L’opposition ivoirienne a-t-elle emprunté le chemin pour se rendre à Canossa ?
Nazaire Kadia se prononce sur la posture de l'opposition ivoirienne dans le paysage politique actuel et face au président Ouattara.
« Aller à Canossa » est une expression idiomatique pour désigner le fait de s'agenouiller devant son ennemi dans une posture d'abdication. Elle fait référence à un épisode historique dont l'empereur allemand Henri IV (1050-1106) fut le malheureux héros.
La posture de l'opposition ivoirienne dans le paysage politique actuel, conduit à se poser mille et une questions quant à sa démarche et à sa conduite du moment. Sans avoir réussi à influer véritablement sur le cours de l'histoire actuelle, son acceptation de se rendre aux discussions à la Primature est considérée par nombre de personnes comme une abdication.
Le combat serait terminé faute de combattants. L'opposition ivoirienne a-t-elle alors emprunté le chemin pour se rendre à Canossa ? En effet, avant le 31 octobre, l'opposition ivoirienne, avait réclamé en vain des discussions sur un certain nombre de sujets à l'effet d'avoir une élection présidentielle dans un climat apaisé.
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Le pouvoir RHDP fit la sourde oreille et est resté droit dans ses bottes. Pour lui il n'était nullement question d'entamer un dialogue sur la composition de la Commission électorale Indépendante (CEI), ni sur la liste électorale encore moins il n'était question d'envisager un quelconque report des élections. Ce fut une fin de non-recevoir à toutes les demandes de l'opposition. En réaction, l'opposition appela à la désobéissance civile et à des manifestations devant empêcher la tenue de l'élection. Envers et contre tout, l'élection eut lieu dans des conditions difficiles.
Aujourd'hui, en quête de légitimité, et pour donner le change et le gage à ses soutiens à l'extérieur, le pouvoir appelle à des discussions en mettant sur la table, des sujets qu'il refusait d'aborder avant la tenue de l'élection présidentielle. La situation est délicate pour l'opposition ivoirienne. Ne pas aller aux discussions la disqualifierait aux yeux de « communauté internationale » à qui elle fit en vain des appels du pied. Elle serait alors considérée comme celle qui ne veut pas la paix et qui veut installer la chienlit dans le pays.
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Aller à ces discussions après tout ce qui s'est passé, et dans les conditions actuelles, la disqualifie aux yeux de nombreux ivoiriens qui n'oublient pas les morts et les nombreuses exactions vécues. En outre sa présence à la table des discussions, semble être une reconnaissance de fait de l'élection présidentielle passée et du pouvoir RHDP qui en est issu.
Mais cela ne fait guère de doute, certains ivoiriens et certaines formations politiques, ont dépassé ce stade d'interrogation et de questionnement. Ils sont dans une autre dimension et se projettent déjà dans la perspective des élections législatives. Calculatrices en mains, ces formations politiques font déjà des projections sur le nombre de députés qu'elles pourraient avoir à l'Assemblée nationale.
D'autres hommes politiques comme M. Gnamien Konan, préconisent déjà une stratégie d'union sacrée autour des candidats de l'opposition dans toutes les circonscriptions électorales, pour mettre en déroute les candidats du pouvoir RHDP aux joutes électorales prévues pour le premier trimestre de 2021. L'objectif visé, est d'avoir une majorité parlementaire à l'effet de contrôler les actions du gouvernement.
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Dans l'absolu, cette idée peut se défendre à condition qu'on soit dans un véritable Etat de droit où la séparation des pouvoirs n'est pas anecdotique. L'histoire récente de notre pays n'a pas donné d'exemples pouvant conforter les uns et les autres à cette idée. L'exécutif ivoirien, de 2011 à 2020, a eu tendance, dans une assemblée monocolore, à gouverner par ordonnance, en empiétant sans états d'âme sur bien de domaines qui ne sont pas les siens.
Qu'en sera-t-il si l'Assemblée nationale ne lui est pas acquise ? Les exemples sont légion ; et de nombreux juristes en ont fait la démonstration. Mais à l'heure actuelle, que peut l'opposition ? quelle est sa marge de manœuvre ?N'ayant pas pu aller au bout de ses actions, en panne de stratégies, de conviction et de motivation, fragilisée par les emprisonnements à tout va de ses dirigeants et de ses militants, l'opposition ivoirienne dans une position de faiblesse, va à son corps défendant à des discussions où rien ne lui sera concédé que ce que voudra bien concéder le pouvoir RHDP. C'est dire qu'elle va à Canossa.
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Mais il existe un autre sentier partiellement usité, qui ne demande qu'à être emprunté dans son entièreté pour arriver à destination. Il y a certes eu un matin en Eburnie, il y aura assurément un soir et l'ivraie sera séparée du vrai.