Un proche de Soro revient sur la rébellion contre Gbagbo : « que de regrets pour avoir installé le Gourou du Restaurant »
Revenant sur la rébellion ivoirien contre Gbagbo, Mamadou Traoré, proche de Guillaume Soro, à exprimé le 25 août 2021, ses regrets.
Cette photo de moi me fait penser aux moments fous de ma vie. J'avais en ce moment la trentaine. Fou que j'étais, j'étais le seul fonctionnaire de la ville à m'être engagé du côté des rebelles. Les gens trouvaient que j'étais quelque part débloqué pour tenter une telle aventure suicidaire. Moi qui était un jeune modèle pour les parents d'élèves, un jeune professeur qui gagnait bien sa vie parce qu'à l'époque, j'étais un opérateur économique assez prospère.
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Je me mettais dans cette tenue militaire pour galvaniser la foule pour le compte du MPCI. C'est fort de cela que mes collègues, qui ont pu sortir de Boundiali pour aller sur Abidjan, sont allés dire que j'étais devenu un chef de guerre. Nous sommes arrêtés, mon garde de corps de circonstance que m'a donné le CO Touré Moussa ,et moi.
Et c'est devant le domicile du CO que nous étions arrêtés. C'est également à côté de ma fameuse Mercedes 190 blanche que nous étions arrêtés. Une voiture que j'ai achetée en Février 2001.
C'est cette voiture qui m'a permis de parcourir des milliers de kilomètres afin de sauver des milliers d'élèves d'un génocide intellectuel.
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Aux mendiants du Restaurant qui disent que je n'existe que sur Facebook et que je ne connais pas le terrain, je voudrais leur dire que j'ai été un homme de terrain à leur âge. J'ai été sur le théâtre des opérations militaires pour y galvaniser les troupes à leur âge. J'ai été pris dans le feu des affrontements entre rebelles pour le contrôle de Boundiali par exemple aux premières heures de la rébellion à leur âge.
J'ai vu, à leur âge, des soldats tomber devant moi, criblés de balles. J'ai entendu, à leur âge, des balles siffler dans mes oreilles. Bref, j'ai vu, à leur âge, la mort de près. C'est pourquoi aujourd'hui, aguerris, je ne sais plus ce que c'est que d'avoir peur. Car j'ai vu des vertes et des pas mûres.
Aujourd'hui, je suis cinquantenaire. Je n'ai plus les mêmes reflexes de ma jeunesse. J'ai laissé désormais le terrain aux plus jeunes. Nous autres, cinquantenaires, sommes dorénavant dans la stratégie, la formation et la propagande.
Mais s'il y a une chose que je regrette aujourd'hui et pour laquelle je ne cesse de demander pardon aux ivoiriens, c'est le fait d'avoir fait une rébellion pour installer le Gourou du Restaurant au pouvoir.
À l'époque, dans mes folles années de jeunesse, j'étais envahi par des idéaux.
Je voulais me battre pour changer le monde. J'étais contre toute forme d'injustice.
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En m'engageant dans la rébellion, je me battais pour un idéal. Je voulais contribuer à asseoir un Etat de droit où personne ne serait exclu de la compétition électorale présidentielle.
Je me disais que le Gourou du Restaurant, qui avait vécu longtemps chez les blancs, était animé par cet idéal. Je me disais qu'ayant été lui même victime d'injustices, il ferait en sorte que ce qu'il a subi ne se reproduise plus.
Avec la réputation de bon gestionnaire qu'il s'est attribuée, je me disais que lui au pouvoir, notre pays amorcerait un développement durable. Hélas, avec le temps, je me suis rendu compte que je m'étais fait plein d'illusions. Je m'étais trompé sur l'homme que j'avais idéalisé. C'est cet homme qui est en train de reproduire toutes les injustices dont lui-même a été victime. C'est cet homme qui a exclu de la compétition électorale Guillaume Soro, l'homme qui s'est battu afin qu'il ait ,enfin, l'opportunité d'être candidat.
Que d'illusions me suis je faites sur l'homme! Que de regrets dans mon corps ! Que de regrets !
