Adjoumani aux caciques du PDCI : « Peut-on cogérer un pouvoir et le vilipender en même temps? »

Kobenan Kouassi Adjoumani
Kobenan Kouassi Adjoumani

IvoireSoir.net publie le droit de réponse du ministre au journal ivoirien Le Nouveau Réveil. Droit de réponse à l’article « guerre des clans au PDCI RDA : Réponse à Adjoumani »

J’ai lu avec beaucoup de surprise, dans votre édition du vendredi 23 mars 2018, sous le titre « guerre des clans au PDCI RDA : Réponse à Adjoumani », une contribution de M. Ange Dagaret Dassaut, membre du Bureau politique du PDCI-RDA, qui, en fait, selon votre journal, donne la réplique à ma lettre ouverte datée du 21 mars que votre journal a volontairement refusé de publier alors que mes services avaient diligemment transmis ledit document à votre rédaction.

« Appel de Daoukro : L’éclairage obscur de Monsieur le Ministre Adjoumani Kouassi Kobenan Etienne »

Ma surprise a été d’autant plus grande lorsque dans votre parution du samedi 24 mars 2018, vous écriviez, en page 2 « Appel de Daoukro : L’éclairage obscur de Monsieur le Ministre Adjoumani Kouassi Kobenan Etienne », le titre d’un document produit par PHOENIX PDCI-RDA. Une telle attitude de votre part donne l’impression que, non seulement vous avez créé des clans au sein du PDCI-RDA mais aussi que vous avez pris fait et cause pour le clan que vous attribuez à M. Ange Dagaret Dassaut et qui s’inscrit dans la même logique que PHOENIX PDCI-RDA.

S’agissant de M. Ange Dagaret Dassaut

Nous tenons à rappeler au Nouveau Réveil qu’à l’état civil, mon nom et prénoms c’est bien Kobenan Kouassi Adjoumani. Alors, étant moi-même membre du Bureau politique du PDCI-RDA, notre parti, je m’étonne de ce traitement discriminatoire à mon égard, puisque vous donnez la parole à un groupe de militants pour répondre à un autre militant que vous avez censuré 48 heures avant. Cela manque de cohérence et m’impose de vous adresser le présent droit de réponse que je vous demande de bien vouloir publier dans les mêmes conditions des deux articles qui m’incriminent, conformément aux dispositions pertinentes de la loi sur la presse.

Pour l’essentiel, s’agissant de M. Ange Dagaret Dassaut, ce dernier relève qu’il « existe aujourd’hui au PDCI-RDA, deux camps tranchés et irréconciliables. Que quel que soit ce qui sera fait et dit dans ce parti, il y a ceux qui croient en son retour au pouvoir et ceux qui n’y croient plus. Le premier, ce sont ceux qui n’ont pas encore gouté aux délices du pouvoir RHDP, et qui sont prêts à mouiller le maillot, à se battre pour qu’il revienne au pouvoir en 2020 ». Par contre, l’autre camp, qui aurait déjà gouté aux délices du pouvoir ne croit pas au retour du PDCI-RDA au pouvoir.

Triste constat pour le PDCI-RDA

Ainsi, pour M. Dagaret qui répond selon vous à M. Adjoumani, tout se résumerait à une simple question alimentaire, de délices de pouvoir auxquels des cadres et ministres ne voudraient pas renoncer. De même, et de façon implicite, il voudrait dire que c’est parce que d’autres militants n’auraient pas encore goûté aux délices du pouvoir qu’ils sont prêts à mouiller le maillot. Ah, qu’il est triste de constater que le PDCI-RDA, le parti d’Houphouet-Boigny soit réduit à cela !

En effet, il est vraiment regrettable de constater que dans l’esprit de certains de nos militants, la notion de pouvoir continue de cohabiter si étroitement avec celle de délices, de jouissance et de privilège.
On vient au pouvoir pour servir, mettre en œuvre un programme de société et améliorer les conditions d’existence de ses concitoyens et non pour « manger » ou pour gouter à des délices.

Le ministre Adjoumani et le président Gbagbo

Au demeurant, la loyauté à un régime n’a pas pour cause les privilèges qu’on en tire.
Non Monsieur Dagaret, si c’est du ministre Adjoumani dont vous parlez, à en croire Le Nouveau Réveil, sachez tout simplement que c’est le même Adjoumani qui n’a pas pensé aux délices du pouvoir Gbagbo quand il disait ce qu’il pensait de son régime alors qu’il était ministre. Et si vous avez souvenance de ce qui s’est passé, M. Adjoumani, alors ministre, a été poursuivi en justice par l’ex Chef d’Etat pour outrage à sa personne. Point n’est besoin de vous raconter la suite puisque vous en étiez un témoin oculaire.

A cette époque-là, des cadres PDCI-RDA que vous connaissez très bien étaient réguliers au Palais présidentiel pour récupérer des enveloppes. Qui ne se souvient pas de cette fameuse boutade du Président Laurent Gbagbo : « si je savais que l’on pouvait acheter les hommes, je n’aurais pas engagé tant d’argent pour acheter des armes. »
Je voudrais, par ailleurs vous rappeler que ce sont des cadres du PDCI-RDA qui sont à côté de vous, derrière vous, qui ont déchiré les posters du Président avant de prendre l’argent du Général Guéi pour aller battre sa campagne après le coup d’Etat de 1999 qui a renversé le régime PDCI-RDA. Que dire des autres militants alimentaires qui portaient des cartons de champagne au domicile du Général putschiste pour célébrer la chute du Président ?

« Bientôt nous allons mettre les pieds dans les plats »

Ce sont ceux là qui ont privilégié leurs intérêts personnels au détriment de leur fidélité au Président Henri Konan Bédié et au PDCI-RDA. Bientôt nous allons mettre les pieds dans les plats si l’on nous y contraint. Car il faut mettre fin à cette danse de sorciers autour du Président Henri Konan Bédié.

Ceux qui me combattent aujourd’hui, non seulement sont des militants administratifs sans aucune base, mais aussi ils ne prospèrent que dans les intrigues et la manipulation. Ils divisent et ruinent tout ce qu’ils touchent avec leurs doigts. Pour ma part, je rends gloire à Dieu d’avoir fait de moi député depuis 1995 jusqu’à ce jour, Président de Conseil Général puis Président de Conseil Régional depuis 2001.

Quand on pose des problèmes réels, il faut les analyser objectivement plutôt que de les regarder sous le prisme étriqué et réducteur de prétendus « délices du pouvoir ou des intérêts alimentaires ».

Pourquoi diantre c’est le poste de Ministre qui est toujours visé alors qu’il y a des Présidents d’Institution, des Ambassadeurs, des Présidents de Conseil d’Administration, des Directeurs Généraux et des Directeurs centraux… issus des rangs du PDCI-RDA ?
Et puis dans notre cas, peut-on co-gérer un pouvoir et le vilipender en même temps, alors que nous nous acharnons chaque fois à dire fièrement que nous pesons fortement dans la balance de la victoire du Président Alassane Ouattara à travers l’appel de Daoukro lancé par notre visionnaire, le Président Henri Konan Bédié ?

« Bédié ne nous a pas demandé de quitter le PDCI »

Pour le moment, le Président Henri Konan Bédié ne nous a pas encore demandé de quitter le RHDP. Dites-moi, ceux qui veulent casser le RHDP et qui sont prêts à trancher la tête à tous les militants du PDCI-RDA qui osent parler du RHDP ou du parti unifié, que proposent-ils ? L’aventure ? L’affrontement ?

Mais moi j’ai le courage de mes opinions, j’ai toujours dit ce que je pense même sous le régime de Gbagbo. J’ai horreur du double-jeu, du double langage, une pratique dans laquelle excellent malheureusement certains de nos frères et cadres qui occupent de hautes fonctions au sein de l’administration mais qui torpillent le régime dans l’ombre.
Ma lettre ouverte s’adressait aux irréductibles du PDCI-RDA. Maintenant, ils se révèlent tous au grand jour et leur agenda n’a d’autres fins que de casser le RHDP, de faire avorter le projet de parti unifié dans le but de sceller une alliance avec nos adversaires d’hier qui ont brisé l’harmonie qui régnait dans notre beau pays, cet oasis de paix et de stabilité jadis cité en exemple.

« Montrons-nous dignes des Présidents Henri Konan Bédié et  »

Notre devoir est d’aider nos chefs à aller de l’avant, à surmonter les obstacles et les difficultés éventuels. Libérons nos cœurs de la haine, de la rancœur et de la méfiance qui ne font pas bon ménage avec la gestion de la chose publique. Montrons-nous dignes des Présidents Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara qui sont des modèles auxquels moi personnellement, je veux ressembler. Heureusement, M. Ange Dagaret Dassaut, dans sa prétendue réponse à Adjoumani n’a pas remis en cause l’explication faite de l’appel de Daoukro.
Ceux qui, par contre ont tenté de le faire, à savoir ces intellectuels de PHŒNIX PDCI-RDA ont malheureusement fait un usage abusif de « étant entendu » qui est certes linguistiquement un syntagme mais « étant entendu que » demeure grammaticalement une locution conjonctive qui introduit le motif que n’importe comment les deux partis sont d’accord que l’alternance va se réaliser.

Cependant, le futur simple utilisé « sauront établir » nous indique que cette action ne trouvera sa réalisation que dès 2020, donc à une époque non encore accomplie. Ce « futur » utilisé ici a donc une valeur aspectuelle parce que s’inscrivant dans le cadre d’un projet.
Comme on le constate, les intellectuels du groupe PHŒNIX font une interprétation intentionnelle, maladroite par rapport à ce qui est écrit. En d’autres termes, ils s’octroient la prétention de faire accomplir à leur gré l’alternance avant le parti unifié.

Le mensonge aura beau courir, la vérité finit toujours par le rattraper

Dès lors, aucune mauvaise lecture de la locution prépositive ne saurait connaître droit de cité pour éviter d’ouvrir la boîte de Pandore de l’intelligence mise au service du mal, surtout que le Président Henri Konan Bédié lui-même a déjà réglé ce problème. En réalité, ce dernier sait très bien que ce projet d’alternance ne peut se réaliser que sur la base d’une concertation entre les différents responsables des partis membres du RHDP. D’où : « les partis sauront établir entre eux l’alternance dès 2020 ». Et c’est dans cet esprit qu’il m’a toujours instruit en tant que Porte-parole en chef du PDCI-RDA et Porte-parole du RHDP de rappeler aux uns et aux autres que l’alternance qui doit se faire dès 2020 est un « domaine réservé ».
De ce qui précède, que ce soit dans le cas de M. Ange Dagaret Dassaut et de nos intellectuels de PHOENIX PDCI-RDA dont les auteurs refusent de s’identifier alors que ses membres sont connus de tous, ce que je retiens c’est qu’ils n’ont rien apporté de nouveau au débat.

Avant de conclure, je voudrais rappeler à tous et à toutes cet adage qui dit : « le mensonge aura beau courir, la vérité finit toujours par le rattraper ». Et comme le temps c’est l’autre nom de Dieu, je dis tout simplement wait and see.

KOBENAN KOUASSI ADJOUMANI
Membre du bureau politique du PDCI-RDA
Ampliation : Conseil National de la Presse(CNP)