Presse ivoirienne : les quatre plaies d’un secteur sinistré

Le ministère de la Communication, de l’Economie numérique et de la Poste a organisé « Une journée d’échanges et de débats sur la presse ivoirienne », récemment à Abidjan, autour du thème générique « Etats des lieux, défis et enjeux ».

Une journée pleine et enrichissante au cours de laquelle les acteurs de la presse, les partenaires et l’Etat de Côte d’Ivoire représenté par le ministre de la Communication, de l’économie numérique et de la Poste se sont parlé sans langue de bois. Ils ont tous reconnu que le secteur de la presse est sinistré. Une présentation de la situation désastreuse dans laquelle la presse de Côte d’Ivoire est engluée a été faite par le conseiller technique du ministre de la Communication, de l’économie numérique et de la Poste, . Il en est ressorti que le marché de la presse est « en décroissance régulière » car ayant « perdu entre 2011 et 2017, 52% de sa valeur et 22% uniquement entre 2016 et 2017 ».

Contenu, impression, distribution et mutation numérique

En plus, le marché souffre de quatre grands maux que sont « le contenu, l’impression, la distribution et la mutation numérique ». Ses charges de production  sont « estimées à 68% (35% de coût d’impression et 33% de coût de distribution) ». Il a aussi parlé des « minimums d’impression de titre de 5 000 exemplaires » et « des modèles économiques devant faire face aux avancées technologiques et à la captation du lectorat ». Un tel tableau a donc nécessité des réflexions pour des prises de décisions.

Bruno Koné tombé de sa chaise

Le ministre  , avant de faire des observations, a dit qu’une analyse des conclusions sera faite en comité restreint pour en tirer les meilleures décisions. A l’entame de ses propos, il a reconnu que la presse est sinistrée « Nous avons eu une présentation de l’état des lieux en particulier des données chiffrées de la presse. Nous sommes tombés de la chaise quand nous avons entendu ces chiffres qui montrent que nous sommes dans un secteur sinistré. Au niveau de la distribution, à peine 1 ou 2 journaux arrivent à vendre 50% de la quantité imprimée. Certains organes vendent à peine 7% de la quantité imprimée quotidiennement, c’est-à-dire qu’il y a 93% d’invendus. Il y a quelque chose qui ne marche pas. Aucun de nous ne peut trouver cela normal » a-t-il regretté.

Se poser les vraies questions

C’est pourquoi, le ministre a dit qu’il faut se poser les vraies questions. Il s’est demandé, d’ailleurs, pourquoi ne pas descendre, conformément au décret de 2007, « au minimum d’impression de titre à 2000 exemplaires » au lieu de 5000 exemplaires si c’est pour en vendre 1500 exemplaires ? En plus, il a suggéré le regroupement de certains organes qui ont des lignes éditoriales proches: « Il y a un problème. Vingt quotidiens mis dans les points de vente dont trois ou quatre disent les mêmes choses. Ce ne sont que des propositions qui ne sont peut-être pas classiques, mais avoir cinq ou six titres avec un bon contenu, avec plus de densité est plus pertinent » a-t-il proposé en ajoutant que c’est le client qui est le seul juge.

Elvire Ahonon