Laurent Gbagbo, comme l'analyse Ferro Bally, se retrouve « au pied du mur » face à une opposition ivoirienne divisée avec le rejet de sa candidature pour la présidentielle 2025.

Laurent Gbagbo, président du PPA-CI, s'engage actuellement dans une série de rencontres politiques, visant à consolider les rangs de l'opposition ivoirienne. Cette démarche intervient alors que le paysage politique ivoirien se tend, les échéances électorales approchant. L'objectif avoué est clair : maintenir la pression sur le pouvoir en place et poursuivre la lutte pour une alternance démocratique. Toutefois, cette quête d'unité se heurte à des défis, hérités de l'histoire récente et des divergences internes.

En 2020, l'opposition avait esquissé une union, sous l'égide du défunt président . Ce regroupement avait conduit à la formation du Conseil National de Transition (CNT), qui avait alors lancé un appel à la désobéissance civile. Cependant, ce mouvement avait été fragilisé par une voix discordante, celle de Laurent Gbagbo lui-même. Depuis Bruxelles, où il attendait le délibéré de son jugement devant la Cour Pénale Internationale, il avait adopté une position médiane, ne soutenant ni le troisième mandat d', ni une transition civile. Cette posture avait alors semé le doute au sein d'une opposition déjà fragile.

Des ambitions personnelles minent le front commun

Aujourd'hui, Laurent Gbagbo se trouve dans une situation paradoxale. Comme en 2020, sa candidature à la présidentielle, jugée « non négociable » par son parti, n'a pas été retenue. La même sentence a frappé d'autres leaders de l'opposition, comme Tidjane Thiam et Pascal Affi N'Guessan. De plus, le « refus ferme et inébranlable » de son parti concernant un éventuel quatrième mandat du président sortant a été invalidé par le Conseil constitutionnel. Le terrain politique est donc miné, et l'opposition se trouve, une fois de plus, face à un mur.

Contrairement à 2020, où l'opposition semblait former un bloc plus compact, avec l'intégration de cadres démissionnaires du tels que et Albert Mabri Toikeusse, la situation actuelle est celle d'un « conglomérat d'intérêts et d'ambitions divergents et partisans. » Comme le souligne Ferro Bally, « C'est l'opposition, non des stratégies, mais d'égo. Au lieu de projets et de vision, c'est l'apogée de la guerre picrocholine. » Cette analyse pointe une division interne profonde, où les préoccupations personnelles priment sur une stratégie commune. Le résultat est patent : l'opposition s'oppose à l'opposition elle-même.

Le spectre du boycott et ses conséquences

Dans ce climat tendu, ceux qui ont tenté d'élaborer des plans stratégiques pour anticiper les imprévus ont été critiqués et humiliés. Pire encore, les candidatures retenues de figures comme Simone Ehivet-Gbagbo, Ahoua Don Mello et Jean-Louis Billon sont « diabolisées », dépeintes comme de simples « figurants » ou des « Kouadio Konan Bertin ». Ce dernier, dissident du PDCI-RDA en 2020, avait rejoint le camp du pouvoir, illustrant la fragilité des alliances au sein de l'opposition.

Cette ambiance de « maccarthysme », où toute forme de soutien à un candidat pourrait être perçue comme un acte de trahison, entrave toute tentative d'union. Après l'épuisement de toutes les voies légales de recours, l'opposition, sauf un revirement de dernière minute, semble s'orienter vers le boycott. Cette stratégie, déjà observée en 2020, avec un rapport de force en sa défaveur, risque de faire de l'opposition le « complice d'un autre mandat du président Ouattara », comme le conclut amèrement Ferro Bally. Les jours à venir seront décisifs pour l'avenir politique de la Côte d'Ivoire.

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