Bombardement de Bouaké : une nouvelle enquête accablante pour l’État français, nouvelles révélations troublantes
Au micro de Christophe Boisbouvier de RFI ce 29 octobre 2024, Emmanuel Leclère, grand reporter à France Inter, se prononce sur le bombardement de Bouaké en 2024.
Le bombardement du camp français de Bouaké en 2004 continue de soulever des questions sur la gestion de cette crise par les autorités françaises. Une contre-enquête approfondie met en lumière les responsabilités au plus haut niveau de l'État.
Le bombardement de Bouaké a causé la mort de neuf militaires français et d'un civil américain. L'interpellation puis la libération des suspects au Togo soulèvent encore des interrogations vingt ans après les faits. Emmanuel Leclère, journaliste à France Inter, publie une enquête détaillée sur cette affaire d'État.
La chaîne de commandement en question
Une zone d'ombre persiste sur l'identité des décideurs qui ont permis la fuite des pilotes biélorusses. La juge Sabine Kheris a pointé la responsabilité potentielle de trois ministres de l'époque : Michel Alliot-Marie (Défense), Michel Barnier (Affaires étrangères) et Dominique de Villepin (Intérieur).
« La justice n'a trouvé aucun ordre écrit venant des ministères de la Défense, des Affaires étrangères et de l'Intérieur », indique Emmanuel Leclère. L'enquête suggère une décision prise au plus haut niveau, possiblement à l'Élysée.
Le rôle contesté de la cellule Afrique
La cellule Afrique de l'Élysée, dirigée par Michel de Bonnecorse, se trouve au cœur des interrogations. Nathalie de La Palme, alors conseillère Afrique du ministre Barnier, affirme que « Bonnecorse avait la main » sur ce dossier.
« Les ambassadeurs dans des pays comme la Côte d'Ivoire ou le Togo passaient directement par Monsieur de Bonnecorse », révèle Emmanuel Leclère. Pourtant, l'ancien directeur de la cellule Afrique affirme ne pas se souvenir du nom de l'ambassadeur français au Togo.
La raison d'État contre la justice
La commission des requêtes de la Cour de justice de la République a rejeté en 2016 la demande d'enquête sur les trois ministres. « Les magistrats ont estimé que même si les ministres s'étaient concertés, cela n'aurait été qu'une simple inaction », explique le journaliste.
Le général Bentégeat, chef d'état-major des armées en 2004, exprime aujourd'hui des regrets : « Avec les yeux de maintenant, je regrette de ne pas avoir bougé ». Cette déclaration tardive illustre le malaise persistant dans l'institution militaire.
L'enquête révèle également que les militaires français auraient pu intercepter les pilotes à Yamoussoukro, où ils sont restés trois jours à l'hôtel Président. « Pendant trois jours, les militaires français savaient qu'ils étaient là », souligne Emmanuel Leclère.
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Cette affaire continue d'affecter la confiance au sein de l'armée française. « Chez les militaires, cette histoire fait très mal, car vous avez besoin de confiance entre la troupe et la hiérarchie », note l'auteur. Certains blessés portent encore des éclats dans le corps, « ils sonnent aux portiques des aéroports ».
L'absence de réponse officielle équivaut à un ordre dans le langage militaire. « C'est juste que vous ne répondez pas quand on vous signale des suspects. Dans le langage militaire, on sait que c'est un ordre », conclut Emmanuel Leclère.
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