Steve Beko: « Pourquoi Gbagbo doit revenir en Cote d’Ivoire »

La Chambre de première instance I de la Cour pénale internationale a acquitté Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé de toutes les charges de crimes contre l'humanité prétendument perpétrés en Côte d’Ivoire en 2010 et 2011.

L’activiste ivoirien Steve Beko se prononce sur le renouvellement de la classe politique ivoirienne et le retour de Gbagbo en Côte d’Ivoire.

Depuis quelques mois maintenant, cette idée soutenue par certains politiques et des personnalités de la société civile tend à faire son bonhomme de chemin. De part et d’autre, l’on appelle à un renouvèlement de la classe politique ivoirienne. Même Ouattara s’y est mis affirmant voulant laisser le pouvoir à autre génération.

Dans le fond, je partage entièrement ce message car en Côte d’Ivoire nous n’avons pas suivi les différentes étapes. Après le décès de Felix Houphouët Boigny, une autre génération est arrivée au pouvoir. La génération à animer la scène politique est celle des Gbagbo, Bédié et Ouattara qui selon moi aurait dû sortir en 2010 voir 2015. Mais la crise et venue bouleverser ce changement normal et les générations se sont accumulées par le haut tandis que les jeunes ont fait une irruption brutale sur la scène politique. Ainsi du fait de la crise, et Charles Blé Goudé (pas pour les mêmes raisons) par exemple se sont retrouvés à s’asseoir sur la même table que qui était président de la République quand ils étaient encore étudiants.

Ainsi par un concours malheureux de circonstances, nous nous retrouvons face à une alchimie inquiétante : La génération , , , , qui devrait être au pouvoir cire encore les bancs tandis que la génération Bedié, Ouattara, Gbagbo n’a pas encore officiellement renoncé au pouvoir et que la génération Jean Louis Billon, Soro Guillaume, , Charles Blé Goudé, , exerce une forte poussée sur la génération qui est restée au milieu. Voici l’équation à laquelle nous sommes confrontée.

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Mais au-delà du discours que tout ivoirien partagerait, ce sont les porteurs de ce message qui inquiètent. Nous avons d’un côté des personnes qui ont pris l’ascenseur social par les armes et qui ne peuvent prétendre représenter notre génération. D’un autre, au PDCI, des personnes comme Billon qui ont certes une vie professionnelle inspirante mais dont la transhumance politique est rebutante (militant PDCI, candidat RDR ????) mais aussi certains membres de notre génération dont le parcours professionnel est d’un vide ahurissant. Peut-on vouloir diriger un pays sans avoir jamais réalisé de sa vie professionnelle ? C’est un imbroglio que je vous laisse déminer !

La dernière question et non la moins importante à laquelle nous devons répondre est de savoir s’il suffit seulement d’être de la même génération pour faire chemin ensemble. En politique, je crois savoir que les idées que nous partageons sont plus importantes que la différence d’âge. Un militant du RDR par exemple aime Hamed Bakayoko mais il se sent plus proche de Ouattara. Comment on règle cette question ? Il nous faudra y répondre !

Mais ce qui me semble le plus important, c’’est de vider le contentieux politique de la génération précédente avant d’envisager une nouvelle sinon nous courrons le risque de transporter encore pendant des années les ressentiments de chaque camp et ce serait dommage pour la Côte d’Ivoire. Imaginez que dans 10 années nous soyons encore à reprocher au RDR d’avoir organisé le génocide des WÊ et envoyé notre leader Gbagbo à la CPI. Que les RDR nous accuse d’avoir tué 7 femmes à Abobo. Que le PDCI RDA nous accuse du coup d’état de 1999. Si nous aimons la Côte d’Ivoire, nous devons plaider pour le retour du président Gbagbo en Côte d’ivoire et faire en sorte que tous les leaders se retrouvent autour d’une table pour parfaire la réconciliation.

C’est la seule option envisageable et réaliste à mon sens. Sinon à quoi servira-t-il de changer de génération sans changer les paradigmes politiques ? Croire qu’on peut faire l’économie de la réconciliation nationale est un mensonge. Il faut remettre tout le monde autour de la table, organiser un dialogue politique inclusif, rendre un hommage national à tous les morts de tous les camps sans exclusion. Que chaque famille politique reconnaisse ses manquements éventuels pour aller de l’avant.

Quand du sang a coulé, on ne peut pas faire comme s’il n’a pas coulé !

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