André Silver Konan à Sikka TV : « Le RHDP est le début de la fin d’une école, celle des ténèbres »

André Silver Konan, journaliste-écrivain, analyste politique
André Silver Konan, journaliste-écrivain, analyste politique

André Silver Konan à Sikka TV : « Le RHDP est le début de la fin d’une école, celle des ténèbres et des petits arrangements entre copains ». Une interview à lire absolument.

C’est officiel, le PDCI et le RDR n’ont plus leur destin lié au sein de la coalition RHDP. Quel commentaire ?

C’était un divorce prévisible. Rappelez-vous depuis les vacances 2017, Henri Konan Bédié avait pris des positions qui ont fâché Alassane Ouattara. En toile de fond, c’est la question de l’alternance en faveur d’un cadre issu du PDCI en 2020. Maintenant, il y a eu d’autres événements politiques qui ont contribué à cette séparation.

Beaucoup disaient à cette époque que cette coalition avait été mise en place pour écarter Laurent Gbagbo du pouvoir. Celui-ci n’étant plus au pouvoir, quel avenir du RHDP ?

Le RHDP a dirigé le pays pendant 7 ans. 7 ans après la perte du pouvoir de Laurent Gbagbo. De ce fait, le postulat qui constituait à dire que c’était une coalition juste pour chasser Gbagbo du pouvoir ne tient pas. La crise au niveau du RHDP est une crise de postes. Dès le départ, ils ne se sont pas assis pour répartir les postes. De sorte que le PDCI s’est senti frustré dans la répartition des postes. Et c’est la raison d’ailleurs pour laquelle, nous prônons la transparence.

Le RHDP est une mouvance d’arrangement entre copains. En 2010, quel était l’accord qui a présidé au 2ème tour ? Personne ne le sait. Cela s’est passé entre Ouattara et Bédié. Ce sont les deux qui se sont arrangés. A partir de quel accord ? Personne ne le sait. Le RHDP a fonctionné ainsi. Chaque fois que les problèmes se sont posés, les plus hauts dirigeants ont dit : « On laisse cette question à Bédié et à Ouattara ».

La fin du RHDP en tant que mouvance présidentielle, est la fin d’une vision de la politique qui consiste à faire de petits arrangements avec la transparence. C’est la fin d’une vision marquée par ce que les gens appelaient dans nos contrées africaines, faire la politique. Cela veut dire quoi ? Mentir, ne pas être transparent, être rusé. C’est le début de la fin d’une école, celle de l’opacité et des ténèbres.

Dans un passé récent Alassane Ouattara disait qu’ils doivent s’apprêter à passer le pouvoir en 2020, à la nouvelle génération. Est-ce que vous croyez que ce message aujourd’hui est perçu comme tel par l’ensemble des ivoiriens ?

Je vous renvoie aux déclarations antérieures du président Ouattara. Faites très attention à l’expression qu’on utilise, aux mots qu’on utilise. Jamais Alassane Ouattara n’a dit jeune génération. Alassane Ouattara dit nouvelle génération. Dans sa première déclaration, il fait d’abord référence à Macron, au premier ministre autrichien dans une phrase, et dans une autre, il parle de nouvelle génération. Il y a nuance.

Ouattara n’a jamais dit « jeune génération ». En langage politique, il y a le message qu’on passe et il y a ce que les gens comprennent. Les gens ont compris qu’Alassane Ouattara a dit qu’il va passer le pouvoir à une jeune génération. Mais Alassane Ouattara ne l’a jamais dit. Il a dit « nouvelle génération » en faisant référence à Macron et autres, pour que vous compreniez qu’il parle de jeune génération. Mais il ne l’a pas dit. De sorte que demain, quand vous allez lui dire : « monsieur le président, vous aviez dit que vous alliez laisser le pouvoir à une jeune génération », il vous rétorquera : « Sortez toutes mes déclarations. Je n’ai jamais parlé de jeune génération ».

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Alors vous irez voir ses interviews et vous vous rendrez compte qu’il n’a effectivement jamais parlé de jeune génération. Parce que nouvelle génération ne veut pas dire jeune génération, première chose. Deuxième chose, qu’est-ce qui est plus simple de dire, je ne serai pas candidat ou de dire je passerai le pouvoir à une nouvelle génération ? Eh bien, il est plus simple de dire je ne serai pas candidat.

Beaucoup de militants du PDCI affirment que le président Ouattara aurait fait la promesse au président Bédié de soutenir un candidat du PDCI au sein de cette coalition pour les présidentielles de 2020, alors qu’Alassane Ouattara disait que c’est le plus fort parmi tous les candidats qui représenterait cette coalition. Est-ce qu’il y a eu vraiment une promesse entre Bédié et Alassane ouattara ?

Certains hauts cadres du PDCI en l’occurrence Maurice Kakou Guikahué, clament qu’il y a une promesse entre Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié concernant l’alternance en faveur d’un cadre issu des rangs du PDCI. Une promesse qui se serait passée à deux ou à trois. Première chose : problème de transparence et politique du siècle dernier, école du RHDP. Parce que pour ces choses, il faut acter.

Voyez-vous, aucun militant du PDCI, malgré toutes les réunions, les rencontres, qu’ils ont avec leur président, aucun n’est capable de lui demander : monsieur le président du PDCI, quel est exactement la situation ? Est-ce qu’il y a eu oui ou non promesse d’alternance entre vous et monsieur Ouattara ?

On se base sur des déclarations du secrétaire exécutif du PDCI, qui ne cite personne et qui déclare tout de go qu’il y aurait eu promesse. Les concernés sont là, personne au sein du PDCI ne prend l’initiative de demander sa position réelle à Bédié sur la question. Par ailleurs, Henri Konan Bédié ne s’est lui-même personnellement  jamais prononcé sur le fait qu’il y a eu promesse d’alternance entre lui et Ouattara.

Le seul discours qui existe en la matière, est l’appel de Daoukro où Henri Konan Bédié dit à peu près ceci à Ouattara: « Nous allons te soutenir aujourd’hui dans l’espoir qu’en 2020, il y aura une alternance en faveur d’un cadre issu du PDCI ». Sur le champ, on n’a pas la réponse de Ouattara. Par la suite, Ouattara dit que ce sera fait en faveur du meilleur d’entre eux, sans préciser qu’il sera issu du PDCI.

Bédié lui-même n’a jamais évoqué qu’il y a eu promesse d’alternance entre lui et Ouattara. On en revient à ce que j’ai dit dès le départ. Les dirigeants actuels du pays et leurs opposants historiques ont une autre vision de la politique, une vision dépassée de la politique. Ce sont des hommes dépassés qui pensent que la politique consiste à de petits arrangements. Ils sont pris à leur propre jeu. Cela veut dire quoi ? Y a-t-il eu arrangement entre eux ? Personne ne le sait, personne ne le saura jamais. Parce qu’ils ont préféré agir au noir plutôt que dans la lumière. Et ils sont en train de payer justement leurs actes des ténèbres.

En parlant de la constitution du RHDP, certains militants favorables au parti unifié disaient que sans le RHDP, Il n’y aura pas de paix en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui ou le divorce est consommé entre les deux grands partis, est-ce qu’il n’y a pas lieu d’avoir peur pour la présidentielle de 2020 ?

L’on a dit en 2000 quand Laurent Gbagbo était au pouvoir que pour qu’il y ait la paix, il fallait qu’il y ai un gouvernement de large ouverture. En octobre 2000, quand Gbagbo est élu, il fait appel à des partis politiques qui font leur entrée au gouvernement, sans le RDR qui rejoindra le gouvernement plus tard. Il y a eu le forum de la réconciliation, il y a eu encore des hésitations. Jusqu’à ce que Laurent Gbagbo forme son gouvernement d’union. Le premier gouvernement de large ouverture de l’histoire de la Côte d’Ivoire.

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Un mois après, il y a eu la rébellion. Donc, quand on me dit qu’un parti unifié garantit la paix, je vous donne ces deux exemples. Le PDCI a rompu son alliance avec le RDR et depuis lors, il n’y a pas de guerre. Laurent Gbagbo a réussi le premier gouvernement de large ouverture regroupant les principaux partis de l’opposition d’alors, donc le PDCI, le RDR, l’UDPCI qui était déjà accessoirement au sein du pouvoir, et les autres micros partis issus de la majorité d’alors, le FPI et ses alliés. Il a réussi ce gouvernement de large ouverture et un mois après, on a eu la première guerre en Côte d’Ivoire. Alors pourquoi est-ce que les gens continuent de jouer sur la peur des Ivoiriens ?

Selon ma lecture, la nouvelle constitution ivoirienne, n’interdit ni Bédié, ni Alassane Ouattara d’être candidats pour la présidentielle de 2020. Aujourd’hui ou le divorce est consommé, quel est l’avenir du PDCI, du RDR, mais aussi de Bédié et d’Alassane Ouattara ?

Première chose : la constitution ne permet pas à Alassane Ouattara d’être éligible en 2020. Les textes que lui-même a fait adoptés en 2016, sont très clairs. Le président de la république est élu pour un mandat de 5 ans renouvelable une seule fois. Point à la ligne. C’est la continuité législative comme l’ont reconnu à l’unanimité les 12 experts que lui-même a nommés pour écrire notre constitution.

Les pères fondateurs de notre constitution qui sont les garants moraux de cette constitution ont déclaré publiquement, que le président Alassane Ouattara ne pouvait pas être éligible en 2020. En 2015, quand l’idée de la constitution est née et quand cette constitution a été soumise au référendum en 2016, sans doute que le président pensait à son premier ministre d’alors, Daniel Kablan Duncan qui aurait eu 77 ans en 2020. C’est ainsi qu’il a fait sauter le verrou de l’âge qui était de 75 ans. Entre-temps, sa préférence vis-à-vis de Duncan s’est essoufflée pour être portée sur Amadou Gon, voire lui-même.

Dans ses calculs, Alassane Ouattara ne voyait donc pas Henri Konan Bédié. D’autre part, même s’il le voyait, il ne savait pas que leur alliance allait se rompre. Ce piège est en train de se refermer sur lui-même. Parce que la constitution ne lui pas permet d’être candidat, mais la constitution permet à Henri Konan Bédié de l’être. Bédié, lui, il a fait un seul mandat en 1995. Entre 1993 et 1995, il a continué le mandat d’Houphouët. A titre personnel, ma position est connue : même si Bédié est constitutionnellement éligible en 2020, politiquement il est disqualifié parce qu’il n’est porteur d’aucune vision réformatrice.

Le président avait promis l’émergence à l’horizon 2020. Nous sommes en 2018. Plus personne au sein de la mouvance présidentielle ne prononce ce mot. Parce que plus personne n’y croit. Ils ont échoué à apporter l’émergence économique aux ivoiriens. Parce que les collaborateurs d’Houphouët et ses opposants historiques ont  échoué, il y a un temps pour tout. Ils nous dirigent, ils ont dirigé nos pères, ils veulent encore diriger nos enfants. Nous leur disons stop.

Je pense qu’en 2020, ils auront des cartes à jouer en tant que faiseurs de roi. Mais je vous assure, celui parmi ces trois et accessoirement tous ceux qui ont été collaborateurs d’Houphouët, et ses opposants historiques, tous ceux qui essaieront d’être candidats, seront dépassés en 2020, parce que les gens vont leur montrer la voie de la retraite politique. Il y a un temps pour tout.

Retranscription Prince Beganssou

Guéguerre PDCI-RDR, André Silver Konan : « Ce sont deux partis « mangeurs » qui se battent pour mieux « manger »’

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