« Soro est un fils un peu rebelle » : L’intégralité des propos de Ouattara après son audience avec Macron

Alassane Ouattara
Alassane Ouattara

Alassane Ouattara au sortir d’une audience avec Macron a dévoilé les sujets sur lesquels les deux chefs d’Etat se sont entretenus. Du sommet de l’Union Africaine en passant par le métro d’Abidjan au franc CFA. Ci-dessous ses propos.

Vous venez d’échanger avec le président Macron, de quoi avez-vous parlé ?

Nous avons parlé de la coopération bilatérale, bien entendu vous connaissez les relations entre la République française et la Côte d’Ivoire qui sont des relations excellentes, les progrès sont impressionnants en Côte d’Ivoire. Et nous avons également parlé du dernier Sommet de l’Union africaine, de l’agenda 2063 qui a été confié à la Côte d’Ivoire avec le financement de l’Union africaine et également le changement de leadership au niveau de la Conférence des chefs d’Etat entre le président Kagamé et le président Sissi. Nous avons également évoqué un certain nombre de questions régionales qui sont bien importantes pour la Côte d’Ivoire et pour la France. Et les questions spécifiques ivoiriennes ont concerné notre volonté de maintenir le programme du métro et d’assurer son financement et de travailler à la mise en œuvre rapide de l’Académie anti-terroriste. Voici en gros les points dont nous avons parlé et c’était un très bon entretien, j’ai encouragé le président Macron à continuer ce grand débat pour apaiser son pays et je suis réconforté de voir que les choses semblent effectivement aller dans la bonne direction.

Vous avez dit que vous ne serez pas candidat en 2020 et nous constatons que vous changez ?

Mais attendez 2020. J’ai déjà donné ma réponse à plusieurs occasions, en 2020, vous connaitrez ma réponse.

Vous avez évoqué la question du métro, concrètement qu’est-ce qui coince ? Deuxième question, le gouvernement ivoirien a fait de la question du social son cheval de bataille en 2019, comment cela va se traduire dans les ménages ivoiriens ?

D’abord sur le métro, nous avons un linéaire de 37 kilomètres et demi, évidemment, quand il y a les avant projets sommaire, bon c’est des termes très techniques, on se rend compte que les montants sont quelque fois très élevés en dehors de l’enveloppe qui avait été arrêtée avec le groupe Star, groupe d’entreprise française, donc nous travaillons à faire en sorte que le financement du métro soit à l’intérieur de ce qui avait été arrêté au départ. En ce qui concerne la question du social, vous savez, j’ai dit que l’année 2019, l’année 2020 sont les deux années du social. La Côte d’Ivoire a eu les performances économiques parmi les meilleurs au monde. Depuis 7ans, nous avons des taux de croissances annuels d’environ 8% par an, un taux d’inflation très bas de 1à 2 %, une maitrise des dépenses publiques, un déficit budgétaire de 3 à 4 %, et j’en passe donc c’est un pays qui est bien géré au plan macro-économique. Les performances sont là, les infrastructures ont été construites. Nous avons amélioré l’accès à l’eau potable, à la santé, aux écoles, nous avons pensé qu’il fallait faire un effort supplémentaire sur le social, puisque beaucoup de gens nous disent tout va très bien mais au niveau de la réduction de la pauvreté, nous ne ressentons pas, de manière effective, les progrès. C’est vrai que le taux de pauvreté a baissé en dessous de 50 à 45 %, alors que nous étions largement au-dessus et nous avons concentré plus d’un milliard d’euros de francs au-dessus en complément des dépenses déjà dans le budget pour cibler un certain nombre de dépenses précises. Par exemple, si vous allez dans une région et que les pompes villageoises ne fonctionnent pas par manque de réparation, ce programme social le fait s’ils avaient des poteaux d’électrification qui ont été là et que malheureusement l’électricité n’était pas arrivée, nous approvisionnons immédiatement la localité. Nous avons mis en place un programme électricité pour tous, au lieu de 150 mille francs CFA pour que le particulier puisse brancher l’électricité, ce qui fait quand même un peu plus de 200 euros, nous avons mis un système où avec mille francs CFA, on peut avoir de l’électricité et payer le reste sur 10 ans avec un financement prévu par le programme social. Donc c’est tout une série de mesures qui permettent de faire en sorte que les Ivoiriens qui ont les revenus faibles puissent accéder au quotidien à l’école, à la santé, à l’eau potable, à l’électricité et nous avons également ce qu’on peut appeler les bourses familiales pour 35 mille ménages aujourd’hui et nous allons passer à 100 mille ménages qui recevront une somme forfaitaire par an pour pouvoir faire la vaccination de leurs enfants, pour envoyer leurs enfants à l’école, pour que les femmes enceintes puissent aller à l’hôpital. C’est un programme qui est vaste, qui est important, qui est profond qui est fait pour améliorer le quotidien des Ivoiriens les plus démunis.

Monsieur le président, avez-vous des échos des réactions au sujet de monsieur Ocampo où dans une interview, vous disiez que vous ne le connaissez pas ?

Oui mais je confirme, je ne le connaissais pas, je ne le connais pas avant que ce problème ne se pose. Ceci me parait évident, j’étais à l’Hôtel du golf, comment voulez-vous que je connaisse Ocampo alors que j’étais prisonnier à l’époque pendant 4 mois et demi ? Mais quand la question du transfèrement de Laurent Gbagbo a été décidé, et c’est lui qui a d’ailleurs emmené la Côte d’Ivoire à la CPI, mais bien évidemment en ce moment-là, il me fallait prendre des contacts avec monsieur Ocampo et c’est en ce moment-là que je l’ai connu.

Avez-vous évoqué avec Emmanuel Macron, la situation de Laurent Gbagbo ?

Non, non, je peux vous dire sincèrement que nous n’avons pas parlé de monsieur Laurent Gbagbo. A titre personnel, Laurent Gbagbo est un frère ; il est un ancien président, nous attendons la suite. Il n’y a pas de commentaires particuliers à faire.

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Monsieur le président, vos rapports avec Guillaume Soro, actuellement on voit que le climat est un peu tendu, quels sont vos rapports ?

Non, non et non.  Le climat n’est pas tendu, Guillaume Soro est un fils. Quelquefois, certains fils sont un peu rebelles ; il faut leur donner le temps de s’assagir.

Il dit que vous l’avez forcé à la démission ?

Non, non, laissez tomber, passez à autre chose. Je voulais vous dire une chose, le FCFA est une monnaie solide gérée par la BCEAO et uniquement par les Africains. C’est une monnaie qui est en circulation non seulement dans les 8 Etats membres de l’UEMOA mais dans toute l’Afrique de l’Ouest y compris la Mauritanie, le Ghana, le Nigeria, la Sierra Leone, le Liberia, la Gambie… qui sont des Etats non membres de l’UEMOA. Dans tous ces pays, les populations acceptent et utilisent le franc CFA. Si cette monnaie était autant décriée pourquoi voulez-vous que des pays qui ne sont pas membres du franc CFA que leurs populations iraient chercher des francs CFA?

Par contre dans la zone Afrique de l’ouest, nous n’avons pas des monnaies des pays voisins parce que cette monnaie est solide, elle est appréciée, bien gérée. Les Huit économies qui la composent sont parmi les meilleures en performance économique. Le taux de croissance est au delà de 6%, l’inflation est basse, la pauvreté se réduit, les déficits sont maîtrisés parce que nous sommes ensemble, la solidarité fait que de temps en temps nous pouvons nous apporter des appuis et qui fait avancer la machine.

C’est une monnaie qui est solide et c’est une monnaie bien sûr pour laquelle nous allons faire des reformes au temps opportun. Mais ça c’est notre affaire et je souhaite vraiment que ces faux débats puissent cesser. C’est notre monnaie le franc CFA et nous sommes très heureux d’avoir cette monnaie qui est stabilisante pour nos économies, pour nos pays et pour nos populations.

Retranscrit par Prince Beganssou