3è mandat : « Ouattara devrait arrêter de jouer avec l’intelligence du peuple » (Gnelbin)

Alassane Ouattara recevant le rapport 2018 de l'IGE, ce vendredi 1er juin 2018
Alassane Ouattara recevant le rapport 2018 de l'IGE, ce vendredi 1er juin 2018

3è mandat Ouattara présidentielle 2020. « La nouvelle Constitution m’autorise à faire deux mandats à partir de 2020. Je ne prendrai ma décision définitive qu’à ce moment-là, en fonction de la situation de la Côte d’Ivoire. La stabilité et la paix passent avant tout, y compris avant mes principes ». 

Tels sont les propos tenus par le Chef de l’Etat dans le cadre d’une interview accordée à Jeune Afrique.

Cette position du Chef de l’État ivoirien suscite plusieurs interrogations. Pour les élucider, partons du principe que la constitution de décembre 2016 lui donne la possibilité d’être candidat en 2020 et 2025.

Sur la constitution de la troisième république

Innocent Gnelbin, président de 2IDé
Innocent Gnelbin, président de 2IDé

Aujourd’hui, se prévaloir de la constitution de la 3èmeRépublique pour affirmer la légitimité d’une éventuelle candidature, supposerait alors que ce nouveau contrat social est issu d’un processus inclusif et participatif. Et qu’il émane de la volonté des ivoiriens à se construire un nouveau paradigme sur la base d’un consensus. Seulement, il importe de rappeler à notre très cher Président, que la procédure d’adoption de cette constitution  n’a respecté aucune norme souverainiste et démocratique. Elle a été une initiative unilatérale et autocratique : l’opposition et plusieurs organisations de la société civile ivoirienne dont 2IDé, les associations syndicales, n’ayant pas été associés pour qu’elle soit l’émanation du corps social. En effet, au lieu d’un processus référendaire démocratique qui prend sa source dans le peuple et chute dans le peuple, le président ruse avec les principes de la souveraineté populaire, en élaborant d’avance son avant-projet de constitution, le fait adopté par son parlement, pour enfin le soumettre à un referendum. La sanction fut sans appel, dans la mesure où le taux d’abstention trop élevé dû contraindre la à manipuler les chiffres pour rehausser ce taux de participation à 42,42%.

La constitution étant l’émanation du peuple souverain, la position de 2IDé sur cette question, est que le Président de la république ne peut s’arroger le droit d’imposer une loi fondamentale taillée sur mesure à ce peuple.

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Or, C’est sur cette constitution non populaire et antidémocratique dans son principe d’élaboration, que notre Président fonde sa légitimité pour chercher à briguer un autre mandat en 2020. Hélas Monsieur le Président si vous étiez un démocrate soucieux de la paix pour notre Pays, vous ne prendriez même pas le risque de promulguer cette constitution, encore moins de la prendre comme base d’appui à votre probable candidature.

Et voici bientôt 8 ans que le processus de réconciliation nationale et de paix est au ralenti.

Sur la condition de la stabilité et de la paix : 3è mandat Ouattara présidentielle 2020

Si la constitution de 2016 a été certes de toute façon adoptée, promulguée pour donc s’imposer à tous, il convient cependant, Monsieur le Président, de ne pas trahir vos propres propos et motivations qui ont milités à l’adoption d’un tel projet, acte fondateur de la 3e république.

En effet, Vous disiez le 05 Octobre 2016, que la nouvelle constitution sera le socle d’une stabilité vraie et d’un pays émergent à l’horizon 2020. Vous nous promettiez cette stabilité vraie autour de 2020 à condition de l’adoption de votre constitution. Elle a été adoptée et nous sommes en droit d’attendre et d’exiger de vous cette stabilité. Car prendre cet argument comme prétexte pour justifier votre éventuelle candidature, est un aveu d’échec de votre constitution. Toute chose qui légitime le peuple à ne plus vous accorder sa confiance. Au demeurant, si la constitution que vous avez fait adopter, peine à apporter et à garantir la stabilité et la paix en Côte d’Ivoire, c’est que vous n’avez pas été animé suffisamment d’une réelle volonté politique de rassembler le peuple ivoirien autour de ce projet. Et voici bientôt 8 ans que le processus de réconciliation nationale et de paix est au ralenti.

Alassane Ouattara s'adressant à la presse, au sortir de l'audience avec Emmanuel Macron
Alassane Ouattara s’adressant à la presse, au sortir de l’audience avec Emmanuel Macron

D’ailleurs, Monsieur le Président de la République, votre responsabilité dans une éventuelle instabilité en 2020 serait grandement engagée. L’article 34 de la constitution de la Troisième République vous engage : « Le Président de la République est le Chef de l’Etat. Il incarne l’unité nationale. Il veille au respect de la Constitution. Il assure la continuité de l’Etat. Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, du respect des engagements internationaux.

Avec qui avez vous dialogué quand vous maintenez certains de vos opposants en prison et que vous dédaignez ceux qui sont en liberté ?

Du fait que l’unité nationale et donc la réconciliation et la paix sont vos prérogatives, l’hypothèse de l’échec de la stabilité et de la paix que vous émettez est en somme l’aveu que votre politique a échoué. Qu’avez vous fait durant plus de sept ans de mandat pour que vous n’ayez pas à émettre aujourd’hui une telle hypothèse? La stabilité et la paix sont tributaires du dialogue et de la réconciliation.

Avec qui avez vous dialogué quand vous maintenez certains de vos opposants en prison et que vous dédaignez ceux qui sont en liberté ?

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Quelle est le processus de réconciliation que vous avez engagé qui a permis d’apaiser les cœurs meurtris étant entendu que la CDVR et son enfant la CONARIV ont échoué du fait de l’orientation que vous avez bien voulu leur donner (selon les décrets de créations de ces institutions, elles répondent de vous) ?

Vous avez passé votre temps à choisir vos interlocuteurs, encore que là, c’était juste pour les utiliser pour de la cosmétique communicationnelle en vue de bluffer l’opinion et vos partenaires extérieurs, à qui vous ne cessez de vendre ce qu’ils veulent bien entendre.

Alassane Ouattara a été réélu, pour un 2è et dernier mandat constitutionnel en octobre 2015
Alassane Ouattara a été réélu, pour un 2è et dernier mandat constitutionnel en octobre 2015

C’est une lapalissade que d’affirmer que les ivoiriens sont divisés. Le chef que vous êtes de qui nous sommes en droit d’attendre des initiatives et des actes forts pour nous emmener à la réconciliation, ruse avec elle et a donc échoué. Il ne peut donc prétendre être la solution pour une stabilité. Il ne faudrait surtout pas se méprendre, l’absence de guerre n’est pas signe de stabilité. Votre politique de pensée unique au 21èmesiècle, qui vous fait penser que le Pays est stable, est une grosse apparence, parce qu’elle a installé des mines à chaque mètre-carré du territoire ivoirien, prêtes à exploser à tout moment.

L’homme fort que vous êtes pour vos soutiens et vos amis, n’est en vérité qu’un chef d’Etat comme beaucoup que connait l’Afrique qui lorsqu’ils s’installent au palais, finissent par penser qu’ils sont indéboulonnables et se laissent surprendre par le tournant de l’histoire.

Vous êtes impopulaire, parce que justement vous avez échouez à stabiliser le pays. Et votre volonté si elle s’avère de vous représenter, serait une erreur fatale…

Dieu nous éclaire !

Innocent Gnelbin, Président 2IDé

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