Grosse plaisanterie du ministère des Transports : 450 bus au gaz naturel attendus dans un pays qui importe du gaz naturel

Le ministère des Transports d’Amadou Koné a créé un buzz autour de l’annonce du « siècle » : des autobus à Abidjan, roulant au gaz naturel. L’annonce est belle, mais le projet relève de la plaisanterie, d’autant que la Côte d’Ivoire fait face depuis des années, à une criante pénurie de gaz naturel.

« Bientôt, de nouveaux autobus mis à la disposition de la SOTRA pour soulager les populations abidjanaises », a déclaré le ministère de Mamadou Koné, sur sa page officielle. Sur l’image, on voit Méité Bouaké, directeur général de la Sotra, posant à côté de ces bus, à côté sans doute, du vendeur.

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Le ministère a confié qu’après une phase expérimentale, 50 autobus articulés, fonctionnant tous au gaz naturel devraient débarquer à Abidjan, dans les jours qui arrivent, si ce n’est déjà fait. Au total, ce sont 450 bus qui seront livrés par le groupe espagnol Iveco Bus. L’opération semble belle, mais elle cache un projet cousu de fil blanc qui dénote d’un manque de clairvoyance en termes de gouvernance.

En effet, bien que productrice de gaz naturel (avec une production moyenne d’environ 216 millions de pieds cube par jour, en 2017), la Côte d’Ivoire ne dispose pas d’assez de réserves de gaz naturel exploitable, pour couvrir ses besoins. De sorte, qu’elle est obligée d’importer le gaz naturel, pour poursuivre sa production.

« Leurs intérêts sont ailleurs »

Le ministère du Pétrole, de l’Energie et du développement des énergies renouvelables a, de ce fait, lancé un appel à manifestation d’intérêt, pour un projet qui consiste à approvisionner la Côte d’Ivoire en Gaz naturel liquéfié (GNL). D’une valeur de 110 milliards FCFA, le projet vise « l’accroissement de l’offre national de gaz naturel, la sécurisation de l’approvisionnement en gaz naturel, la réduction des charges d’exploitation liées au recours au combustible liquide ».

En clair, les autobus fonctionnant au gaz naturel, auront du mal à s’alimenter, dans un pays qui a déjà assez de mal, pour couvrir ses besoins en gaz naturel et qui, de ce fait, est obligé d’avoir recours à l’importation, pour assurer sa production. Ce qui signifie que le recours au gaz naturel n’est pas un projet viable, en ce sens que non seulement, cette forme de « carburant » sera plus chère, pour la Sotra, mais elle ne sera pas disponible. De ce fait, les 450 bus seront très rapidement garés.

« Il est clair que les responsables du ministère des Transports qui ont validé cette opération coûteuse, ont bien conscience de toutes les difficultés liées à la conduite de ce projet. Si malgré tout cela, ils ont tenu à poursuivre ce projet, c’est que leurs intérêts sont ailleurs. C’est évident et c’est tout le drame de la gouvernance publique en Afrique », a commenté André Silver Konan, analyste politique et éveilleur de consciences.

Notons que la Côte d’Ivoire a interdit l’utilisation de gaz butane, par les automobilistes. La législation est muette sur l’utilisation du gaz naturel. Les autorités viennent de créer une jurisprudence en la matière, sans adapter la législation. Les premiers bus sont attendus avant la fin de l’année 2018.

Elvire Ahonon

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