Massacres de Peuls au Mali : Un ministre malien met en cause « des miliciens ivoiriens »

Pr Issa N'Diaye a émis une hypothèse douteuse sur des ex-rebelles ivoiriens qui pourraient être impliqués dans le massacre des Peuls au Mali

Dans une vidéo réalisée par le journal Le Monde, le professeur de philosophie à l’université de Bamako, , ex-ministre de l’Education et auteur de plusieurs œuvres se prononce sur les massacres des Peuls au . A l’en croire, les conflits entre éleveurs et agriculteurs constituent un conflit traditionnel.

L’auteur de « Silence,  » exclut l’hypothèse d’une implication de milice ou de milice peule. Il émet l’l’hypothèse de l’implication de mercenaires étrangers qui appartiendraient au foyer de l’ex-rébellion ivoirienne.

« C’est des conflits traditionnels entre éleveurs que sont les Peuls et les agriculteurs que sont les Dogons. Il y avait un cadre de gestion traditionnel à l’époque qu’on avait trouvé et qui arrivait à déterminer des couloirs, des périodes de passage et les animaux pouvaient par exemple séjourner dans les champs des agriculteurs après les récoltes et ça permettait aussi de fertiliser les sols. Donc il y avait une sorte de symbiose entre les populations et les conflits qui naissaient à l’époque trouvaient rapidement des solutions dans le cadre des concertations traditionnelles », explique Issa N’Diaye.

« Le dernier cas à pose beaucoup de questions. Les milices Dogon qu’on a soupçonnées ont dit qu’elles ne sont pas responsables de l’attaque. Apparemment, il y a des gens qui viennent, qui s’habillent parfois en tenue de chasseur Dogon et qui agressent les communautés Peuls. Donc là-bas, il faudra comprendre que ce ne sont pas les chasseurs Dogon parce que les confréries de chasseurs sont par définition multiethniques », rectifie l’auteur de de le festival des Brigands.

« Donc il n’y a pas de différenciation ethnique dans les conflits de chasseurs. On s’est rendu compte qu’il y a des gens qui avaient des vraies armes de guerre qui ne sont pas les armes traditionnelles des milices. D’où est ce que pouvait venir ces armes ? On a constaté aussi que certains agresseurs avaient un langage qui n’était pas la langue du milicien », conclu l’ex-chef du département de philosophie.

« Au niveau des autorités on avait pensé que des gens appartenant au regroupement d’Amadou Kouffa qui est Peul viennent aussi égorger des Peuls avec une telle sauvagerie. Dans la mesure où ce n’est pas Amadou Kouffa, on exclut cette hypothèse, on exclut aussi celle des milices Dogon. Dans ce cas d’où peuvent venir ces agresseurs ? », s’interroge-t-il.

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Pour lui, « il y a le même phénomène qu’on constate de l’autre côté de la frontière en territoire burkinabé où ce sont les mêmes modes opératoires. C’est des groupes qui surgissent à cinq, à sept, moins d’une dizaine et qui tirent sur tout ce qui bouge et qui disparaissent. C’est ce qui emmène les chercheurs à se dire est ce qu’il n’y a pas un processus en cour qui fait appel à des mercenaires qui viennent plus loin du territoire ivoirien selon certaines hypothèses qui seraient en quelque sorte un foyer de l’ancienne rébellion que la Côte d’Ivoire a connu dans le temps. Ce vivrier dans lequel on puiserait pour des entreprises de déstabilisation », doute le professeur de philosophie.

« Au niveau du Burkina, généralement les autorités et les chercheurs pensent que c’est des groupes liés à Blaise Compaoré qui essaient de déstabiliser l’Etat burkinabé. Ces groupes viennent plus loin en pénétrant en territoire malien pour commettre certaines exactions. On se pose beaucoup de questions mais pour l’instant chacun observe. Les autorités n’ont pas pris de position officiellement pour une hypothèse mais cette hypothèse d’intervenant extérieur des mercenaires armés qui veulent mettre le feu dans cette partie du Mali. C’est de plus en plus une hypothèse à prendre en compte », fait-il remarquer.

Notons que le professeur Issa N’Diaye, ancien ministre de l’Education au Mali, fut un fervent acteur du mouvement démocratique (mars 1991) au Mali. Il est aujourd’hui militant associatif, président du Forum Civique, « espace de réflexion et d’action ». En janvier 2016, il s’en est pris au régime d’Ibrahim Boubacar Keïta dit IBK en ces termes : « La question n’est pas de changer le gouvernement, mais c’est de changer de politique ». il est l’auteur de plusieurs œuvres dont ‘Silence, On démocratise !’’.

L’hypothèse défendue par Issa N’Diaye est « farfelue » selon un expert militaire qui étudie le comportement des ex-rebelles ivoiriens. C’est un problème interne au Mali et il le sait très bien. La rivalité entre Peuls et Dogons dans cette partie du Mali ne date pas d’aujourd’hui, tenter de mêler des Ivoiriens à cette affaire ne nous semble pas très responsable ».

Karina Fofana

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