Affi N’Guessan : « Le RHDP c’est fini ! » (Interview suite et fin)

Pascal Affi N'Guessan mise sur une nouvelle alliance avec Henri Konan Bédié

Dans la deuxième et dernière partie de cette interview, Pascal Affi N’Guessan, président du revient sur ses relations avec Aboudramane Sangaré, Laurent Gbagbo, etc. et estime que « Le , c’est fini ! »

Monsieur le président, une certaine opinion estime que votre démarche est paradoxale dans la mesure où au sein de votre propre formation politique, vous n’arrivez pas à faire le rassemblement ?

Il n’y a pas d’incompatibilité entre le fait  qu’il y a des contradictions à l’intérieur du FPI et notre volonté de rassembler au-delà du FPI, puisque déjà à l’intérieur de notre parti, nous sommes dans une logique de rassemblement. Prenons même l’hypothèse très pessimiste où le FPI éclaterait, nous serons toujours ouverts et fondés à rechercher une alliance. Ce n’est pas parce que le FPI est réduit à 70% ou 80% que nous n’avons pas  le droit de solliciter une alliance pour la Côte d’Ivoire. Nous apporterons ce que nous avons  dans le cadre d’une alliance pour faire avancer le pays. Pour nous, il n’y a pas de contradiction.

Tout ce que nous faisons, c’est dans la logique du rassemblement. Cette logique est valable à l’intérieur du FPI et nous voulons l’étendre à la Nation entière. Il n’y a pas un parti dominant en Côte d’Ivoire qui écraserait tout le monde. Ce sont tous ces courants d’opinions qui doivent se rassembler car ce sont ces différents courants qui incarnent  la réalité géopolitique de la Côte d’Ivoire. A court et moyen termes, il n’y a pas de perspective de diriger la Côte d’Ivoire en dehors d’une alliance.

Votre ex-allié du Front républicain, le soutient qu’il est impossible de faire une alliance avec le FPI parce qu’il vous a pratiqué. Il évoque l’impossible mariage entre le FPI le . Que réagissez-vous à ces arguments ?

Je dirais que c’est de bonne guerre parce que le RDR sait qu’une alliance nationale se fera à son détriment car c’est le RDR qui pilote l’alliance actuelle, donc l’échec de cette alliance RHDP lui est principalement imputable. Evidemment, pour  empêcher qu’une nouvelle alliance vienne consacrer son échec, il va chercher toutes sortes d’arguments pour démontrer que ce n’est pas possible de s’ouvrir au FPI.

Et pourtant, les faits qui prouvent le contraire de ce qu’ils disent sont là. Même avec la crise de 2002, le FPI a été ouvert à l’Accord de Marcoussis. Nous avons mis en place un gouvernement de réconciliation nationale avec des Premiers ministres qui n’étaient pas issus du FPI. Le Président Laurent Gbagbo est allé jusqu’à nommer monsieur Soro Guillaume qui était chef de la rébellion, en qualité de Premier ministre.

Le président Gbagbo a permis que monsieur qui était inéligible à l’époque, en vertu de la Constitution, puisse l’être en vertu d’une décision présidentielle. Nous avons donc fait la démonstration de notre ouverture, de notre disponibilité à aller vers les autres.

Quel est aujourd’hui l’état de vos rapports avec le camp de votre camarade, Aboudramane Sangaré ?

Nous continuons de tendre la main. Nous sommes ouverts à l’unité. Mais c’est au niveau de la direction de cette fronde que l’on hésite, sinon au niveau de la base, le message de l’unité est bien compris et accepté. Et chaque jour, ils sont nombreux, les militants de la base qui rejoignent le camp de l’unité, qui comprennent le message de l’unité parce qu’ils savent qu’il n’y a pas de perspectives en dehors de l’unité.

La secrétaire générale du RDR estime qu’en allant vers le PDCI, vous frappez plutôt à la porte du RHDP.

J’ai indiqué que le RHDP a fini sa mission, mission que ses fondateurs lui ont assignée. Le RHDP, c’est donc fini. Dans la vie politique, chaque organisation de cette nature a une durée de vie. Et une fois qu’elle finit sa mission, elle ne peut plus exister.  Si vous vous accrochez à cela, vous n’avancerez pas. Vous allez péricliter et dégringoler. Il faut donc sortir de cette logique et inventer une nouvelle chose.

Ce n’est pas le RHDP qui nous intéresse mais c’est une nouvelle alliance avec toutes les forces qui peuvent apporter de l’énergie à cette nouvelle alliance. Ces forces politiques ne sont pas les premiers comptables de l’échec du RHDP parce qu’elles n’avaient pas la direction suprême de l’action gouvernementale. C’est ce que nous voulons faire avec le PDCI-RDA et l’UDPCI.

Qu’est-ce que le président Laurent Gbagbo pense de cette démarche pour une alliance avec le PDCI-RDA ?

Le président Gbagbo ne peut qu’apprécier cette démarche, puisque lui-même, de 2002 à 2010, est resté dans la logique du rassemblement pour avancer. Et en tant que responsable politique, le président Laurent Gbagbo sait que la configuration politique de la Côte d’Ivoire est telle qu’il n’y a pas de perspective ou d’issue en dehors du rassemblement.

Le PDCI-RDA et le président Bédié le savent, le président Alassane Ouattara le sait aussi, bref tous les leaders politiques savent.  Hier, c’était le RHDP, demain, ça sera une autre alliance. Il n’y a pas d’autres issues pour le moment. Il n’y a pas un parti politique qui peut gagner seul une élection en Côte d’Ivoire. Même le président Laurent Gbagbo, face au RHDP, a été obligé de créer La majorité présidentielle (LMP) qui regroupait un certain nombre de partis politiques. Tous les autres partis politiques qui existaient en dehors du RHDP se  sont regroupés autour du président Laurent Gbagbo. Car il savait que le FPI ne pouvait pas valablement et efficacement porter seul sa candidature et lui permettre d’accéder au pouvoir.

« Dans la vie politique, on ne reste pas bloqué sur des évènements et sur des passifs. Si vous êtes bloqué sur des passifs, vous n’avancez pas et vous ne pouvez pas être  utile à votre pays.  C’est ce  qui nous distingue de nos amis qui veulent être toujours dans la fronde, c’est-à-dire accrochés au passé »

Malgré tout cela, nous connaissons tous les résultats du premier tour de la présidentielle (ce sont 38%, 32% et 25%). Ceci pour dire que les différents partis politiques, en Côte d’Ivoire, tournent autour de 30%. Donc si vous voulez une majorité à la présidentielle, vous êtes obligés de trouver d’autres partis politiques pour construire une majorité. Le paysage politique peut évoluer peut-être dans le futur, mais pour le moment, nous assistons à un jeu politique éclaté.

Si vous voulez gouverner, vous devriez être ouvert à une alliance, à des compromis pour vous rassembler autour de ce qui constitue les fondamentaux de la République. Et pour nous aujourd’hui, les fondamentaux, c’est la réconciliation nationale, c’est la question de la sécurité des personnes et des biens, d’une justice indépendante au service de tous les Ivoiriens, de la bonne gouvernance, de la lutte contre la corruption, l’école, la santé pour tous, l’emploi pour les jeunes, la lutte contre la pauvreté etc.

Sur ces questions, nous pouvons dire qu’il y a un consensus avec le PDCI-RDA. C’est pourquoi, il est illusoire de parler de clivage idéologique entre le FPI et le PDCI-RDA.  On ne peut avoir de clivages sur la question de l’unité nationale qu’avec ceux qui veulent mener une politique clanique.

Les municipales et les régionales sont annoncées pour cette année. Quels sont les enjeux de ces élections pour vous ?

Pour nous, ces élections sont un test pour 2020. Est-ce que ceux qui sont là vont conserver leurs positions. Est-ce qu’ils vont reculer ? Quelle sera la profondeur du recul ?  C’est à travers cela que nous pourrons voir se dessiner les tendances pour 2020. Ce sont des élections importantes pour donner des indices de ce qui pourrait se passer en 2020. Nous serons donc présents à ces élections locales.

A l’orée de ces élections locales, l’on évoque de plus en plus la question de la réforme de la CEI. Quelle est la position du FPI sur cette question ?

Notre position rejoint la position unanime qui veut que la CEI soit réformée. Et nous adhérons pleinement à la proposition qui a été faite par la société civile qui voudrait qu’il y ait une CEI relativement équilibrée, où aucune force politique n’est dominante, mais dans laquelle la société civile joue un rôle central, dans l’intérêt de tous les acteurs politiques. Une CEI qui peut garantir des élections transparentes et équilibrées pour refléter la réalité politique.

Monsieur le président comment vous entrevoyez l’avenir de la Côte d’Ivoire. Pensez-vous que les Ivoiriens sont capables d’un sursaut ?

Oui, les Ivoiriens sont capables de sursaut. Quand le moment viendra et ils l’ont démontré dans le passé, les Ivoiriens se réveilleront. J’espère que ce réveil aura lieu en 2020.  Il y a des signaux de ce que les Ivoiriens sont capables de grosse colère, de réveil brutal.

Il faut donc que nous qui sommes les acteurs politiques, nous soyons là pour encadrer ce réveil afin de le canaliser en direction de la paix, du changement pacifique de régime et non de la violence gratuite qui ne fait  que détruire. C’est le rôle du leader politique. Encadrer la colère populaire, l’aspiration populaire dans une direction qui soit profitable à faire avancer le pays.  C’est ce rôle  qu’une nouvelle alliance doit jouer.

A quand le prochain congrès du FPI quand on sait que la fête de la liberté organisée par vos camarades de la fronde est prévue en avril prochain à Gagnoa ?

Nous ferons notre congrès en cette année 2018. Ce que les autres font, la diversion, le divertissement, ce n’est pas cela l’essentiel. Aujourd’hui, l’essentiel pour les Ivoiriens, c’est comment mettre fin à un certain nombre de maux auxquels ils sont confrontés et bâtir la paix, la stabilité et le progrès pour tous les Ivoiriens.

Nous, nous essayons d’identifier ces aspirations et de voir avec quelles forces politiques, nous pouvons construire ce nouvel avenir de la Côte d’Ivoire. Ceux qui sont  dans la diversion, ce sont les Ivoiriens qui leur administreront la sanction qu’ils méritent.

L’on vous a vu avec le président de l’UDPCI, Albert Toikeusse Mabri. Est-ce à dire que le passif entre vous et l’UDPCI, quant au décès du général Gueï, est refermé ?

Dans la vie politique, on ne reste pas bloqué sur des évènements et sur des passifs. Si vous êtes bloqué sur des passifs, vous n’avancez pas et vous ne pouvez pas être  utile à votre pays.  C’est ce  qui nous distingue de nos amis qui veulent être toujours dans la fronde, c’est-à-dire accrochés au passé, aux meurtrissures, aux souffrances endurées dans le passé. En politique, il faut savoir surmonter les conflits du passé pour avancer. Et le RHDP en est une illustration.

Que n’avons-nous pas entendu et vu entre les présidents Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié ? Mais lorsqu’ils ont senti la nécessité de se mettre ensemble, ils ont dépassé leurs meurtrissures. C’est donc la même démarche avec l’UDPCI et les autres forces politiques y compris le PDCI. En politique, on ne reste pas bloqué sur les passes d’armes d’une époque, sur les incompréhensions et les affrontements d’une époque. Car chaque époque a ses réalités. Il y a eu les réalités d’hier, il y a les réalités d’aujourd’hui. Elles nous commandent de voir ensemble ce que nous pouvons faire pour la Côte d’Ivoire. C’est pour cela que l’UDPCI n’a pas hésité à nous recevoir pour que nous parlions de l’avenir de la Côte d’Ivoire.

Interview réalisée par Jréôme N’Dri et Paul Koffi

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