Cadre du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), formation de Laurent Gbagbo désormais bien installée dans le paysage politique ivoirien, Steve Beko a choisi de revenir sur un débat récurrent : celui du prix du carburant comparé entre Abidjan et Paris.
Samedi 1er août 2026, il a republié une tribune initialement diffusée en août 2022, en l’actualisant avec les données de 2026, pour tenter de démonter un argument très utilisé par les défenseurs du gouvernement ivoirien : l’idée qu’un litre d’essence affiché à un prix inférieur à celui pratiqué en France serait en soi la preuve d’une politique économique efficace.
Dans son texte, Steve Beko rappelle d’abord que la qualité du carburant commercialisé en Afrique de l’Ouest a longtemps été inférieure aux standards européens, notamment en matière de teneur en soufre. Il cite à ce propos les travaux de l’ONG suisse Public Eye, dont une enquête avait été relayée par France 24 en 2019, montrant que des carburants à forte teneur en soufre étaient exportés vers la région alors que ces produits n’étaient plus tolérés sur le marché européen.

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Un rappel qui, selon lui, oblige à relativiser toute comparaison frontale entre prix à la pompe en Afrique de l’Ouest et en Europe, puisque l’on ne parle pas nécessairement du même niveau de qualité.
Un calcul du pouvoir d’achat plutôt qu’un simple prix à la pompe
Le cœur de sa démonstration repose cependant sur le rapport entre le prix du litre et le salaire minimum. Steve Beko part du salaire minimum garanti (SMIG) ivoirien, fixé à 75 000 Fcfa, pour mesurer l’effort consenti par un salarié qui achète un litre de super à 905 Fcfa, prix en vigueur depuis le 1er août 2026. Selon ses calculs, ce litre représente environ 1,21% du salaire mensuel d’un travailleur payé au SMIG. En face, il prend pour référence le salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) français, qu’il situe autour de 1 426 euros nets, et un litre d’essence à 1,80 euro : dans ce cas, le salarié consacre environ 0,13% de son revenu mensuel pour un litre.
En procédant ainsi, l’auteur entend montrer que la comparaison brute des prix – 905 Fcfa contre 1,80 euro – masque une réalité plus structurante : le poids du carburant dans le budget des ménages. Ce n’est pas seulement le prix affiché à la pompe qui compte, mais la capacité réelle des citoyens à y faire face sans entamer de façon disproportionnée leur pouvoir d’achat. À ses yeux, la politique de prix actuelle en Côte d’Ivoire met davantage sous pression les ménages modestes qu’en France, malgré un affichage de prix inférieur en valeur nominale.

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Pour étayer son propos, Steve Beko replonge également dans l’histoire récente de la gestion des prix à la pompe. Il rappelle qu’en juillet 2008, lorsque le baril de pétrole avait atteint environ 147 dollars, le gouvernement de Laurent Gbagbo avait fixé le super à 775 Fcfa avant d’engager, entre juillet 2008 et avril 2009, quatre baisses successives à mesure que les cours mondiaux refluaient. Il oppose cette séquence à la situation actuelle, où le baril évolue autour de 70 dollars pour un prix à la pompe de 905 Fcfa, qu’il juge difficilement justifiable pour les consommateurs.
En filigrane, la tribune interroge la capacité du gouvernement à protéger le pouvoir d’achat des ménages dans un contexte où la Côte d’Ivoire dispose de capacités de production et de raffinage pétrolier. Pour Steve Beko, la question du carburant ne relève pas seulement d’une arithmétique budgétaire ou d’une comparaison internationale, mais d’un choix politique : celui de faire peser ou non le coût de l’énergie sur les revenus les plus faibles, dans un pays où la moindre variation des prix à la pompe se répercute rapidement sur le transport, les denrées et le quotidien des familles.

