Kanigui Mamadou Soro : « je retiens de Mamadou Touré, l’image d’un homme à la fois poltron et fourbe »

Le Député , Président du , répond aux attaques du ministre contre Guillaume Soro du samedi 18 mai 2019.

Un jour de l’an 2000, drapé d’un t-shirt à l’effigie du docteur Alassane Ouattara et face à une horde d’étudiants FPI surexcités et menaçants menée par un certain Konaté Navigué, je défendais devant la faculté de droit de l’Université d’Abidjan-Cocody (actuelle Université Félix Houphouët-Boigny) l’image de mon leader Alassane Ouattara et de mon parti le . Je me rappelle encore les prophéties teintées de rage de Konaté Navigué qui me lança :

  • Kanigui, tu te fatigues, Ado ne sera jamais président de ce pays.
    Et moi de répliquer :
  • Ado sera président de ce pays et ton Gbagbo sera jeté en prison.
    Ma réaction, d’une témérité inattendue pour les étudiants FPI, fut suivie d’un instant de silence qu’un étudiant à la silhouette frêle mit à profit pour m’accoster et me confier :
  • Grand frère, j’admire ton courage. Je veux être à ton image. Je suis étudiant en droit.

C’était Mamadou Touré, actuel porte-parole adjoint du RHDP. Nous sympathisâmes et nous nous eloignâmes du groupe d’étudiants FPI. Il m’accompagna jusqu’à la faculté de criminologie. Très vite, je le présentai au maître Cissé Ibrahim Bacongo alors enseignant en faculté de Droit. Il se rapprocha par la suite d’ un autre étudiant compagnon de lutte. À nous, il demanda de l’aider à la mise sur pied des Universités des Temps Libres (UTL) le pendant au RDR des agoras aux FPI. On attribua à chacun un sobriquet. Ainsi, j’héritai de celui de « Commandant Massoud », Alphonse Soro de celui de  » Nelson Mandela » et Mamadou Touré de celui de « Kagamé » pour son physique rappelant celui de l’homme d’État rwandais ( même si aujourd’hui les délices du pouvoir ont modifié son physique ).

Ma détermination

En 2001, voyant la part belle faite aux organisations de jeunesse proches du FPI dans la prise de parole au forum de la réconciliation nationale, nous décidâmes de revendiquer le droit de passage de nos différentes structures. Pour y parvenir, un sit-in était nécessaire devant les Bureaux du président du forum Seydou Elimane Diarra. Au moment de passer à l’action, nous nous retrouvâmes Alphonse Soro, Monséa Blaise et moi sans Mamadou Touré qui s’était volatilisé dans la nature. Fort heureusement, nous avons eu une oreille attentive auprès de la direction du forum. C’est alors que je mis à profit mon temps de parole pour dénoncer avec courage et conviction l’injustice que subissait Alassane Ouattara et revendiquer sa candidature à la présidentielle.

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Chose qui m’a valu par la suite d’être sauvagement battu sur le campus lors des compositions de fin d’année. Et quand j’entrepris des représailles contre mes agresseurs, j’eus le soutien d’Alphonse Soro quand Mamadou Touré se débina. Alors que nous étions en pleine préparation de la riposte, je fus informé par de hauts responsables du RDR du projet d’attaque armée de 2002. D’ailleurs plusieurs d’entre eux commencèrent à évacuer pour certains toute leur famille. Nous en informâmes Mamadou Touré qui pour se mettre à l’abri négocia avec Ibrahim Cissé Bacongo un exil en Suisse au motif que sa vie serait menacée.

Je retiens de Mamadou Touré, l’image d’un homme à la fois poltron et fourbe

Soulignons qu’à cette période, de nombreux cadres du RDR profitèrent de la situation délétère pour obtenir auprès d’ambassades étrangères, le droit d’asile. Alphonse Soro et moi décidâmes de rester combattre auprès de . D’ailleurs quand en janvier 2003, l’officier militaire du nom de code « Sauveur » (il se reconnaîtra) m’exfiltra vers le Ghana, on me proposa de rester en exil compte tenu de mon handicap physique. Je refusai et me proposai au contraire de rallier le mouvement MPCI (Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire), m’assignant la mission d’organiser et de mobiliser les populations à sa cause, conforté que j’étais de l’implication de mon parti le RDR , implication confirmée par les hauts responsables qui m’avaient convaincu de ne pas réagir à mon agression car cela pourrait éveiller la vigilance de l’ancien régime …

Accord politique de Ouagadougou

Après l’accord politique de Ouagadougou, alors qu’il était en France, Alphonse Soro y retrouva Mamadou Touré alors leader d’un mouvement fantoche appelé MIRA. Alphonse Soro, président du FAN (Forum des Associations du grand Nord) lui proposa de rentrer au pays afin de mettre sur pied une faîtière d’organisations en vue de défendre l’accord politique de Ouagadougou. Le projet de création de la CPC (Coalition Pour le Changement) est adopté. Rentrés au pays, les deux amis se rendirent à Sirasso pour me présenter leurs condoléances suite au décès de ma génitrice et me présenter le projet.

Ils s’activèrent donc à la mise sur pied du mouvement avec pour président Alphonse Soro et pour vice-président Mamadou Touré quand à 48 heures de la conférence de presse, Touré Mamadou prit de court son partenaire en organisant solitairement une conférence de presse avec l’appui de certains cadres du RDR en se proclamant Président de la CPC. Alphonse Soro, floué, est obligé de modifier le nom de son projet qui deviendra APC (Alliance Pour le Changement).

L’image que nous ramenons à notre propre conscience est celle de jeunes sacrifiés et trahis par un RDR ayant abusé de leur profond amour pour la patrie et pour le peuple.

Comme suite heureuse de la prise de pouvoir d’Alassane Ouattara, Mamadou Touré fut nommé Conseiller à la jeunesse du président de la république. Il nous approcha avec un autre projet de création d’un mouvement appelé CAP destiné à soutenir le président. Réunis à Yamoussoukro à cet effet, Alphonse Soro émit des réserves et claqua la porte. Quant à moi je décidai de m’impliquer dans la mise en place du CAP. En revanche, j’informai les membres de mon initiative de créer une association que je dirigerais. Quelques jours après, Mamadou Touré accompagné de Judicaël N’guettia alors président de la jeunesse du , me rendit visite dans la soirée pour s’enquérir du niveau d’avancement de mon projet.

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C’est alors que de bonne foi, je lui présentai les documents afférents au MIR (Mouvement Ivoirien pour la Réconciliation). Mal m’en prît. À la réunion suivante du CAP, un proche de Mamadou Touré se présenta comme président d’un nouveau mouvement appelé MIR du nom de mon projet en gestation. Voilà comment les membres fondateurs du RACI se virent obligés de rebaptiser leur projet RACI (Réseau des Amis de Côte d’Ivoire) ancêtre du RACI actuel (Rassemblement pour la Côte d’Ivoire).

Mamadou Touré, poltron et fourbe

En résumé, à l’instar de tous ceux qui ont commercé avec lui, je retiens de Mamadou Touré, l’image d’un homme à la fois poltron et fourbe, n’hésitant pas à mettre au service de son égo surdimensionné, la duplicité, la traîtrise et la trahison. Touré Mamadou en traitant le président Soro Kigbafori Guillaume d’adepte de la violence et du désordre démontre tout simplement à tous ces soldats qui se sont saignés pour leur gloire, qu’en guise de récompense, ils ne leur vouent que haine et mépris ?

En définitive, quelle que soit l’issue de 2020, l’image que nous ramenons à notre propre conscience est celle de jeunes sacrifiés et trahis par un RDR ayant abusé de leur profond amour pour la patrie et pour le peuple.

L’histoire nous situera.

Le Député Kanigui Mamadou Soro, Président du RACI