Côte d’Ivoire : « Il nous faut tourner la page de l’ancien système dont les animateurs sont déconnectés » (Innocent Gnelbin)

Innocent Gnelbin, président de Force aux peuples
Innocent Gnelbin, président de Force aux peuples

Adresse de nouvel an 2019 du président de Force aux Peuples, Innocent Gnelbin aux habitants de Côte d’Ivoire. 

Ivoiriennes, ivoiriens, amis de la Côte d’Ivoire, Force aux Peuples par ma voix vous souhaite une excellente année 2019. Que la Paix, l’amour et le bien-être soient votre partage tout le long de 2019. Une année s’achève et un autre pointe à l’horizon. Avant son entame, Il convient de faire le point de l’actualité sociopolitique et économique de l’année 2018, d’en dégager les avancées et les limites.

Au plan économique

L’annexe fiscale comme goulot d’étranglement des ménages, des PME et des Entreprises

L’actualité à été marquée par la nouvelle annexe fiscale, qui fort heureusement en bien de ses points litigieux a été revue, notamment ceux concernant l’aménagement du régime de l’impôt synthétique, l’aménagement des seuils d’impositions et de suppression du régime du bénéfice réel simplifié, l’aménagement des taux et des montants de l’IMF entre autres. Selon les accords avec les institutions financières internationales et l’UEMOA, notre Pays doit réaliser un taux de pression fiscale de 20% en 2019. C’est la raison qui justifierait selon le gouvernement cette annexe. Seulement et même si la stabilité de nos économies semble l’exiger, il n’en demeure pas moins que l’orientation de cette pression fiscale est du ressort de nos Gouvernants et qu’il convient d’éviter d’alourdir les charges fiscales déjà bien étouffantes pour les petites et moyennes entreprises, voire pour les populations ivoiriennes.  C’est pourquoi ,nous encourageons les mesures fiscales qui augmenteraient les cotisations des plus nantis dans une société où être riche est une couverture face aux devoirs citoyens.

La Côte d’Ivoire et la politique du surendettement

En ce qui concerne la dette extérieure de notre pays, il est à noter que les levées de plus de 1000 milliards de nos Francs sur les places financières internationales à travers des Eurobonds et autres mécanismes d’emprunt pour financer une partie du budget nationale, ont contribué à surendetter davantage notre pays et constituer une note salée pour le contribuable ivoirien et compromettent durablement l’avenir des générations futures. Et pour cause : la dette abyssale que notre pays trainait et qui avait été atténuée par le non moins controversé programme PPTE, est passée aujourd’hui à un niveau inquiétant, dans la mesure où le ratio dette/PIB qui était de 68% est passé à 18% au point d’achèvement PPTE en 2012, et à 43,2% en 2018. Même si nos gouvernants ont tendance à minimiser les risques d’un tel taux sur notre économie, il n’en demeure pas moins que la vitesse avec laquelle ces chiffres croissent, laisse à craindre l’atteinte d’un point de rupture brusque dans une économie fortement extravertie. Encore qu’il faudrait avoir des éléments justificatifs probants de l’utilisation de ses fonds pour une croissance économique soutenue et partagée, ce qui est moins sûr. Tout simplement parce que la dette contractée est soit injectée dans des projets à faible valeur ajoutée ou soit ne permet pas de créer de la richesse pour sortir notre pays de la spirale du surendettement.

De l’augmentation à quatre reprises du prix du carburant à la pompe pour cause d’ajustement des prix en relation avec la fluctuation des cours mondiaux du pétrole

Innocent Gnelbin, président de Force aux peuples

Si nous restons très mesurés quant à une politique d’ajustement automatique des prix à la pompe dans une économie qui se cherche et dont le pétrole reste un enjeu essentiel, nous nous posons tout de même des questions, notamment sur la transparence de la gouvernance de cette politique d’ajustement et sur les nombreuses taxes de l’Etat qui enflent les prix à la pompe. En effet, d’une part le mécanisme de fixation des prix, l’organe de fixation ne sont pas ouverts et suffisamment accessibles aux populations, et d’autres part les prélèvements et taxes de l’État représentent près de 44% des prix à la pompe contre 30% en moyenne dans les pays de la sous-région.

Au plan politique

Nous avons noté et regretté le décès de plusieurs personnalités politiques de haut rang. Par ma voix, Force aux peuples réitère ses condoléances les plus attristées à leurs familles politiques et biologiques. Nous nous inclinons une fois de plus devant leur mémoire et saluons leurs engagements politiques et les services rendus à la Côte d’Ivoire en tant qu’hommes d’Etat et fonctionnaires de hauts rangs.

Libération des prisonniers politiques et la nécessité de la refonte de notre appareil Justiciaire.

L’année 2018 a été marquée par la libération des prisonniers politiques. Cette mesure est à saluer et à encourager. Tout en travaillant concomitamment à renforcer l’Etat de Droit, l’impartialité de nos institutions, car en définitive, il faudra sortir notre pays du cercle infernal de l’impunité des crimes politiques quels qu’en soient les auteurs pour éviter de faire le lit à de nouveaux bains de sang.

« Les élections locales d’octobre et de décembre 2018, ont démontré les grandes insuffisances de notre cadre démocratique »

La nécessité de créer les conditions d’un cadre démocratique pour des élections apaisées.

Les élections locales d’octobre et de décembre 2018, ont démontré les grandes insuffisances de notre cadre démocratique. En effet, des fraudes massives et des violences ont émaillé ces élections, avec des morts dans certaines localités. Ces incidents graves ont empêché aussi l’expression démocratique puisque certains électeurs n’ont pas pu accomplir leur devoir de citoyen. Toutes ces situations de violence ayant durablement entamé la transparence et la crédibilité de ce scrutin, confirment une fois de plus le manque de crédit à accorder à une commission électorale non indépendante  et son incapacité à garantir la sécurité du processus électoral, qui demeure une question centrale dans la perspective des élections présidentielles 2020. C’est pourquoi, pour ce genre de consultations électorales importantes, Il convient d’œuvrer à l’expression des pouvoirs souverains des peuples et de trouver des solutions idoines pour que les élections se déroulent dorénavant dans un cadre serein.

Sur les alliances politiques

L’un des faits majeurs ayant aussi marqué l’année 2018, est la crise née au RHDP dans le cadre de la création du parti unifié, boudé par le PDCI et la scission subséquente en son sein. A la suite de la rupture définitive entre les alliés d’hier, le Président du PDCI a lui aussi lancé un appel pour la mise sur pied d’une plateforme politique pour la « réconciliation nationale ». Si toutes les initiatives allant dans le sens de la réconciliation nationale, du renforcement de la cohésion sociale et de l’unité nationale sont à saluer, il faut cependant observer que depuis la naissance du multipartisme en Côte d’Ivoire, plusieurs alliances politiques ont été mises en place sans qu’elles n’aient au fin la changé profondément les conditions de vie de nos populations.

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C’est pourquoi, pour Force aux Peuples, aussi importante que soit la question de la réconciliation nationale et du retour définitif de la paix, celle-ci ne devrait pas servir de prétexte à des alliances politiques vides de contenu, voire électoralistes pour des postes au détriment des intérêts du peuple ivoirien et de ceux de notre pays, car l’histoire récente de notre Pays a montré la limite de tels regroupements. Au demeurant, la réconciliation nationale ne peut être la seule condition essentielle de la stabilité politique, d’une paix durable et de la cohésion sociale. Celles-ci seront garanties aussi par la pratique de la justice sociale, en termes de redistribution équitable des ressources disponibles pour le bien-être partagé. Un peuple qui peut satisfaire ses besoins d’éducation, de santé, de logement, de bien-être au quotidien, est plus enclin à accepter son semblable. Donnons-nous de plus grands challenges pour apporter le meilleur à nos populations.

Au plan social

Nous notons et regrettons la disparition de plusieurs artistes notamment comédiens. Ils ont été de grands ambassadeurs de notre richesse culturelle. Ils resteront avec leurs œuvres à jamais graver dans nos mémoires.  

Les pluies diluviennes et le nom respect des règles

Les pluies diluviennes de juin 2018 ont fait plus d’une dizaine de morts et pose la problématique de l’urbanisation et de l’assainissement du Grand Abidjan qui reste un défi majeur de notre société moderne. Loin des quartiers précaires, où des éboulements de terrain ont souvent eu lieu pendant la saison pluvieuse, occasionnant parfois plusieurs morts, cette fois-ci, les dégâts ont été énormes dans les quartiers huppés tels que la riviera. Les causes de ces nombreux dégâts matériels et de ces pertes en vie humaine lors des intempéries et pluies diluviennes qui se sont abattues sur la ville d’Abidjan, sont essentiellement liées au non-respect des normes urbanistiques, écologiques et environnementales, notamment l’absence de canaux d’écoulement des eaux dans plusieurs zones, les dimension réduite des canaux d’écoulement et leur inadaptation par rapport à la densité des eaux de ruissèlement en cas de pluie, l’encombrement des canaux d’écoulement et de drainage, la forte concentration des constructions sur des sols forts sensibles tels que le bassin-versant de Bonoumin-Palmeraie, la concentration importante de l’habitat, des équipements et des infrastructures au-delà du seuil requis. Des normes pourtant sues et connues de tous, qui du fait de la corruption ambiante, ne sont guère respectées.

« Ces grèves ne sont pas abusives, parce que les gouvernements successifs ont travaillé à déplacer les problèmes par de petites mesures conjoncturelles sans toucher le fond des questions de société qui sont posées »

Une crise sociale profonde

Au cours de cette année, le front social a été constamment en ébullition pour des revendications salariales. En effet, les milieux de l’éducation, de la formation et de la santé sont entrés en grève à maintes reprises pour revendiquer des meilleures conditions de travail et d’existence, et ce malgré la trêve sociale en cours. Pour Force aux Peuples, la trêve sociale ne saurait être imposée, elle est une réalité de fait, quand les mesures institutionnelles et règlementaires sont conformes dans leurs évolutions aux réalités sociétales et économiques. Ces grèves ne sont pas abusives, parce que les gouvernements successifs ont travaillé à déplacer les problèmes par de petites mesures conjoncturelles sans toucher le fond des questions de société qui sont posées. Il y a beaucoup à faire et de sérieuses reformes s’imposent pour juguler les crises sociales.

Le monde agricole vie quasiment les mêmes réalités. De 2016 à 2018 notre économie a vite été rattrapée par sa concentration sur l’exportation des matières premières agricoles et sa grande dépendance des marchés internationaux. Et pourtant, s’offre à nous l’occasion depuis des décennies de faire le choix d’engager une politique rigoureuse et offensive d’industrialisation de l’agriculture pour donner une valeur ajoutée à nos matières premières agricoles, afin d’échapper aux spéculations et fluctuations des prix sur le marché mondial.  Malheureusement, nos gouvernants ne semblent pas encore avoir pris toute la mesure de cette nécessité.

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Les abus dans nos zones industrielles sont énormes et ont fait monter la fronde dans certaines entreprises comme SOTACI biscuits SIMAT, GANDHOUR, SOGB et FILTISAC. Malheureusement dans ces entreprises, par manque de protection des plus faibles et de respect des droits des travailleurs conformément à la législation en vigueur, ce sont des dizaines de travailleurs qui ont été licenciés sans avoir eu à bénéficier de mesures de compensation telles que définies par la loi du travail. Ces abus de pouvoir ne peuvent pas continuer indéfiniment surtout quand ces licenciements abusifs comme ça été le cas à la SIMAT se font dans la négation totale des lois de la République. Les ouvriers ne sont pas suffisamment protégés dans les grandes entreprises, face à des employeurs qui rusent de plus en plus avec la loi du travail avec l’aide et la complicité d’entreprise intermédiaire RMO. Il faut donc engager des réformes profondes en matière de la législation sur le travail pour garantir un travail et une vie décente aux ouvriers de ce pays.

En ce qui concerne les prisonniers de la crise de l’Agrobusiness, des familles seraient reconnaissantes au Chef de l’Etat s’il arrivait à prendre des mesures pour les gracier, surtout qu’ils sont victimes d’une situation de non droit depuis des années, car enfermés à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan sans jugement, ni assistance juridique. Cette crise a été un grand tableau noir pour plusieurs familles. Pendant que les plaies se referment difficilement, il serait judicieux de libérer ces prisonniers dont une Mère de famille, Madame Koffi, et de leurs permettre de regagner leurs familles respectives.

La mort du Président des Ivoiriens de Tunisie

Un autre fait marquant l’actualité en cette fin d’année, est la mort du président de l’association des ivoiriens de Tunisie à la suite d’une agression à l’arme blanche. Force aux Peuples condamne ce crime crapuleux avec la dernière énergie et invite les autorités tunisiennes à mettre tout en œuvre pour diligenter une enquête afin que les auteurs de ce forfait soient transférés devant les tribunaux pour mettre fin à l’impunité. Par ailleurs, Force aux Peuples exige la présence d’enquêteurs aux côtés de ceux de la Tunisie pour veiller à la transparence des enquêtes et des procédures judiciaires. La mort du Président de l’association des ivoiriens de Tunisie fait partie des nombreux cas de décès de ressortissants de l’Afrique subsaharienne au Magreb. C’est pourquoi, il faudra arrêter des mesures exemplaires pour que ce genre de situations ne reproduisent plus jamais. Au demeurant, la Côte d’Ivoire doit travailler à son crédit sur la scène internationale et à la protection de ses compatriotes. Tous les citoyens ivoiriens doivent se sentir entourés et protégés quel que soit le pays où ils se trouvent. L’image et la notoriété de notre pays en dépendent.

L’APPEL DE Force aux Peuples POUR 2019

Ivoiriennes, Ivoirien, 2019 est une année charnière pour la Côte d’Ivoire, car elle est la veille d’une année électorale extrêmement importante. Parce qu’il s’agira pour les ivoiriens de choisir dans un cadre ‘‘beaucoup plus ouvert’’ le type de gouvernance qu’ils souhaitent pour les cinq années à avenir.

Force aux Peuples pense qu’il faut sortir du système ancien, afin de mettre sur pied un autre garantissant le jeu démocratique, l’équité, l’Etat de Droit, le respect des libertés individuelles et collectives dans une nation une et indivisible, afin d’œuvrer à une gouvernance éthique de la chose publique, de réaliser le progrès pour tous et le Bien-être partagé. En somme, il nous faudra tourner la page de l’ancien système dont les animateurs sont déconnectés des réalités et conditions de vie des peuples de Côte d’Ivoire pour bâtir un Etat moderne et démocratique.

Pour ce faire, en 2019 l’axe de travail que votre parti engagera avec vous est celui de la confiance retrouvée et du rassemblement. Nous devons travailler à être en sécurité et en confiance les uns à côté des autres parce qu’au bout du compte, les peuples n’auront leurs forces que s’ils comprennent qu’ils sont un et soumis au même dessein. Nous appelons les peuples de Côte d’Ivoire à nous rejoindre sur la base de la confiance réciproque, celle qu’ils ont perdu parce que toujours déçus par la classe politique ivoirienne. Car c’est dans l’unité que nous pourrons gagner de petites victoires et réaliser dans un futur proche des victoires décisives.  

Nous vous réitérons, peuples et amis de la Côte d’ivoire, nos vœux de succès et de santé pour tous.

Vive la Côte d’Ivoire

Force aux Peuples
Innocent Gnelbin, Président Force aux peuples



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