Vincent Toh Bi : « n’encourageons pas la fainéantise, l’argent a un prix »

N’encourageons pas la fainéantise, l’argent a un prix, c’est le travail, le courage et l’effort. C’est le message lancé par Vincent Toh Bi, Préfet d’Abidjan.

Je suis toujours surpris, dans mes balades à Abidjan, quand je vois des gens distribuer des liasses de billets de banques à des personnes qui n’ont rien fait et qui ne le méritent pas.

Je reçois toujours à mon bureau des personnes de classes sociales difficiles, des handicapés, des albinos, des sourds et muets, des aveugles, des orphelins, des veuves, des déscolarisés, des sans-emplois, des personnes âgées, qui refusent la charité et qui demandent seulement une amélioration de leurs conditions de vie ou un emploi.

Le samedi passé, l’Association Nationale des Sourds et Muets, que je parraine, m’a demandé de prendre des mesures sévères à l’encontre des Sourds ou Muets qui mendient dans la rue ou qui passent de bureau en bureau pour racketter. Selon eux, cette attitude de certains de leurs amis fait que leur communauté peut être perçue négativement. J’ai été surpris de cette requête bizarre, mais je suis heureux de cette quête de dignité.

LIRE AUSSI : Gnamien Konan : « le RHDP finance les CNI de leurs militants à partir de leurs caisses noires, c’est monstrueux »

Je vois des mères et des pères de familles qui travaillent dur. Je suis témoin des jeunes filles qui vendent des produits à la sauvette pour gagner leurs vies. Je vois comment sur les routes rurales et dans les marchés des grandes villes, les produits de nos mamans sont sous payés par des clients impitoyables et intraitables, maîtres des « barka » et « gouassou » .

Mais cette masse de travailleurs laborieux est toujours à la tâche pour mériter leurs pitances quotidiennes et pour construire Abidjan.

L’argent coûte cher. Il faut le mériter. C’est le principe de toute société, surtout des sociétés avancées où vous verrez peu de personnes recevoir en permanence de l’argent dans les rues, si elles ne fournissent un service conséquent en retour.

LIRE AUSSI : CMU : « 3 millions de personnes enrôlées » selon Gon

Lorsque des bras très valides renoncent aux efforts mais reçoivent tous les jours de l’argent gratuit et facile dans les rues d’Abidjan, eux et leurs donateurs déséquilibrent la société, car ils incitent les paresseux à ne plus travailler.

Beaucoup de bonnes volontés individuelles ou institutionnelles ont aidé des jeunes du Plateau par exemple à avoir un emploi ou une activité génératrice de revenus. Mais une bonne partie de ces jeunes est retombée dans la mendicité. A quoi leur sert-il de mener une activité pénible et avoir 5 000 FCFA par jour, s’ils peuvent juste s’asseoir devant les restaurants et recevoir au moins 30 000 FCFA chacun et par jour de la part de clients fortunés ?

Vincent Toh Bi et l’argent

Cette situation crée également une autre forme d’inflation. Quand on dit que la vie est chère à Abidjan, c’est souvent parce que des gens achètent avec de l’argent qu’ils n’ont pas mérité. Donc les prix de certains produits peuvent être inutilement élevés parce qu’ils peuvent être facilement écoulés, malgré leurs coûts artificiels.

Nous n’aidons pas ceux à qui l’argent est distribué sans mérite. Essayez de réfléchir vous mêmes : à combien de personnes vous avez déjà donné de l’argent et qui ont définitivement quitté les rues ? Je connais des gens qui vivent de l’argent gratuit, sans travailler, depuis plus de 35 ans. La mendicité les nourrit si bien qu’ils ont même épousé 3 femmes !!!

LIRE AUSSI : Doumbia Major revient à la charge : « Dites à Kalou, moi, je cultive l’esprit des gens, je change la vie des Ivoiriens »

Il faut respecter l’argent et nous n’aidons pas ceux qui ne veulent fournir aucun effort. Lors d’une mission à New York en 2012, je suis allé manger dans un restaurant indien. J’ai commandé un plat de leur riz qui coûtait 6 dollars. Mais il n’était pas à mon goût, donc j’ai demandé que me soit apporté un autre plat de riz, du même prix. Le restaurateur était choqué que je « gaspille » 6 dollars. Il était tellement choqué que j’ai regretté mon attitude. Si vous donnez 6 dollars (un peu plus de 3 000 frs CFA ) à un djosseur de Nama au Plateau, il pourrait vous traiter de radin et de méchant, mais en Occident, ils ont été éduqués dans leur société à rendre chaque centime utile.

Loin de moi l’idée séditieuse d’inciter à la fin de la charité. Je voudrais juste souligner que notre solidarité les uns à l’égard des autres doit être positive. Donnons à ceux qui le méritent vraiment, en raison de leurs situations sociales ou physiques ou de leur ardeur au travail. Mais n’encourageons pas la fainéantise car tant de personnes dans la Capitale économique travaillent dur pour gagner honnêtement leurs vies .

L’argent a un prix, c’est le travail, le courage et l’effort.

Les articles de l’actualité ivoirienne sur Yeclo.com :

Personnalités liées avec l’article