Affi N’Guessan devant le siège de la CEI : « Nous allons saisir le conseil de sécurité de l’Onu »

Une vingtaine de partis d'opposition récusent la CEI de Youssouf Bakayoko
Pascal Affi N’Guessan, président du

Pascal Affi N’Guessan devant le siège de la : « Nous allons saisir le conseil de sécurité de l’Onu ». Le président du Front populaire ivoirien était, ce jeudi 22 mars 2018, à la tête de vingt partis politiques dont le RPP et le Cojep de Charles Blé Goudé, pour déposer une résolution contre la Commission électorale indépendante (). Il s’explique.

Monsieur le président, est-ce que votre marche a été autorisée pour que vos militants soient ainsi rassemblés ici, au carrefour du siège de la CEI ?

Non, il ne s’agit pas d’une marche. Nous partons déposer notre déclaration à la CEI, pour lui dire que sa mission est terminée. En vertu de l’arrêt de la Cour africaine des droits de l’homme et de peuples (CADHP), la mission de la Commission électorale ivoirienne est terminée. Dès lors, ce qu’elle fait s’inscrit dans l’illégalité totale. Elle se laisse instrumentaliser par le pouvoir dans un processus anti-constitutionnel, puisque les élections sénatoriales que cette CIE veut organiser, viole deux fois la constitution.

D’abord, par rapport au fait que le sénat n’existe pas, on ne peut pas élire des membres d’une institution qui n’existe pas. Deuxièmement, parce que le président de la République fait appel à une ordonnance sans l’aval de l’assemblée nationale, pour organiser cette élection sénatoriale. Cette deuxième violation des droits de la constitution, ajoutée à la troisième violation du droit international, qui est le non-respect de la décision de la cour africaine des droits de l’homme. C’est pour cela que nous allons déposer cette résolution, en vue de demander à la CEI de se retirer et de ne pas s’engager dans cette procédure.

Cela fait la énième fois que vous déposez les motions, sans que cela ne change grand chose. Qu’allez-vous faire après cette action ?

C’est le travail de l’opposition de s’opposer, de contester, de dénoncer, d’interpeller et c’est aux Ivoiriens de choisir, au moment venu, une majorité pour remplacer celle qui est en place et qui ne conduit pas le pays dans la bonne direction.

Allez-vous continuer à vous opposer sans obtenir de résultats ?

Dans toutes les démocraties, l’opposition s’oppose, dénonce, interpelle. L’opposition sensibilise l’opinion. Parce que nous sommes dans une démocratie, nous ne sommes pas dans un système insurrectionnel. C’est au peuple, au moment venu, de faire le bon choix. Nous dénonçons, nous avons le pouvoir de dénoncer mais n’avons pas le pouvoir de décider. C’est quand nous serons au pouvoir que nous changerons ce que nous avons dénoncé et qui n’a pas été suivi d’effet.

En attendant la CIE continue de travailler et les élections sénatoriales prévues ce samedi, auront bel et bien lieu…

Nous disons que nous ne reconnaissons pas une élection qui est organisée par cette CEI. Ça veut dire que le combat contre ce sénat continuera même après le samedi 24 mars, jusqu’à ce qu’il y ait une CEI qui respecte les normes internationales et un sénat qui est mis en place en respectant la constitution et en respectant les lois de la République. N’importe quel Ivoirien qui s’engage dans cette élection sénatoriale doit savoir que son élection est frappée d’illégalité et d’illégitimité.

« Nous allons saisir le conseil de sécurité de l’Onu, pour lui présenter comment ce membre de ce conseil viole les décisions internationales, comment il piétine les lois de la République et les règles démocratiques »

Nous allons agir au niveau international pour que les membres de ce sénat ne soient pas reconnus tant au niveau de l’Union africaine que des organisations internationales dans lesquelles la Côte d’Ivoire fait partie, en invoquant le non-respect de la décision internationale, en invoquant les graves violations de la constitution ivoirienne.

La Côte d’Ivoire est membre du conseil de sécurité. Nous allons saisir le conseil de sécurité de l’Onu, pour lui présenter comment ce membre de ce conseil viole les décisions internationales, comment il piétine les lois de la République et les règles démocratiques.

Le chef de l’Etat va nommer un tiers des membres du sénat des sénateurs. Que ferez-vous si des responsables du FPI sont nommés ?

Nous ne sommes même pas dans les élections alors, ne parlez pas de nomination. D’abord, le principe de nommer des sénateurs nous parait anachronique. Dans une démocratie, on ne peut pas voir comment l’exécutif nomme les membres du parlement. C’est tout cela que nous dénonçons.

A l’heure actuelle la grande majorité des Ivoiriens ne veulent même pas entendre parler de sénat, parce qu’il y a des questions urgentes. Les questions de l’école, de l’insécurité, les enfants des Ivoiriens qu’on enlève et qu’on assassine gratuitement, le chaos qui prévaut dans le pays, la mort permanente qui accompagne l’existence de ce pouvoir, c’est de cela que nous parlons. Le sénat n’est pas une urgence aujourd’hui en Côte d’Ivoire.

Interview retranscrite par Prince Béganssou

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