Lettre ouverte à Alcide Djédjé : « Au RHDP, tu es toisé comme un cheveu apparu soudainement sur la soupe du RDR »

Alcide Djédjé

, journaliste-écrivain et acteur politique, recadre et redresse : « Tu as trahi Gbagbo, que cherches-tu là où il a refusé l’autocratie ? »

La question que l’on se pose à Gagnoa, depuis son revirement politique spectaculaire aux côtés du régime en place, est claire : que cherche, et que recherche, vraiment, Alcide Djédjé dans le RHDP-parti unifié qui est, en fait, le RDR renforcé ? On retourne cette question dans tous les sens et on s’interroge encore, et encore, sur l’étrangeté du comportement politique d’Alcide Djédjé, ce fils de Gagnoa et ancien ministre dans le dernier Gouvernement du Président , déchu manu militari, le 11 avril 2011.

Il arrive au concerné lui-même de s’essayer, couci-couça, à des justifications de velours, à des alibis de « diplomate », à des réponses d’équilibriste, qui voudraient convaincre plus d’un, avec un verbe souvent mal articulé, mais toujours mal assuré. Une chose est sure et certaine, l’ex-ministre Alcide Djédjé, dans ses manœuvres de louvoiement d’intérêt nombriliste et de repositionnement personnel qui n’engagent que lui et ses quelques suiveurs, ne rassure personne à Gagnoa.

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En tant qu’individu simple et citoyen libre, il se fraie peut-être un chemin solitaire pour aller aussi, avec une cuillère d’or ou d’argent en main, et sans y être spécialement invité, à la soupe des snobs, offerte au banquet princier de l’heure. Mais politiquement, il est regardé de haut, lorgné et toisé comme un cheveu apparu soudainement sur cette soupe déjà toute cuite du pouvoir RDR ou RHDP unifié, à cette table de festin autour de laquelle se font entendre tant de grognements.

Que fait, au juste, Alcide Djédjé dans ce jeu de création d’empire du pouvoir RHDP unifié ? Ce jeu où des pieds de géants écrasent les faibles et auquel il participe, rassure-t-il ainsi les Ivoiriens? Rassure-t-il vraiment la Côte d’Ivoire dans le concert des nations ? Non, cher aîné Alcide Djédjé. Contrairement à ce que dit le nouveau griot politique que tu es malheureusement devenu dans ce mauvais système combattu par tous, le régime que tu as rejoint ne fait pas bonne presse, ni ici, ni à l’extérieur.

Un diplomate comme toi ne devrait pas se risquer à se casser la figure en fonçant, tout droit, dans un mur rugueux. Reprends tes esprits, pendant qu’il en est encore temps. Car, ta place n’est pas là où tu es en ce moment. Ressaisis-toi vite et allons à Gagnoa. Tu entendras là-bas, quand Laurent Gbagbo reviendra à Mama,  tes parents te demander : pourquoi avais-tu trahi Gbagbo ? Que cherchais-tu là où Gbagbo a refusé l’autocratie ?

Oui, Gagnoa a une Histoire politique qui lui est propre et qui lui est reconnue ainsi : celle de la gauche démocratique. De longue date et de haute lutte, cet esprit politique du vrai Gagnoa a été construit exclusivement par sa forte propension à opposer la démocratie à toute dictature, et la vérité à la démagogie, au mensonge politique. Comme tu devrais le savoir, nous ne sommes pas un peuple confiné à la reptation existentielle, mais un peuple qui marche debout, la tête haute, fier de son esprit de droiture, qui ne mâche pas ses mots et qui ne marchande pas, non plus, ses pensées.

« Pourquoi donc, après avoir été l’un des derniers ministres du même Laurent Gbagbo, alors au pouvoir, soutiens-tu le camp de son adversaire d’hier et d’aujourd’hui qui, lui, entend faire revenir le pays à l’ère de la pensée politique unique d’hier ? »

Nous sommes un peuple dont les actes de justice sociale ne trahissent pas l’esprit. Ne t’y méprends donc pas. Ne t’y fourvoie pas, non plus. Oui, ne fais surtout pas dévier l’histoire de Gagnoa en la ramenant à ta propre personne. Ce serait une erreur qui te suivra partout. C’est ton frère Laurent Gbagbo qui, premier parmi ses prédécesseurs illustres opposants politiques de Gagnoa, a réussi à faire triompher la démocratie dans le pays, en faisant poser, à la Côte d’Ivoire, le pas salutaire du multipartisme dont le décret présidentiel de réinstauration a été pris le 30 avril 1990.

Pourquoi donc, après avoir été l’un des derniers ministres du même Laurent Gbagbo, alors au pouvoir, soutiens-tu le camp de son adversaire d’hier et d’aujourd’hui qui, lui, entend faire revenir le pays à l’ère de la pensée politique unique d’hier ? Pourquoi te prêtes-tu à ce jeu du retour en arrière et de la déconstruction des acquis politiques et historiques de la démocratie en Côte d’Ivoire ?

As-tu même la force morale  d’expliquer aux groupuscules que tu rencontres (en leur distribuant le peu d’argent que tes nouveaux maîtres te mettent dans la poche) à Bayota et ailleurs, pour la gloire de ces nouveaux maîtres à pensée, pourquoi tu rames, aujourd’hui, à contre-courant de l’Histoire de Gagnoa et du pays ?

Comme moi, aujourd’hui, nos frères, sœurs et parents de tout Gagnoa, te diront en face, un jour, que tu as proprement trahi l’esprit politique des leaders progressistes de notre Gagnoa, tels que, pour les plus connus, Victor Djédjé Capri, Adrien Dignan Bailli, Victor Biaka Boda, Kragbé Gnagbé Christophe dit Opadjlè, Laurent Gbagbo…

Partout, on continue de dire et soutenir, dans les masses populaires de notre région du Gôh, que les gens de Gagnoa, que Laurent Gbagbo a fait connaître de toute la Côte d’Ivoire et du reste du monde, en les nommant et les positionnant à des postes prestigieux dans son régime, sont ceux-là même qui l’ont le plus coulé dans sa gestion des affaires publiques. Peux-tu démentir ces accusations ?

« qu’avez-vous réellement appris de Laurent Gbagbo que vous avez prétendu soutenir, hier, parce qu’il vous distribuait généreusement billets de banques, privilèges, avantages, postes, et tout ? »

Comment continues-tu encore de te réclamer de la lignée des hommes politiques progressistes, comme Laurent Gbagbo, pendant que tu te fais, toi-même, captif de l’idéologie des ultralibéraux et conservateurs, aujourd’hui au pouvoir, et qui n’ont jamais supporté les progrès de la démocratie en Côte d’Ivoire ? Qu’avez-vous réellement appris, toi et les autres de Gagnoa (Louis-André Dacoury-Tabley qui a depuis longtemps perdu son âme, Allou Wanyou Eugène qui ne sait même plus qui il est, Kadet Bertin qui vient heureusement de se ressaisir, etc.) qui vous suivez à la queue leu-leu sur ce chemin perdu, qu’avez-vous réellement appris de Laurent Gbagbo que vous avez prétendu soutenir, hier, parce qu’il vous distribuait généreusement billets de banques, privilèges, avantages, postes, et tout ?

On ne te demande pas d’être un radical car tu ne peux même l’être, mais de ne pas être non plus comme les bénis oui-oui qu’on connaît dans le pays. Que cherches-tu, au juste, au RHDP unifié ? Un poste de ministre ? Mais tu as déjà été ministre sous Gbagbo, même si c’était bref. Ne pouvais-tu pas rester digne dans l’opposition et continuer le combat pour la démocratie, du côté de Gbagbo ?


« cher aîné Alcide Djédjé, ta position politique actuelle. Mais j’avoue que rien, de tout ce que tu avances comme argument de défense, ne tient vraiment la route »

Gbagbo lui-même n’a-t-il pas fait 30 ans d’opposition avant d’être élu Président de la République en 2000 ? Es-tu obligé de trahir le même Gbagbo, que tu appelais, la tête courbée, « Monsieur le Président », avec le respect dû à son haut rang, alors que c’était pour lui tourner le dos aujourd’hui pour vouloir redevenir ministre, mais sous Ouattara ? Que veut que retiennent, de toi, Ouragahio, Gagnoa, tout le Gôh qui te voient rouler pour le régime RHDP unifié dont on te voit être un sous-main, si ce n’est pour être le porte-serviette de leur ministre des Affaires étrangères, que tu suis dans tous les voyages à l’étranger ?

Je t’ai souvent écouté justifier, cher aîné Alcide Djédjé, ta position politique actuelle. Mais j’avoue que rien, de tout ce que tu avances comme argument de défense, ne tient vraiment la route. Ce qui, au contraire, serait louable, c’est de faire personnellement un sérieux examen de conscience, qui s’impose à nous tous, acteurs politiques originaires de Gagnoa. Donc, à bientôt, sur le terrain politique, où nous sommes tous et où on s’expliquera devant le peuple…

Fraternellement.

Sylvain Takoué,

Fils originaire de Gagnoa

Tél. : (225) 58 30 40 00

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