L’interdiction des motos et tricycles à Abidjan, une mesure qui ne passe pas
Le retrait de l’interdiction des motos et tricycles sur les voies d’Abidjan est perçu comme un repli tactique. La décision du Ministère des Transports suscite la colère des acteurs du transport urbain et soulève des interrogations sur la place de la jeunesse.
La nouvelle a d’abord été accueillie comme une victoire. L’interdiction des motos et tricycles sur plusieurs axes du District d’Abidjan, qui avait provoqué une vague d’indignation, a été retirée. Les cris des quartiers populaires et les plaintes des acteurs du transport urbain semblaient avoir porté leurs fruits, forçant les autorités à reculer. Pourtant, pour Jean-Marc D’Eburnie du GPS de Guillaume Soro, cette annulation relève davantage d’une manœuvre que d’un véritable changement de cap.
« On a voulu faire croire à l’opinion publique que la raison avait enfin triomphé, » déclare Jean-Marc D’Eburnie. « Beaucoup y ont vu une victoire du peuple, une écoute tardive mais salutaire des gouvernants. En réalité, ce retrait ressemble davantage à un simple repli tactique qu’à un véritable changement de cap. » L’analyse est cinglante : derrière l’apparente souplesse se cacherait une stratégie bien plus sournoise, transformant l’économie informelle en un secteur sous tutelle, où la jeunesse ivoirienne pourrait être la grande perdante.
La livraison urbaine sous contrôle étatique
Pendant que l’attention se porte sur le va-et-vient des décrets, l’État met en place une nouvelle organisation pour les services de livraison urbaine. Fini l’activité de survie pour des milliers de jeunes ; la Poste de Côte d’Ivoire est désormais désignée pour encadrer ce secteur. Pour Jean-Marc D’Eburnie, cette centralisation n’est pas une simple modernisation : « ce qui était hier une activité de survie pour des milliers de jeunes devient aujourd’hui un secteur verrouillé, centralisé, institutionnalisé, où ceux qui se sont débrouillés seuls… risquent d’être qualifiés demain d’acteurs illégaux. »
Cette reprise en main par une structure publique inquiète particulièrement la jeunesse ivoirienne qui voit dans cette mesure une entrave à sa capacité de « débrouille ». Pour beaucoup, c’est une manière détournée de contrôler une activité qui, faute d’alternatives, permet à de nombreuses familles de subsister. La crainte est de voir cette jeunesse laborieuse, qui sillonnait jusqu’alors les rues d’Abidjan en moto ou tricycle, être mise à l’écart, voire criminalisée.
Une concession symbolique, une défiance grandissante
L’annulation de la première interdiction apparaît, selon D’Eburnie, comme « une feuille de paille », une « concession symbolique destinée à calmer l’indignation populaire pendant que l’architecture réelle de la réforme avance, implacable, sans véritable concertation ». Le fond du problème, la place accordée à la jeunesse ivoirienne dans le modèle économique urbain, resterait inchangé.
La question posée est celle de l’inclusion réelle versus la simple régulation. « La vraie réforme aurait consisté à organiser, former, sécuriser et intégrer ces jeunes dans un cadre souple et équitable, et non à leur signifier, à demi-mot, que leur survie économique devra désormais se faire sous tutelle ou disparaître », affirme l’acteur politique. En multipliant les décisions qui semblent d’abord reculer avant d’imposer de nouvelles règles, le pouvoir, selon cette analyse, nourrit une « défiance profonde » au sein de la population, et particulièrement chez la jeunesse ivoirienne. « La question demeure entière : veut-on réellement accompagner la jeunesse ivoirienne, ou simplement la discipliner jusqu’à l’étouffer ? », conclut Jean-Marc D’Eburnie, laissant planer le doute sur les réelles intentions derrière cette nouvelle politique.
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