L’école ivoirienne malade : « Des élèves au cœur de réseaux de prostitution et de drogue »

La drogue a envahi les établissements scolaires en Côte d'Ivoire
La drogue a envahi les établissements scolaires en Côte d'Ivoire

Drogue et prostitution dans les écoles en Côte d’Ivoire. Un éditorial d’, sur les maux qui minent l’école ivoirienne.

Bonne chance à nos sœurs et frères qui passent les examens de fin d’année. Ce moment important dans la vie d’un citoyen, qui devrait être la résultante d’un processus d’apprentissage inhérent à un cycle, est devenu un moment d’angoisse tant par son caractère complexe que par les dessous de tables auxquels il est sujet.

Les examens de fin d’année qui devraient essentiellement permettre d’évaluer le niveau de connaissance des apprenants sont devenus au fils des années des « concours » dont l’objectif est de recaler le nombre d’apprenants que le système ne peut absorber du fait de l’insuffisance des infrastructures et du niveau de budget alloué à l’éducation nationale. Pour corroborer cette approche, nos pouvoirs publics ne daignent pas instaurer une session de rattrapage comme cela est le cas dans plusieurs pays à travers le monde. Cette assertion tenant compte du fait qu’au cours de l’année scolaire, les élèves aient été soumis à une qualité optimale de formation.

Innocent Gnelbin, président de 2IDé
Innocent Gnelbin, président de

Les examens si impératifs pour espérer en un avenir, dans un pays où le diplôme signifie connaissance, son le lieu de vaste corruption. Avant pendant et après les compositions, toutes les manœuvres sont bonnes pour espérer avoir le si nécessaire sésame.

L’école est malade, depuis le système de formation jusqu’aux conditions sociales en passant par l’environnement

Une jeune fille racontait comment dans sa salle de composition, après s’être cotisé, ils ont pu acheter le silence des surveillants et tricher en toute quiétude. Du coup, le surveillant jouait son rôle mais en veillant à prévenir les élèves des mouvements du chef du centre ou d’un membre  du secrétariat vers la salle.

Ce cas, loin d’être isolé, est le symbole d’une importante activité lucrative autour de nos diplômes. En vérité, l’école est malade, depuis le système de formation jusqu’aux conditions sociales en passant par l’environnement.

Le programme éducatif et son type d’évaluation devraient se définir non par mimétisme mais par la vision de développement économique, politique et sociale qu’on a du Pays sur une génération et plus. Ce qui devrait tenir compte de nos réalités spécifique.

Hélas, depuis les indépendances à ce jour, notre système académique forme des commis pour nos administrations. Même la plupart des diplômés issus des grandes écoles rêvent d’embrasser une carrière de fonctionnaire. Venons-en à l’environnement qui est devenu une véritable inquiétude.

Notre école est polluée

En dehors des classes dont les effectifs sont pléthoriques, tels que l’enseignant ne peut objectivement distiller une formation efficiente, notre école est ‘‘polluée’’. Polluée avec pour fond la paupérisation de la société et la démission des pouvoirs publics vis-à-vis des œuvres sociales.

C’est un secret de polichinelle que le trafic de drogues et la prostitution sont présents et se consolident dans nos établissements.

Des réseaux s’établissent en liaison avec les apprenants pour faire passer la drogue entre élèves. La proximité des maquis et buvettes avec nos écoles, n’est pas fait pour aider à résoudre ce problème, pire… La relève inquiète parce qu’elle sombre dans les stupéfiants.

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Des élèves sont au cœur de réseaux de prostitution qui prend place dans presque tous nos établissements d’enseignement. Des jeunes filles sont appâtées par le gain facile dans une Côte d’Ivoire où la pauvreté grandit chaque instant et où très peu d’alternatives leurs sont offertes. Leurs clients sont à tous les niveaux de notre échelle sociale et même là où vous ne pouvez l’imaginer.

Pour joindre l’utile à l’agréable les élèves, entre eux, crée des groupes de partouzes. À six, à huit ou plus c’est selon, ils se retrouvent dans une résidence pour s’adonner à de véritables orgies dignes de la Grèce antique. Ces clubs d’un autre genre, ont aujourd’hui pignon sur rue.

Notre école est malade de son cadre institutionnel et de la démission des pouvoirs publics.

Par exemple, L’abandon par l’État aux privés de l’enseignement avec en prime aucun suivi. Les enseignants dans le privé ne sont pas correctement payés là où l’État règle difficilement les subventions dues à ces établissements. D’ailleurs tres peu d’écoles respectent les conditions d’éligibilité pour recevoir les affectés de l’État mais, hélas par des manœuvres dont, seuls nos gouvernant ont le secret, ces établissements se retrouvent avec des affectés.

Aucun programme de recyclage et de formation des enseignants. Aujourd’hui un diplômé de droit peut enseigner l’économie, ou une matière en gestion des ressources humaines, etc.

L’école est malade du manque de vision de nos dirigeants et de l’absence de  repères pour les apprenants.

Quel exemple de probité et d’éthique offrent nos gouvernants? Si ce n’est que la promotion des contre exemples, de la mal gouvernance, et des pilleurs de la république.

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Notre école est malade du manque de vision de nos autorités, qui décennies après décennies consacrent, par le copier-coller, le système français. D’ailleurs, encore faudrait-il copier de la meilleure façon.

Nos gouvernants ont échoué à créer le cadre adéquat pour une formation de qualité. Manque d’enseignants, insuffisance d’infrastructures, absence de matériel didactique, mauvaise rémunération des enseignants en rapport avec l’environnement social de notre Pays, insuffisance de lits et de bourses pour les apprenants. Bref, l’enseignement public est dans un laisser-aller et est le reflet de la déconfiture de notre société.

Le summum de la bêtise est d’avoir pour mauvaise intention de privatiser l’INPHB (Institut National Polytechnique Houphouët Boiigny) pourtant l’un des rares fleurons de l’enseignement supérieurqui tient encore debout dans ce Pays. (nous y reviendrons)

Il faut sortir de ce cercle infernal, qui est l’une des causes du trop grand taux de chômage (plus de 70% selon la BAD) et qui n’est pas de l’intérêt du Pays. Ce tableau montre que l’émergence n’est vraiment qu’un slogan.

Il est aussi vrai que leurs enfants fréquentent à l’extérieur. Peut-être que ceci pourrait aisément expliquer cela.

Innocent Gnelbin, président 2IDé

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