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Quand la route devient un tombeau en Côte d’Ivoire : l’accident de Trop, et le silence de trop

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Quand la route devient un tombeau en Côte d’Ivoire : l’accident de Trop, et le silence de trop
Accident sur l’autoroute Yopougon-Adjamé ce 27 mai 2025 © Crédit Photo DR

La ville d'Abidjan a de nouveau été touchée ce 17 mai 2025 par un accident routier avec un minicar. Ce drame récent relance les questions sur la sécurité routière et la responsabilité de tous les acteurs.

Il y a des jours où l'actualité ne se commente pas. Elle se pleure. Elle se vit comme une gifle collective, une claque cruelle qui nous rappelle à quel point la vie est fragile et l'indifférence criminelle. Ce mardi 27 mai, a connu une nouvelle qu'on aurait préféré ne jamais entendre : un terrible accident de la route, impliquant un minicar communément appelé « gbaka », a encore provoqué la perte tragique de vies. Des enfants, des mères, des pères ne rentreront plus jamais chez eux. Et pendant que les familles pleurent, la ville, elle, continue de rouler. Comme si de rien n'était.

À ce stade, ce n'est plus un fait divers. C'est un symptôme. Un signe criant du dysfonctionnement d'un système. Car si la mort prend place dans un véhicule censé transporter la vie, alors c'est que quelque chose ne tourne pas rond. Ce drame n'est pas le fruit du hasard. Il est le résultat d'un laisser-aller prolongé, d'une irresponsabilité chronique de certains conducteurs, mais aussi — et surtout — d'un État qui a démissionné sur ce front.

Les chauffeurs de gbaka, il faut le dire, agissent souvent comme s'ils étaient au-dessus de la loi. Ils roulent à tombeau ouvert, grillent les feux, chargent au-delà du raisonnable, insultent, menacent, et parfois frappent. Et que fait la police ? Rien, ou si peu. Quelques contrôles de routine à la sauvette, des amendes qui se négocient entre deux poignées de mains, et surtout un silence complice qui finit par coûter des vies.

Mais ce n'est pas tout. Ces véhicules, souvent dans un état mécanique pitoyable, continuent de circuler sans que cela n'émeuve personne. Les freins ne tiennent plus, les pneus sont lisses comme des miroirs, les amortisseurs inexistants. Pourtant, on les autorise à rouler. À transporter nos enfants. Nos épouses. Nos espoirs.

Et pendant que la responsabilité est diluée entre mille institutions, pendant que l'État se perd dans des déclarations de compassion posthume, les accidents continuent, les cercueils s'empilent, et la confiance s'érode.

Il est temps de changer de paradigme. Il est temps que le peuple lui-même se transforme en garde-fou citoyen. Puisque l'État ne joue pas son rôle, alors faisons ce que nous pouvons. Désormais, chaque passager doit devenir le surveillant de son chauffeur. La technologie peut nous aider : avec un simple smartphone, il est possible d'installer une application GPS qui mesure en temps réel la vitesse du véhicule. Quiconque constate un excès de vitesse pourra alerter les autorités. À condition, bien sûr, que celles-ci soient prêtes à écouter.

C'est pourquoi j'en appelle au ministère des Transports et à la police nationale : il est urgent d'ouvrir des centres d'appels dédiés, accessibles à tous, pour permettre aux citoyens de dénoncer les abus des conducteurs. Plaques d'immatriculation, vidéos, coordonnées GPS : donnons aux Ivoiriens les moyens d'agir. Qu'ils ne soient plus de simples passagers, mais des sentinelles de la sécurité publique.

Car la route n'est pas une jungle. Elle ne devrait pas être une loterie mortelle. Elle est un espace partagé, où le respect mutuel et la vigilance doivent redevenir des normes. Le peuple a assez pleuré. Il est temps de se lever, de dénoncer, de protéger.

Ce drame ne doit pas s'ajouter à la longue liste des oublis collectifs. Il doit marquer un tournant. Si nous laissons encore faire, alors nous serons tous, un jour ou l'autre, les prochains endeuillés.

Ahouman Gaël Lakpa
Consultant, Analyste Sociopolitique et Écrivain Ivoirien.

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