Quand Ouattara disait en 2008 : « On n’a pas besoin d’être économiste pour constater que les Ivoiriens sont de plus en plus pauvres »

Revivez le discours de programme d’Alassane Ouattara, lors de la convention de son parti, le RDR, à Yamoussoukro, en 2008.

Avant de vous exposer mon projet dans ses grandes lignes, je dis bien dans ses grandes lignes parce que le document fait 300 pages. Avant de l’exposer en résumé, il est important de savoir précisément où nous en sommes aujourd’hui et de quels maux souffre la Côte d’Ivoire. Vous pourriez me dire que ce n’est pas nécessaire parce que nous souffrons tous les jours. Pour agir plus efficacement, j’ai besoin d’appuyer mon action sur une bonne connaissance de la réalité dont nous parlons au quotidien.

Le constat selon lequel nous sommes en crise ne fait pas l’objet de débat. Nous sommes en crise. Il reste maintenant à déterminer la nature de la crise à laquelle nous sommes confrontés, depuis plusieurs années. Moi, je dirais, tout simplement, en premier lieu, que la crise est avant tout économique.

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Quand on jette un regard sur le tableau de bord de notre économie, c’est l’économiste qui vous parle, on est frappé par le fait que, d’une manière générale, l’activité économique stagne, malgré les succès enregistrés dans les secteurs du pétrole et des télécommunications. Le taux de croissance n’a pas été suffisamment élevé, ces dernières années et rarement, on a vu autant de secteurs économiques sinistrés. Si rien n’est fait, l’évolution démographique risque d’accentuer ce handicap.

Cette crise économique est aggravée par la situation des Finances publiques. Il ne peut en être autrement, quand on traine un boulet, une dette extérieure de 6 000 milliards F Cfa. Voilà un chiffre qui donne le vertige, n’est-ce pas ? Vous imaginez, 6 000 milliards F Cfa, c’est 60% de la richesse que nous produisons annuellement. C’est effarent. Avec un tel endettement, on peut dire que la Côte d’Ivoire vit au-dessus de ses moyens et qu’elle a cédé à la facilité. Cela signifie que nous vivons à crédit, tant sur le dos de nos enfants que sur le dos de nos petits enfants qui devront payer pour nous un jour.

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Chers frères et chères sœurs, je dirais que la crise est également sociale. On n’a pas besoin d’être économiste pour constater que les Ivoiriens sont de plus en plus pauvres. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le pourcentage des pauvres est passé de 30%, il y a 15 ans, à près de 50%, c’est-à-dire la moitié de la population. La pauvreté est une réalité en Côte d’Ivoire. Elle est partout, au niveau des villes comme au niveau des villages. Elle touche aujourd’hui les couches de la population qui semblaient jusqu’alors en être protégées. Savez-vous que l’expérience de vie est passée de 55 à 45 ans, pendant cette période ? Savez-vous qu’un enfant de moins de 5 ans sur 3 souffre de malnutrition.

Dans notre pas, on meurt tous les jours de Sida, alors que les médicaments sont là et que les coûts ont baissé. Au-delà des statistiques, chacun imagine aisément le drame que vivent quotidiennement des millions d’Ivoiriens. Chers compatriotes, combien de fois sommes abordés, chacun de nous, dans les rues, dans les carrefours, par des enfants déscolarisés qui demandent de l’aide pour manger ? Combien de fois sommes-nous sollicités pour payer une ordonnance ou un frais de scolarité ? Il ne faut pas se voiler la face.

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Le phénomène est révélateur de la grande pauvreté qui sévit dans notre pays. Ce n’est pas exagéré d’avancer qu’il y a deux Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire de ceux qui peuvent et la la Côte d’Ivoire des pauvres, les plus nombreux. Les causes de cette pauvreté dramatique sont nombreuses. J’en retiendrai deux seulement : la diminution du pouvoir d’achat qui est aggravée par la cherté de la vie et deuxièmement, le chômage de masse qui frappe toutes les couches sociales. Combien de gens qui avaient un emploi qui se retrouvent dans la rue parce que leur entreprise a fermé. Perdre son emploi, cela peut arriver à chacun d’entre nous.

Ça veut dire que plus d’un tiers de la population en âge de travailler est sans emploi. Une personne sur trois en âge de travailler est sans emploi et que 85% des chômeurs, ont moins de 35 ans. Donc vous les jeunes, vous le savez. Vous n’avez pas de statistiques car c’est une situation que vous vivez. Vous les jeunes, vous êtes les plus touchés par ce phénomène. N’ayant pas de perspective, vous vous demandez à quoi vous servez exactement.

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Quand je vous rencontre, j’entends toujours la même chose « Papa ADO, aidez-nous à trouver du travail »Dans votre message, il est clair que vous avez peur de l’avenir mais surtout que, vous avez peur de ne pas avoir d’avenir. Quel désastre pour nous qui sommes vos parents. Jeunes de Côte d’Ivoire, n’acceptez pas cette situation intolérable et scandaleuse .Vous êtes, vous les jeunes de Côte d’Ivoire, la vraie chance de notre pays. Le président Félix Houphouët-Boigny le disait à l’occasion de chaque discours.

Vous voulez un avenir, vous voulez un emploi, alors venez-vous battre à nos côtés, parce que moi j’ai des solutions à vos problèmes. Venez-vous battre avec nous. Dans une telle situation, on ne peut pas être surpris de la dégradation du climat social, on le constate au quotidien, de la montée de la délinquance et de l’insécurité, des difficultés de cohabitation entre les différentes communautés.

Le malaise est profond. Les Ivoiriens ont peur et se sentent mal dans leur pays. Chers frères, chères sœurs, mes chers compatriotes, crise sociale, crise économique, je viens d’en parler. Mais ce qui m’apparait plus grave encore, c’est la crise morale, une crise d’ampleur sans précédent. Les Ivoiriens ne croient plus aux hommes politiques, aux hommes comme aux femmes politiques. Ils ont le sentiment qu’ils ne cessent de leur mentir, de les tromper. Oui, j’entends, tout le temps, que tous les hommes politiques sont des menteurs.

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Moi je vous dirai, je ne suis pas un menteur. Faute de repères et de valeurs, nos compatriotes se laissent aller. Un mot d’ordre a fini par s’imposer devant la persistance de la crise, c’est chacun pour soi. Les intérêts particuliers priment sur l’intérêt général. Clientélisme dans les nominations, affairisme généralisé, irrespect des règles, je pourrai continuer, j’en passe. Donc en résumé, crise économique, crise sociale, crise morale, rien ne nous aura été épargné ces dernières années.

Ce tableau que j’ai brossé ne serait pas complet si je ne ferais pas état de la partition du pays. Partition qui est consécutive à une rébellion au sein des forces armées nationales. Les conséquences sont connues. Les nombreuses pertes en vies humaines, les déplacements des populations, l’appauvrissement accéléré d’une partie de la population, l’aggravation de l’insécurité et l’aventure du phénomène des milices ainsi que l’arrêt des activités économiques.

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Alors, s’il y a un enseignement à tirer de cette situation déplorable, c’est que le développement d’une nation repose sur deux facteurs importants, la justice sociale et la paix. Mes chers compatriotes, soyez indulgents avec moi.

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