Affi : « Ouattara est dans une stratégie d’anéantissement de toute force d’opposition » (1ère partie)

Alassane Ouattara et Pascla Affi N'Guessan, en 2011, lors de la crise ivoirienne

, président du a entamé, depuis quelques semaines, une série de rencontres avec des leaders des partis membres du . Les motivations de ses démarches, ses ambitions futures et la position du président Laurent Gbagbo sur ce rapprochement entre le et le . Voici autant de questions  abordées  par le président . Pour la première fois, Affi dévoile le contenu de ses échanges avec le président du PDCI-RDA, le président Henri Konan Bédié.

Monsieur le président Affi, vous ne cessez de dire que le RHDP a atteint ses limites. Qu’est-ce qui fonde votre conviction ?

C’est la situation du pays qui fonde notre constat. Un gouvernement a pour mission de régler les problèmes du pays et de promouvoir le bien-être des Ivoiriens. Le RHDP, sous le pilotage du et du Président Alassane Ouattara, n’a pas été à la hauteur des problèmes qui assaillent le pays.

D’abord, la question de la réconciliation nationale. Après la grave crise de 2010-2011, c’est un chantier sur lequel la population ivoirienne dans sa globalité et la communauté internationale attendaient que le pouvoir fasse en sorte que les fils et les filles de ce pays se retrouvent, que les Ivoiriens revivent en parfaite harmonie, comme à l’époque du père fondateur, pour qu’ensemble ils construisent leur pays, qu’ils exploitent avantageusement les potentialités économiques et les ressources humaines dont dispose cette Nation.

Malheureusement, jusqu’à ce jour, la question de la réconciliation nationale est en panne, les Ivoiriens sont toujours divisés, les séquelles de la crise postélectorale sont encore béantes, les gens sont toujours en prison depuis cinq ou six ans, beaucoup de familles disloquées, des dizaines de personnes en exil, la justice des vainqueurs toujours en marche.

Au niveau de la sécurité, l’armée a explosé. Nous avons pour exemple les dernières mutineries qui ne visaient pas l’amélioration des conditions des militaires dans leur ensemble mais plutôt, à octroyer des avantages à ceux d’entre eux qui ont aidé Alassane Ouattara à accéder au pouvoir.

La pauvreté a atteint des sommets que nous n’avons jamais connus en Côte d’Ivoire. Quand on regarde ce triste tableau, on ne peut que conclure à l’échec du RHDP, sous l’égide du RDR et du Président Alassane Ouattara. Mais quand une équipe a échoué, il faut que le pays ait les moyens de disposer d’une équipe de rechange.

Heureusement, il y a des ressources de rechange. Il faut donc mobiliser ces ressources pour donner une nouvelle chance à la Côte d’Ivoire, donner une nouvelle chance à la paix, à la réconciliation nationale et au progrès économique et social de ce pays.

Ce sont donc ces raisons qui fondent votre démarche ces temps-ci avec la visite au président du PDCI-RDA, Henri Konan Bédié et au président de l’UDPCI, Mabri Toikeusse ?

C’est ce qui fonde notre démarche. Nous disons qu’il faut une solution alternative, une nouvelle alliance pour la renaissance. C’est pour jeter les bases de cette nouvelle alliance et créer les conditions de cette nouvelle alliance que nous entreprenons ces démarches aussi bien auprès du président Henri Konan Bédié, en tant que président du PDCI-RDA, un parti qui occupe une place importante sur l’échiquier national et grâce auquel le RDR a pu accéder au pouvoir.

Le PDCI-RDA a encore une responsabilité à jouer pour faire en sorte que cette renaissance soit possible. L’UDPCI également qui occupe une place importante, particulièrement à l’Ouest. Il faut donc rassembler toutes ces forces politiques qui comptent. Hier, elles se sont rassemblées autour du RDR, pour faire en sorte qu’Alassane Ouattara devienne président de la République. Il faut qu’aujourd’hui, elles se rassemblent pour faire en sorte que cette nouvelle alliance permette à la Côte d’Ivoire de résoudre les problèmes que l’ancienne l’alliance n’a pu régler.

Que répondriez-vous à ceux qui soutiennent qu’à travers vos démarches, vous voulez créer la zizanie au sein de l’alliance des houphouëtistes ?

Ce n’est pas moi qui crée la zizanie. La zizanie est déjà là au sein du RHDP, à travers la polémique autour du parti unifié et de la question de l’alternance en 2020. Moi j’essaie de donner une ouverture, une orientation pour que ces forces politiques ne restent pas éparpillées mais qu’elles puissent se rassembler dans une nouvelle dynamique. Donc ce n’est pas moi qui suis à la base des problèmes au RHDP. Mais c’est parce qu’il y a des problèmes au RHDP et en Côte d’Ivoire que nous faisons des propositions pour sortir des problèmes.

Vous indiquez que votre l’objectif final, c’est la réconciliation nationale qui, selon vous, piétine. Est-ce dans cette optique, vous seriez prêt à mener des démarches vers le RDR ?

Nous avons déjà fait le pas vers le RDR en lui proposant les états généraux de la République.  Mais cela s’est soldé par une fin de non-recevoir. Le Président Alassane Ouattara nous a rétorqué que c’était du bavardage et que lui n’était pas dans le bavardage. Il est resté sur sa propre stratégie, qui est celle de l’anéantissement de toute force d’opposition, la logique du jusqu’au-boutisme.

Aujourd’hui, nous constatons que cette logique n’a pas permis à la Côte d’Ivoire d’avancer. La Côte d’Ivoire doit se construire avec la participation de toutes ses filles et de tous ses fils. Elle ne peut pas se bâtir seulement par un clan, au détriment de la grande majorité. Il faut que la Côte d’Ivoire ait une chance de mettre au centre de sa démarche, la question de la fraternité, de l’unité nationale, de la liberté, de l’égalité donc de la démocratie. C’est donc autour de ces questions qu’un pays aussi diversifié que la Côte d’Ivoire peut se retrouver et avancer.

Etes-vous sûr que les leaders politiques que vous avez rencontrés sont réceptifs à votre message ?

Chaque acteur politique, en son âme et conscience, apporte ce qu’il considère comme juste. Nous tenons le discours de l’unité. Si ce discours rejoint les aspirations des Ivoiriens, tout leader qui veut travailler dans l’intérêt des Ivoiriens devrait s’y ranger. S’il refuse de s’y ranger, ce sont les Ivoiriens qui décideront de son sort politique. Si ces leaders politiques décident de se rassembler autour de ce message, nous allons avancer avec les Ivoiriens.

Un leader politique doit être attentif à ce qui se passe au sein de la société et doit savoir saisir les moments de basculement. S’il ne saisit pas ce moment et qu’il joue la carte de la retenue, il risque d’être disqualifié pour le reste de la lutte. Aujourd’hui, le moment est venu pour nous qui sommes engagés dans la vie politique, qui avions conclu des alliances par le passé ou qui sommes dans des alliances à l’heure actuelle, de comprendre que le moment d’une nouvelle alliance est arrivé et de savoir prendre les initiatives et les décisions appropriées.

Que répondriez-vous aux tenants de la thèse de l’impossible alliance entre le PDCI-RDA et FPI ?

Aucune alliance n’est impossible en politique car une alliance doit servir un intérêt. L’alliance n’est pas là pour servir l’intérêt ou régler les comptes de ceux qui la proposent. Il y aura une alliance et elle sera une réelle alliance si elle répond  aux questions que se  posent les populations ivoiriennes.

Aujourd’hui, la question que se pose la Côte d’Ivoire, c’est quelle politique alternative à celle  qui, aujourd’hui, ne fait pas la promotion de l’unité nationale et du progrès économique et social. La Côte d’Ivoire a besoin d’une nouvelle équipe capable de régler les problèmes fondamentaux du pays.

Vous avez évoqué aussi la possibilité d’une alliance locale pour les futures élections municipales et régionales. Comment vous entrevoyez cette autre alliance ?

Les alliances locales posent des problèmes d’un autre ordre qu’une alliance nationale qui vise le pouvoir d’Etat, c’est-à-dire le pouvoir central.  Là, l’enjeu est plus important.  Les considérations qui entrent en ligne de compte pour chaque parti politique sont parfois nombreuses. Alors qu’au niveau local, notre système politique fait déjà la promotion de la diversité à travers  le mode du scrutin. Ce n’est plus une seule équipe qui dirige mais une diversité en fonction de  la représentativité de chaque parti politique. Cela signifie que les conditions politiques et psychologiques  sont  plus favorables pour des alliances au niveau local qu’au niveau national où l’enjeu est plus important.

C’est pour cela que nous travaillons aussi pour voir comment au niveau local,  nous pouvons avoir des alliances locales. Nous voulons faire en sorte que ces alliances locales puissent alimenter les possibilités d’une alliance au niveau national.

Sangaré, Gbagbo, congrès du FPI, etc: La suite de l’interview de Pascal Affi N’Guessan, à lire demain