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Côte d’Ivoire : Les démolitions à Abidjan, un enjeu politique et social

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Déguerpissement à Abidjan
Déguerpissement à Abidjan © Crédit Photo DR

Le gouvernement ivoirien mène une vaste opération de rénovation urbaine à Abidjan, entraînant de nombreuses démolitions et des déplacements de populations.

Une analyse de Ferro Bally :

BAISER DE JUDAS. C'est le jeu du chat et de la souris. Après l'opération spectaculairement dramatique du rasage du quartier de la Gesco, dans la commune abidjanaise de Yopougon, qui a fait couler encre et salive, le gouvernement a choisi de temporiser.

Le ministre-gouverneur Cissé Ibrahim dit Bacongo est alors rentré dans sa coquille. Et le conseil des ministres a fait mine de le désavouer, en créant un organe spécial logé à la primature, afin d'humaniser les démolitions et déguerpissement: la Cellule aménagement des quartiers précaires du district autonome d'Abidjan.

Dans la foulée et pour calmer les esprits surchauffés, Bacongo a annoncé des dons du chef de l'État: un véhicule à chacun des 60 chefs des villages ébrié et à chacun des 30 chefs des villages akyé du district d'Abidjan.

Ce n'est pas tout. Bacongo a mis à la disposition de chacune des heureuses autorités coutumières un téléphone portable, une dotation mensuelle en carburant et une assurance maladie.

Les petits plats dans les grands, pour chercher des alliés, ne sont naturellement pas fortuits. C'était un baiser de Judas. Dans son plan savamment nourri, a organisé un jeu de chaises musicales pour repartir les rôles: Robert Beugré Mambé, ancien ministre-gouverneur, devient, le 16 octobre 2023, premier ministre et Cissé Ibrahim, ancien maire de la commune de Koumassi, lui succède, le 27 décembre, au gouvernorat du district d'Abidjan.

Le second est dans la position du fou du roi, chargé des démolitions et des basses besognes. « Nous exécutons les ordres du chef de l'État avec le coeur et la raison, » a déclaré Bacongo pour prévenir les chefs ébrié et akyé. Et le premier, leader de la communauté ébrié après Ernest Nkoumo Mobio, est le joker chargé de colmater les brèches et de souffler après les destructions des pelleteuses et caterpillars.

En effet, si Bacongo a reculé à Anono, placé en stand-by en attendant après les cris de coeur du prêtre Norbert Abékan, ce n'était pas pour un renoncement aux opérations de déguerpissement; c'était pour mieux sauter.

Et, après un moment de répit, il vient de reprendre le rythme, en relançant la machine. Aidé de loubards et miliciens, en renfort aux forces régulières, le ministre-gouverneur vient de servir les frais de sa détermination à tout casser à Adjamé-village.

L'un des sept villages des « Bidjan », ceux qui ont donné leur terre pour créer Abidjan, a été rasé sans ménagement: personne n'a été dédommagé, contrairement aux promesses de l'ex-premier ministre Amadou Gon Coulibaly, qui parlait de quatre mois de loyer à l'avance, aucune famille n'a été relogée et tout le monde a été violemment jeté à la rue, aux premières heures de l'aube. Exactement comme à la Gesco et Boribana.

« L'entrée d'Abidjan du côté de la Gesco n'est pas digne de la réputation de notre capitale économique, » expliquait Bacongo pour défendre la violation des droits des populations d'un quartier ni précaire ni informel, et donc pas programmé dans les sites à risques et à démolir.

Quelques voix se sont élevées et sans lendemain. Et, en continuant de piétiner tous les droits des populations, le ministre-gouverneur Bacongo vient de passer à la vitesse supérieure de sa campagne d'assainissement d'Abidjan.

L'objectif à lui assigné, réaliser, sans état d'âme, le projet gouvernemental de rénovation urbaine avec le Schéma directeur d'urbanisation du grand Abidjan (SDUGA). Avec l'appui technique du gouvernement japonais, à travers l'Agence japonaise de coopération internationale (JICA), ce projet vise un plan de développement du grand Abidjan à l'horizon 2030.

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La brigade de salubrité urbaine est, dans ce cadre, passée à l'action pour faire disparaître les ventes à la sauvette au niveau des grandes artères, les mendiants qui colonisent les lieux publics, etc. Car le projet de modernisation d'Abidjan va manifestement conduire à repousser la pauvreté vers la périphérie d'Abidjan.

Et après Adjamé-village, les autres villages des propriétaires terriens de la ville d'Abidjan (Anoumabo, Agban, Attécoubé, Blockhauss, Locodjro et Santai) se trouvent en ligne de mire. Le ministre de la Construction, du Logement et de l'Urbanisme, Koné Nabagné Bruno, n'en a pas fait mystère. Il a clairement et publiquement condamné leur mode de vie qui « n'est pas digne de la réputation de notre capitale économique. »

« Le projet va concerner les anciens noyaux de la ville d'Abidjan; donc certains villages qui sont dans la ville et qui vivent comme au village dans la ville d'Abidjan, » a-t-il déploré, pour les avertir de leur prochain déguerpissement. Manu militari.

Et l'on comprend alors pourquoi Ouattara a renvoyé aux calendes grecques le transfert de la capitale politique à Yamoussoukro. Il veut

davantage égaler Félix Houphouët-Boigny. Abidjan a-t-elle été déclarée le Manhattan (sous son règne avec le Plateau)!? Elle deviendra le Paris de l'Afrique, sous son mandat. D'où tous ces travaux gigantesques et coûteux.

F. M. Bally

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