouver l'argent pour y faire face. Quand on sait que certaines entreprises publiques comme le FER n'arrivent plus à payer ses prestataires ou que Côte d'Ivoire Énergies traine une dette abyssale de 1500 milliards, l'on est en droit de s'interroger. D'où viendront les 227 milliards de F CFA par an qui permettront de faire face à ses nouvelles dépenses ? Sur ce point précis, la prudence conseille d'attendre la prochaine annexe fiscale avant de se prononcer définitivement. Si de nouvelles taxes et impôts ne sont pas instaurés les fonctionnaires pourront se réjouir.
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𝐋𝐚 𝐬𝐞𝐜𝐨𝐧𝐝𝐞 𝐫𝐞𝐦𝐚𝐫𝐪𝐮𝐞 est que toutes ces mesures ne concernent que le secteur public. Alors qu'en Côte d'Ivoire, l'on note une véritable poussée des jeunes en direction de l'entreprenariat, l'on était fondé à attendre des mesures qui inciteraient les banques à prêter aux jeunes par exemple ou des allègements d'impôts pour les jeunes entrepreneurs. C'est en effet paradoxal d'affirmer que la fonction publique ne peut pas donner du travail à tous les jeunes diplômés et dans le même temps de n'annoncer aucune mesure étatique allant dans le sens d'encourager les jeunes à créer des start-up. Par exemple le concours du Cafop 2019 a vu 75.000 candidats pour 5000 places. Infas 2019 : 48.000 candidats pour 3500 places disponibles. Je ne parle même pas des derniers chiffres qui sont ahurissants. C'est une déception énorme pour la jeunesse ivoirienne et cela dénote d'un manque de vision.
𝐋𝐚 𝐭𝐫𝐨𝐢𝐬𝐢𝐞̀𝐦𝐞 𝐫𝐞𝐦𝐚𝐫𝐪𝐮𝐞 concerne la cherté de la vie et est en relation avec la seconde évidemment. Les ivoiriens ont été durement éprouvés par la flambée des coûts ces dernières années. On était en droit d'attendre des mesures gouvernementales fortes en faveur de l'auto-suffisance alimentaire. On aurait pu aller dans le sens de créer des champions locaux dans le domaine de l'élevage, de la riziculture ou un appui aux femmes du secteur vivrier mais là encore, rien du tout. Juste des bonnes intentions que le chef de l'état résume ainsi : « les récentes reformes adoptées par le Gouvernement pour encourager le secteur privé à investir dans les filières alimentaires, notamment la production locale de riz, de manioc, de banane plantain, de sorgho, de maïs et de soja entraineront une augmentation de l'offre et, en conséquence, une réduction des prix de ces denrées. » Quelles sont ces réformes ? Qui en sont les bénéficiaires ? Un gouvernement qui prépare l'avenir aurait dit que nous débloquons un fond spécial pour tous les jeunes qui veulent investir dans les domaines où nous sommes encore trop dépendants de l'extérieur.
𝐂𝐨𝐧𝐜𝐥𝐮𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐢𝐞𝐥𝐥𝐞 : De bonnes mesures pour les fonctionnaires en attendant les incidences éventuelles sur la prochaine annexe fiscale. Rien pour les jeunes entrepreneurs et le secteur privée. Des décisions qui font du surplace sans préparer réellement l'avenir. Et qui bien entendu ne vont pas contribuer à résorber le chômage.
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𝐈𝐈- 𝐋𝐄𝐒 𝐌𝐄𝐒𝐔𝐑𝐄𝐒 𝐄𝐍 𝐅𝐀𝐕𝐄𝐔𝐑 𝐃𝐄 𝐋𝐀 𝐏𝐀𝐈𝐗 𝐄𝐓 𝐃𝐄 𝐋𝐀 𝐑𝐄𝐂𝐎𝐍𝐂𝐈𝐋𝐈𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍 𝐍𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍𝐀𝐋𝐄
Le chef de l'État a annoncé deux mesures :
– 𝘜𝘯 𝘥𝘦́𝘤𝘳𝘦𝘵 𝘢𝘤𝘤𝘰𝘳𝘥𝘢𝘯𝘵 𝘭𝘢 𝘨𝘳𝘢̂𝘤𝘦 𝘱𝘳𝘦́𝘴𝘪𝘥𝘦𝘯𝘵𝘪𝘦𝘭𝘭𝘦 𝘓𝘢𝘶𝘳𝘦𝘯𝘵 𝘎𝘉𝘈𝘎𝘉𝘖. 𝘓𝘦 𝘥𝘦́𝘨𝘦𝘭 𝘥𝘦 𝘴𝘦𝘴 𝘤𝘰𝘮𝘱𝘵𝘦𝘴 𝘦𝘵 𝘭𝘦 𝘱𝘢𝘪𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘥𝘦 𝘴𝘦𝘴 𝘢𝘳𝘳𝘪𝘦́𝘳𝘦́𝘴 𝘥𝘦 𝘳𝘦𝘯𝘵𝘦𝘴 𝘷𝘪𝘢𝘨𝘦̀𝘳𝘦𝘴.
– 𝘜𝘯 𝘥𝘦́𝘤𝘳𝘦𝘵 𝘢𝘤𝘤𝘰𝘳𝘥𝘢𝘯𝘵 𝘭𝘢 𝘭𝘪𝘣𝘦́𝘳𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘤𝘰𝘯𝘥𝘪𝘵𝘪𝘰𝘯𝘯𝘦𝘭𝘭𝘦 𝘢𝘶 𝘷𝘪𝘤𝘦-𝘈𝘮𝘪𝘳𝘢𝘭 𝘝𝘢𝘨𝘣𝘢 𝘍𝘈𝘜𝘚𝘚𝘐𝘎𝘕𝘈𝘜𝘟 𝘦𝘵 𝘢𝘶 𝘊𝘰𝘮𝘮𝘢𝘯𝘥𝘢𝘯𝘵 𝘑𝘦𝘢𝘯-𝘕𝘰𝘦̈𝘭 𝘈𝘉𝘌𝘏𝘐
S'il faut saluer le rétablissement du président Gbagbo dans ses droits, je ne crois pas que cela nécessitait un décret pour le paiement de sa rente viagère en qualité d'ancien chef de l'État. On peut aussi se réjouir de la libération de Vagba et de Abehi dont le maintien en détention n'avait plus grand sens. C'est un acte de décrispation à saluer.
Cependant, c'est à ce niveau que le chef de l'État était le plus attendu. Après la rencontre des trois grands, les ivoiriens avaient espéré que les décisions qui en découleraient permettraient de passer le cap de la crise politique pour s'inscrire dans l'avenir. Là encore, le chef de l'état a fait du surplace. Lors de ladite rencontre effet, Ouattara avait réitéré à ses prédécesseurs son envie d'aller de l'avant et de refermer la parenthèse de la crise. Ce à quoi laurent Gbagbo avait répondu : « tout le monde veut aller de l'avant mais comme je peux le faire avec Dogbo Blé, Abehi et tous les autres en prison ? Qu'est-ce que je peux dire à leurs parents ? »
Concernant cette thématique, on peut noter que Ouattara a fait du Ouattara : donner l'impression d'aller dans le sens de la paix sans rien céder. A titre illustratifs, lors du dialogue politique, le rétablissement du président Gbagbo dans ses droits était la dixième revendication. C'est dire la place qu'elle occupait dans l'ordre hiérarchique des priorités. Là je pense que nous sommes face à une manœuvre politique du pouvoir : Si Gbagbo excédé par les rendez-vous manqués de Ouattara ne participe plus aux rencontres, on dira qu'il a eu ce qu'il voulait alors il est passé à autre chose. Si jamais il y retourne, on dira que c'est parce qu'il a été acheté maintenant donc il y est obligé.
Parce qu'en fin de compte, est ce qu'on peut parler de paix et de réconciliation nationale sans libérer tous les détenus y compris Seka Seka et Dogbo Ble ? Est-ce qu'on peut parler de paix sans évoquer le retour en Côte d'Ivoire de Soro Guillaume ? Je ne parle pas de Blé Goudé car selon ses proches c'est juste une histoire de calendrier maintenant.
𝐂𝐨𝐧𝐜𝐥𝐮𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐢𝐞𝐥𝐥𝐞: Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié ont attendu le discours de Ouattara avant de décider s'ils feraient le déplacement de Yamoussoukro pour la fête nationale. À mon humble avis, ils n'iront pas et cela dénote de leur insatisfaction.
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𝐂𝐎𝐍𝐂𝐋𝐔𝐒𝐈𝐎𝐍 𝐆𝐄𝐍𝐄𝐑𝐀𝐋𝐄
Les mesures économiques annoncées par le chef de l'État sont inédites et elles sont à saluer tant, elles vont soulager un tant soit peu les fonctionnaires ivoiriens. Mais rien pour l'avenir car aucune mesure concrète pour le secteur privé et l'incitation à entreprendre. Il faut craindre que tous les jeunes diplômés ne se lancent encore à l'assaut des concours de la fonction publique alors que le vrai mouvement de l'histoire aurait été de les encourager dans le sens contraire. Nous continuerons de subir encore un chômage endémique.
Quant à la paix et la réconciliation nationale, le pouvoir n'y est pas encore disposé. C'est plus un effet de communication qu'une véritable volonté de passer le cap de la crise. En conclusion: Ouattara a manqué ce rendez-vous.