Soro avec les anciens fescistes : « les gens veulent falsifier l’histoire »

Je voudrais commencer mes propos par des mots de remerciements. Je voudrais remercier les anciens secrétaires généraux de la Fesci. Je vous salue parce que vous avez permis de grandes choses. C’est important le rôle que vous avez joué. Les gens veulent falsifier l’histoire. Quand nous nous engagions à l’époque, nous avions 20, 25 et 30 ans. Nous avons, semble-t-il, sacrifié la période la plus précieuse de notre vie pour la Côte d’Ivoire. Il faut que ça soit reconnu.

« Je veux saluer Blé Goudé, mon secrétaire à l’organisation qui est à La Haye »

Innocent Youté et Soro Guillaume
Innocent Youté et Soro Guillaume

Pour le moment, ce sont mes aînés, les héros de l’histoire de notre pays. C’est pourquoi quand ils ont demandé à venir me voir, je n’ai pas hésité. Je veux également saluer tous ceux qui ont permis que l’histoire se pérennise à travers des décennies. Après moi, secrétaire général, je veux saluer Blé Goudé, mon secrétaire à l’organisation qui est à La Haye. Personne ne peut être heureux de ce qui arrive à l’un d’entre nous. Nous aussi, on peut se retrouver quelque part. Moi aussi j’ai été en prison ici à Abidjan. Donc personne ne doit se réjouir du malheur des uns et des autres. Il est à La Haye, je le salue, je salue mon secrétaire à l’organisation.

Il faut qu’on sache que quand nous nous engagions à l’époque, c’était avec la fougue de la jeunesse. Mais aussi parce que nous avions une conscience sociale et politique. Nous voulions que les choses changent au campus et par ricochet dans le pays. Voyez-vous, les mutations politiques et idéologiques qui se sont produites dans les années 90, il ne faut pas qu’on trompe les Ivoiriens. Je nous reproche le fait qu’on n’ait pas écrit notre propre histoire.

« On vous traite d’achetés et vendus. Achetés par qui ? « 

Si aujourd’hui cette Côte d’Ivoire vit et respire l’air de la démocratie selon qu’on se positionne de l’autre côté de la rive, tout est parti des cités universitaires. On ne demande pas de nous êtes reconnaissants mais qu’on écrive que le multipartisme n’a pu être possible en Côte d’Ivoire que parce que les étudiants se sont levés et sont descendus dans la rue. C’est une vérité historique et immuable. Ceux qui s’excitent aujourd’hui, la lutte n’a pas commencé aujourd’hui. C’est pourquoi il faut qu’on n’ait aucun complexe quand nous nous retrouvons. On vous traite d’achetés et vendus. Achetés par qui ? Mais moi, j’ai dirigé aussi la Fesci. Je revendique les 3 ans que j’ai fait à la tête du mouvement. Qui peut venir changer ça ?

Soro Guillaume et les anciens Fescites
Soro Guillaume et les anciens Fescites

Quand nous sommes partis de la direction de la Fesci, chacun a pris son itinéraire idéologique, politique. Chacun est allé militer où il voulait. De toute façon, la Fesci n’était pas un parti politique mais une plate-forme corporatiste où tout le monde se retrouvait dedans. On pouvait être FPI ou PDCI. Chacun a suivi son cheminement. Aujourd’hui, nous sommes venus ici parce que nous avons le même dénominateur commun. Ce dénominateur commun, c’est la Fesci. Nous sommes ici dans un cadre familial et fraternel.

Aujourd’hui, le moment est venu

De toute façon, depuis que nous avons quitté la tête du mouvement, je n’ai jamais appelé quelqu’un pour venir militer avec moi. Chacun prend sa responsabilité seul face à l’histoire. (…)  Celui qui dit que nous sommes vendus c’est qu’il est achetable. Nous, nous ne le sommes pas. Nous avons traversé tous ces moments. Nous avons une conviction. Il y a eu plusieurs tentatives qui n’ont pas abouti. Je disais à de ne pas me mettre dans ces histoires parce que certains vont être rebutés parce qu’ils ont des contentieux avec moi.

Je ne veux pas gêner. Donc si on ne s’est pas retrouvés plutôt, c’est parce que je n’ai jamais voulu gêner. Mais aujourd’hui, ils l’ont expliqué, le moment est venu. Je suis là, je prendrai toute la place qui m’est réservée pour que nous puissions avancer.

En ce qui concerne tous les autres camarades de la Fesci qui sont de la diaspora, qui sont en exil, je leur demande de nous rejoindre. Ici, il n’y a pas de sorcellerie, d’agenda caché. Ce qui nous motive c’est la solidarité. Ici aussi, je ne suis pas venu pour dire à Blé Guirao de demander à ses camarades de la Fesci de m’accompagner quelque part. Je ne vais nulle part. Sachez que c’est totalement désintéressé et volontairement que nous nous sommes mis ensemble. Parce que de toute façon Martial ne pouvait pas faire tout ça et puis m’oublier. J’ai été quand même secrétaire général de la Fesci. Moi, je ne peux pas non plus me dérober. C’est pourquoi je suis là.

Ce regroupement, ce n’est pas pour 2020. Ça n’à rien à voir

Donc arrêtons ! Ce regroupement, il ne faut pas que ça effraie des gens dans ce pays. Ce n’est pas pour 2020. Ça n’à rien à voir. Il n’y a pas d’agenda caché. Donc personne ne s’effraie. Donc nous, on se retrouve tranquillement, on pleure nos amis qui ont des malheurs. Il y a qui est en prison, ça nous fait mal. Certains sont venus me voir, j’ai répondu que Soul, heureusement c’est un militant. Il sait que quand on est militant, on va en prison. Sauf que lui sa prison, c’est à 45 ans qu’il fait, ce n’est donc pas facile (rire). C’est cela la Fesci.

Nous disions à l’époque que la Fesci c’est un esprit. Là où nous sommes rassemblés, c’est la preuve que c’est un esprit. Cet esprit qui nous réunit et qui nous unit parce qu’autrement ça n’aurait pas été possible que dans nos diversités on puisse se retrouver ici.  Et c’est cela qui me rassure. Parce qu’au-delà des protestations des uns et des autres, nous nous retrouverons forcement. C’est parce que nous n’avons pas pris conscience de notre force et de notre capacité commune qu’on est là aujourd’hui. C’est parce que nous n’avons pas travaillé dans le sens de la solidarité que nos conditions sociales sont ce qu’elles sont. I

ll y a eu des opportunités mais nous étions trop divisés. Sinon, il y a eu des opportunités pour que la Fesci ait de meilleurs positionnements.  Heureusement, nous prenons  conscience, nous allons nous organiser dans la solidarité. Et je suis convaincu que nous irons de l’avant.

Elvire Ahonon