Série de putschs en Afrique de l’Ouest : Ibrahima Kane, « la CEDEAO doit vraiment revoir sa copie »
Dans une interview à APA, le Sénégalais Ibrahima Kane, chargé des questions régionales à l'ONG OSIWA, se prononce sur les putschs en Afrique de l'Ouest et le rôle de la CEDEAO.
La Cédéao et l'Union africaine ont dans un communiqué condamné la tentative de coup d'État en Guinée-Bissau. Est-ce que les réactions épistolaires de ces organismes siéent aux actes qui ont été posés par les putschistes ?
C'est une excellente question. Je pense que la CEDEAO doit vraiment revoir sa copie. Quand je dis la CEDEAO, je parle de toutes ses structures, à commencer par la Commission de la CEDEAO qui est la cheville ouvrière de l'institution. Prenons le cas de la crise en Guinée-Bissau qui a pris une forme violente hier. Elle couvait depuis très longtemps. Et on n'a pas vu la CEDEAO agir de manière concrète, aller dans le pays pour voir les choses. Pourtant, elle a une force militaire basée dans ce pays et connaît très bien la situation pour y avoir géré beaucoup de crises. Donc, elle avait en mains tous les éléments qui lui permettaient d'agir rapidement et efficacement. Elle ne l'a pas fait. C'est la même chose pour la crise en Guinée Conakry.
Pour moi, il y a vraiment un besoin réel pour la CEDEAO de revoir sa méthode de travail et sa façon d'agir dans les pays. Ce ne sont pas les textes qui manquent. Si vous prenez le Protocole de 2012 qui concerne les sanctions contre les pays, il est clairement dit dans le document que le président de la Commission peut initier des actions allant dans le sens de sanctionner les Etats pour ne pas avoir ou avoir mal appliqué les décisions ou les normes de la Cédéao. Mais on n'a jamais vu la Commission faire cela. Elle a toujours agi de manière très politique alors qu'elle a des moyens d'agir.
Pour les chefs d'Etat également, je pense que ça ne sert à rien d'attendre qu'une situation s'envenime quelque part pour tenir des sommets extraordinaires. Il faut quand même prendre le taureau par les cornes, voir que dans tel ou tel pays il y a des crises. Il faut mener des actions énergiques, à la limite menacer le gouvernement en place de sanctions pour qu'il respecte les normes et principes de la Cédéao. Si ce n'est pas le cas, on risque de se retrouver encore avec des crises çà et là.