« Ils s’abritent derrière le charisme de Gbagbo pour combattre Affi »

L’analyse du parcours politique exceptionnel, de Pascal Affi N’guessan, président du Front populaire ivoirien (FPI) par le juriste ivoirien Jean Bonin.

Gbagbo a été élu président de la république en octobre 2000. La constitution lui interdit de cumuler le poste de président du parti et celui de Chef de l’Etat. Il est donc contraint de céder le “tabouret”.

Les potentiels candidats affûtent leurs “armes” pour aller à la conquête de l’électorat du parti. Les plus en vue sont , , , , , , , et… le nouveau 1er ministre, le discret Affi NGuessan.

Dans les couloirs et les anti chambres de l’hôtel ivoire les conciliabules vont bon train. Dans un 1er temps, Sangaré et Boga Doudou renoncent à se porter candidat au profit de celui qui a mener brillamment la campagne présidentielle de 2000 et qui a ainsi permis au parti d’être au pouvoir.

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Les autres maintiennent leur candidature ou leur intention d’être candidats. Gbagbo Laurent laisse entrevoir à tous que Affi NGuessan est son choix et qu’il le votera. C’est la douche froide dans les camps adverses. Au final, Affi est candidat unique et, sans surprise, il sera brillamment élu.

10 ans plus tard, soit en 2011, à l’exception de ceux qui sont décédés plus tôt, tous ceux qui convoitaient le poste de président du FPI en 2001 et quelques opportunistes tapis dans l’ombre à attendre leur heure tiennent leur revanche. Ils reviennent à la charge pour porter l’estocade à Affi et ainsi mettre fin à sa carrière politique.

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Pour donner un verni de légalité à leur mascarade, ils organisent donc une convention le 29 avril 2012 à l’hôtel Belle Côte en vue préparer un congrès pour destituer Affi Nguessan qui, pendant ce temps, avait été arrêté et jeté dans une prison à Bouna pour avoir appelé, sur les ondes de RFI, à la résistance patriotique pour sauver le pouvoir de Gbagbo.

L’occasion était trop belle pour la laisser passer, d’autant que de nombreux soutiens internes de Affi étaient soit en prison, soit ou en exil. À la grande surprise des comploteurs, les Fédéraux du parti, en grande majorité, leur opposeront une fin de non recevoir en s’opposant à ce complot, ourdi de l’intérieur, en vue d’opérer un coup de force contre leur président statutaire.

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Malheureusement pour Akoun, Miaka et autres Odette Lorougnon qui ne s’y attendaient pas, contre toute attente, Affi sera libéré de sa prison en août 2013. Dès lors il s’attèlera à défendre, sans faiblesse, son poste de président du FPI et réarmer moralement les militants du parti en vue de la conquête du pouvoir en entamant une série de tournées politiques du Nord au Sud du pays.

Il faut reconnaître que Affi avait sous-estimé la capacité de nuisance de ses adversaires internes qui mettront tout en œuvre pour lui pourrir la vie et réussiront même à retourner contre lui, ironie du sort, celui pour qui il avait fait la prison à Bouna, endroit où il avait subi les pires humiliations.

De leur côté, les dissidents qui croyaient qu’avec le soutien de Gbagbo, de sa femme et de ses enfants ils arriveraient aisément à déboulonner Affi avaient minimisé sa grande capacité de résilience. En effet, ils se rendront très vite qu’autant Affi sait encaisser des coups, autant il sait aussi en donner quand cela est nécessaire.

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Aujourd’hui encore le FPI est toujours dans cette bataille de leadership pour le contrôle du parti. Ce type de guerre de positionnement est courant dans les partis qui viennent de perdre le pouvoir. Le PDCI est aussi passé par là lors du décès du président Houphouet et lors de la perte du pouvoir en décembre 1999.

Le RDR, avec l’éventualité d’une non candidature de Ouattara connaîtra aussi cette guerre de positionnement qui en réalité a déjà commencé avec les contestations, à peine voilée, du choix actuel de Ouattara en la personne de Gon Coulibaly.

Au FPI Affi a su intelligemment résisté à la bourrasque. Aujourd’hui, il a une longueur d’avance sur ses principaux poursuivants. Ils n’ont pas su convaincre les militants pour avoir la légalité du pouvoir en battant régulièrement Affi lors d’un congrès statutaire. Ils ont préféré opté pour une autre stratégie : s’abriter derrière le charisme de Gbagbo pour combattre Affi et lui ravir son poste sans même avoir eu à l’affronter dans les urnes. Cette stratégie s’est avérée être un échec cuisant.

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Ils sont se retrouvent donc dans la situation d’être obligés de faire du faux en écriture ou de se prévaloir de titres qu’ils n’ont plus au sein du parti pour espérer exister sur l’échiquier politique national. Ils sont pris en tenaille car ils ne peuvent plus avancer et ils ne peuvent pas non plus reculer. Ils espèrent donc trouver un nouveau souffle à leur guerre contre Affi en s’acoquinent avec le PDCI dans une pseudo alliance non idéologique.

Tout montrer aujourd’hui que la fronde, qui n’a plus de repère et qui ne sait plus où elle va, s’essouffle et tire de plus en plus à sa fin. En effet, il ne fait plus l’ombre d’un doute que c’est Affi qui représentera officiellement et légalement le parti en 2020 lors de l’élection présidentielle. Il vient de déposer la liste de ses représentants dans toutes les Commissions Électorales Indépendantes locales. D’ailleurs, aveu d’impuissance et en panne de stratégie, le 22 novembre 2019, à Grand Lahou, l’ex 1ère dame, Simone Gbagbo, l’une des leaders de la dissidence a annoncé les couleurs « le temps du boycott des élections est passé » et d’ajouter « en 2020, le Fpi participera à toutes les élections » or celui qui représente le FPI c’est Affi et personne d’autre. Alea jacta est. Le temps est vraiment un autre nom de Dieu…

Affaire à suivre…

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