Le collectif des victimes dénonce : « Ouattara a assuré l’impunité à l’ensemble des auteurs de crimes »

Issiaka Diaby, président du Collectif des victimes en Côte d’Ivoire (CDV) s’est exprimé sur le processus d’indemnisation des victimes en Côte d’Ivoire : « Nous exigeons notre implication dans la mise en œuvre du processus d’indemnisation », a-t-il dit à Dnewstv. Ci-dessous son interview.

Vous avez suivi comme tous les ivoiriens le message à la nation du chef de l’Etat, quel est votre sentiment général ?

En ma qualité de président du collectif des victimes en Côte d’Ivoire, mon sentiment personnel est un sentiment de frustration. Je suis vraiment désolé qu’à travers cette loi d’amnistie, la Côte d’Ivoire vient de consacrer l’impunité et la promotion des auteurs de crime de masse. Notre inquiétude est que cette loi d’amnistie, est favorable aux répétitions des crimes de masse, exposant ainsi la majorité des ivoiriens à de crimes futurs. Donc, c’est un permis de conduire que le président de la république vient de délivrer aux auteurs de crimes, j’en suis inquiet.

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Le président de la république a dit également : « A tous nos concitoyens, particulièrement ceux qui ont payé un lourd tribu lors de ces événements douloureux, je leur demande de pardonner, je voudrais leur dire qu’ils continueront de bénéficier d’une attention particulière de l’Etat, je leur demande de s’inscrire résolument dans la dynamique de la réconciliation nationale ». Qu’est-ce que vous en pensez ?

Il y a des crises survenues en Côte d’Ivoire et l’ensemble des communautés de victimes sont engagées résolument dans le processus de réconciliation nationale. Mais la technique d’approche, la manière de faire, cette politique de mener des actions supposées  en faveur des victimes et en leur imposant un certain de nombre de choses n’est pas la bonne. Nous demandons un dialogue direct avec le président de la république lui-même qui a certes démontré sa volonté politique d’aller à la réconciliation mais qui n’a pas mis les victimes au cœur du processus en tant qu’objectif visé et en tant qu’acteur.

L’ensemble des leaders politiques en Côte d’Ivoire, semblent être en désaccord sur tous les points concernant la société ivoirienne. Mais paradoxalement, ils se retrouvent tous unis pour un certain nombre d’objectifs, créer les conditions de violence, pousser leurs militants et extrémistes, certaines populations à subir les conséquences de ces violences, et à en tirer profit, et ensuite eux-mêmes essayer de trouver des mécanismes pour s’en sortir c’est-à-dire assurer l’impunité à l’ensemble de leurs proches immédiats qui auraient commis ces crimes, au détriment des droits essentiels des victimes engendrés par ces violences.

Pour l’instant pour vous cela ne suffit pas à dire que la loi d’amnistie est un acte qui va dans le sens de la réconciliation ?

Cette loi d’amnistie est la porte ouverte à d’autres commissions de crimes. Aujourd’hui les victimes sont frustrées. Le président de la république vient de commettre un tort que nous appelons qu’il répare assez rapidement en faveur des victimes.

Qui est aujourd’hui victime de cette crise en Côte d’Ivoire et qui ne l’est pas ?

Aujourd’hui, à notre niveau, nous estimons que les victimes sont ces personnes physiques et morales qui ont subi les conséquences des violences, des atteintes aux droits humains. Nous avons plusieurs catégories de victimes, les victimes directes, les familles des victimes et les personnes ayant subi les conséquences des violences survenues. Les victimes directes entre autres les personnes assassinées, leurs enfants devenus orphelins ou leurs enfants en rupture avec tout type de socialisation du fait de ces commissions de crimes, aussi les personnes mutilées, les violences basées sur le genre. Ce sont les victimes que nous visons dans nos actions pour parvenir à leur prise en charge efficiente dans la mise en œuvre du processus d’indemnisation des victimes.

Dans la démarche de l’Etat, il y a une démarche réconciliatrice, on a connu la CDVR, il y a eu la CONARIV, il y a eu le PNCS, il y a même la cellule spéciale d’enquête et d’instruction. Ce sont des outils pour identifier ceux qui ont commis des crimes pour rendre justice aux victimes. Dites-vous que tout ceci est insuffisant et n’a pas été opérationnel ?

Oui, je dis bien qu’il y a cette volonté politique. Ces structures ont été créées c’est vrai, elles ont été dotées de moyens mais cette politique du clientélisme et de promotion du culte de la personnalité ont prévalu sur la mise en œuvre de l’ensemble de ces processus.

Que voulez-vous dire concrètement ?

Je veux dire par là que les personnes désignées pour la mise en oeuvre de ces processus n’avaient pas qualité de le faire. La preuve Charles Konan Banny tout le monde le reconnait aujourd’hui que son processus n’a pas atteint les objectifs assignés. Je vous informe que les 73 000 victimes supposées identifiées, auditionnées par la CDVR n’existent pas dans la base de données c’est très grave. On nous a fait croire que ces listes existaient.

« Mariétou Koné qui est chargé d’indemniser les victimes a dit clairement qu’il n’y a pas de liste pour consolider les victimes »

Ensuite il y a la Conariv. Nous avons insisté qu’on nous mette dans la mise en oeuvre. On nous a éjecté. Aujourd’hui la ministre Mariétou Koné qui est chargé d’indemniser les victimes a dit clairement qu’il n’y a pas de liste pour consolider les victimes. En clair, le déficit de gouvernance et de transparence dans la mise en oeuvre de ces processus ont violé les droits essentiels des victimes engendrées pendant la crise post-électorale.

En clair il faut reprendre tout à zéro selon vous?

Il faut nous impliquer, il faut nous écouter, il faut suivre nos orientations. Je vous informe, le processus d’exhumation des corps et restes humains des victimes des crises survenues en Côte d’Ivoire. Nous étions impliqués dans sa mise en oeuvre au niveau d’Abidjan. Tout s’est plus ou moins bien déroulé. Nous avons même mené des actions, nous avons permis d’obtenir des mesures d’accompagnement au profit des victimes pour faire l’enterrement de leurs proches assassinés.

L’Etat de Côte d’Ivoire a exhumé 63 corps à Duékoué, à Toulepleu et à Bloléquin. Depuis 2013, il détient ces corps. Ces victimes n’ont-elles pas droit à une sépulture digne? Comment pouvez-vous aller à la réconciliation si vous retenez par la force les dépouilles des parents de certaines populations.

Maintenant que cette décision du chef de l’Etat est prise,qu’espérez-vous enfin du pouvoir au nom des victimes ?

Dans ce désespoir, nous subissons ce rapport de force qui est favorable aux autorités politiques. Nous sommes fragilisés. Nous avons regardé du côté de la cour pénale internationale mais cette institution de justice internationale est en train de tergiverser avec Laurent Gbagbo à n’en point finir. Il y a près de 7 ans que des parents de victimes attendent la manifestation de la vérité pour faire le deuil de leurs proches assassinés.

Un troisième mandat qui a été lancé et que la cour pénale ne veut pas exécuter. La cour pénale 7 ans après n’ouvre pas de nouvelles affaires concernant par exemple le massacre des femmes d’Anonkoi Kouté, l’attaque des village de la sous-préfecture de Savo dans le village d’Adébène, du massacre de Duékoué carrefour et de Nahibli.

« La crise post-électorale a fait 3000 mille morts mais a aussi fait 4500 orphelins et enfants en rupture avec toute sorte de socialisation »

Notre seul espoir pour que notre peu de dignité soit préservée est le processus d’indemnisation des victimes que nous souhaitons redorer de ce caractère d’humanisme. La scolarisation et le socialisation des enfants devenus orphelins. La crise post-électorale a fait 3000 mille morts mais a aussi fait 4500 orphelins et enfants en rupture avec toute sorte de socialisation qui sont des enfants directs des personnes assassinées.

Leur scolarisation demeure. Ces enfants ne vont pas à l’école aujourd’hui. Ne sont-ils pas des dangers pour la population dans le futur ? Il y a aussi la question des mutilés. Un père de famille qui est mutilé et qui ne peut pas travailler, quelle est sa dignité ? Il faut le ré- socialiser pour qu’il puisse protéger sa famille. Donc, on parle de cohésion sociale, de réconciliation nationale, si la Côte d’Ivoire ne peut pas œuvrer pour créer la cohésion dans les familles qui ont subit des violences, que pouvons-nous espérer de ce pays? Nous exigeons notre implication dans la mise en oeuvre du processus d’indemnisation, en tant que cible et en tant qu’acteur.

Retranscription Prince Beganssou

Amnisitie, prisonniers politiques, CEI : Voici l’intégralité du discours d’Alassane Ouattara

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