Hôpital mère-enfant : Les graves révélations de Mamadou Koulibaly sur le « deal » du service public

Hôpital mère-enfant de Bingerville
Hôpital mère-enfant de Bingerville

Hôpital mère-enfant (HME) de Bingerville: Les graves révélations de Mamadou Koulibaly sur le « deal » du service public. Ce qu’il a confié, lors de la dernière édition du « Jeudi, c’est Koulibaly ».

Il y a quelques jours, le président de la République de Côte d’ivoire est allé inaugurer un centre de santé à Bingerville qu’on a appelé Hôpital mère-enfant. Il a dit là-bas que la réalisation de ce centre était la concrétisation de sa vision de la santé des populations ivoiriennes, de la modernisation des équipements des hôpitaux, de la restauration des équipements vétustes, des soins qu’il peut apporter au peuple de Côte d’ivoire. C’est une bonne chose : 25 milliards de francs pour cet hôpital de niveau 3 comme les CHU, c’est ce qu’il dit.

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Alors moi, je n’ai pas très bien compris les statuts de cet investissement. Ils nous disent qu’il s’agit d’investissement privé, qu’il s’agit d’investisseurs privés qui se chargent d’une mission publique mais qu’ils sont à but non lucratif donc ne font pas de profit.

Ne comprenant pas bien de quoi il s’agissait, parce que quand j’entends un hôpital à but non lucratif, je pense tout de suite à l’hôpital de Paris. Les Américains l’ont construit, c’est à but non lucratif, il n’y a pas de propriétaire, il y a des donateurs, des gens qui lèguent et ils ont des soins d’un certain niveau, mais ils ne reçoivent aucune subvention de l’Etat français ni de l’Etat américain.

Dans notre cas ici, c’est à but non lucratif, c’est privé mais l’Etat y a mis le dixième des 25 milliards, disons 2.5 milliards. Cela rime à quoi ? Ou vous êtes privé ou vous êtes public.

Ils disent qu’ils sont à but non lucratif et qu’ils ont une mission de service public mais quand je vais regarder les prestations qu’ils vont fournir au public, la mission de service public niveau 3, ce sont le CHU et les hôpitaux publics, les accouchements là-bas ne vont pas se faire à 600 000 FCFA ou 750 000 FCFA. Là on est déjà au niveau de la Pisam ou des grandes cliniques privées d’Abidjan.

Vous avez dit service public ?

Ils disent qu’ils vont réserver 25% des 130 lits à des personnes vulnérables de condition modeste. Comment va-t-on les sélectionner ces personnes ? Quand une femme vient d’Abobo Gare ou de Bingerville en difficulté et que ça nécessite une césarienne, est-ce que c’est à ce moment qu’on va chercher si elle est de condition modeste ou pas ? Si elle peut payer 750 000 FCFA ou pas ?

Je n’ai pas bien compris, le « B » de laboratoire sur leur tarification, le « B » de laboratoire, dans les services qui font des prestations au public bon prix, le « B » de laboratoire va de 100 à 150 francs. L’OMS dit qu’il faut multiplier dix par un prix en Côte d’Ivoire, ce prix va de 100 à 150 francs. 100 francs pour les missions de service public et 150 francs pour les cliniques privées.

« Pourquoi cette vision que notre président de la République a, consiste toujours à récupérer l’argent du service public, à les mettre dans les mains du secteur privé et toujours dans les mains des proches de sa famille ? »

Mais regarder, les gars à Bingerville sont à 250 francs. Alors, la mission de service public vient de quoi ? Je suis d’autant plus confus que cet hôpital a reçu officiellement 2.5 milliards de l’Etat de Côte d’Ivoire, alors que dans le même temps, lorsque je suis passé à l’hôpital la dernière fois, j’ai vu une famille en train de pleurer parce qu’un des leurs a fait un AVC à la gare de Bassam. Transporté à l’hôpital, on a demandé un IRM, il n’y avait pas d’IRM à l’hôpital de Treichville, ni à Cocody, ni à Yopougon.

Trois grands hôpitaux en Côte d’Ivoire de niveau 3 théoriquement  » niveau 3″, sans IRM il faut aller dans le secteur privé ou il y a deux prestataire qui ont des IRM. Je me suis demandé mais un IRM combien ça coûte, on me dit environ 1 milliard de francs CFA. Avec les 2.5 milliard donnés à l’, on aurait pu acquérir deux IRM, pour Treichville et pour Cocody.

Manque d’IRM

Avec le sénat, trois milliards de budget, on peut acquérir trois IRM: Yopougon, Yamoussoukro, Bouaké. On peut même, en laissant tomber la Chambre des rois et chefs traditionnels, acquérir un IRM pour Korhogo puis, plus tard pour Man, ainsi de suite.

Pourquoi cette vision que notre président de la République a, consiste toujours à récupérer l’argent du service public, à les mettre dans les mains du secteur privé et toujours dans les mains des proches de sa famille ?

L’Hôpital mère-enfant est géré par une ONG. Je suis allé voir sur le site de l’ONG, est-ce que cette dernière qui reçoit des subventions de l’Etat fait des rapports pour dire à quel usage ces fonds servent ?

Je trouve dans des rapports qui datent de depuis 2011, il n’y a aucun rapport financier. On a réalisé ceci, cela, vous avez reçu des milliards de l’Etat, vous les avez utilisés pour faire quoi exactement ? Je vais sur les rapports de la cour des comptes. Est-ce que la cour des comptes de la Côte d’Ivoire vérifie cela ? Là-bas aussi rien du tout.

Je vais dans les lois du règlement du budget de Côte d’Ivoire, rien du tout. Quelle est cette façon de gérer les finances publiques au profit du clan ? Savez-vous qu’il n’y a pas d’endoscope dans nos hôpitaux en ce moment ? Le tube qu’on met dans la bouche pour savoir s’il y a de l’ulcère ou pas ?

Il a fallu qu’un professeur en mission en France ramène un endoscope d’occasion. Le prix d’un appareil d’endoscopie est 30 millions de francs CFA. Aucun des hôpitaux de niveau 3 ne l’a à Abidjan.

Au lieu de subvenir et supporter ces investissements privés de l’autre côté, on aurait pu réhabiliter l’hôpital d’Angré depuis plus de quatre cinq six ans qui est là. Je ne suis pas d’accord avec cette vision de la santé publique de Côte d’Ivoire de notre président de la république.

Pour moi, les malades doivent partir de l’hôpital privé vers l’hôpital public. Ici, lorsqu’on est à l’hôpital privé et qu’on dit à un malade de se rendre à l’hôpital public parce qu’il n’y a pas de moyens, les gens hurlent voulez-vous qu’on nous tue ?

L’hôpital public, dans le système qui fonctionne bien, les malades vont du privé au public. Nous tous pris en charge par l’Etat ou classe moyenne élevée, on fonce tous vers les cliniques privées, les hôpitaux publics sont pour les autres.

Non, il faut arrêter cela. Il faut mettre de l’argent dans le service public de la santé. Il faut former les gens, il faut équiper les hôpitaux avant d’aller subventionner les ONG peu importe les gens à qui elles appartiennent, surtout qu’il n’y a pas de réédition de compte.

Propos retranscrits pas Prince Beganssou

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