Lettre à Macron avant sa visite à Abidjan: KKS présente la Côte d’Ivoire en proie à la dictature de Ouattara

Lettre ouverte de Konan Kouadio Siméon dit KKS, Président d’Initiatives Pour la Paix en Côte d’Ivoire IPPCI à Emmanuel Macron.

AKWABA Monsieur le Président,

C’est par ces six merveilleuses lettres de l’alphabet français, formant le mot générique nationalement convenu et exprimé dans une exclamation empreinte d’amour et de la plus chaleureuse ferveur, que la cordiale bienvenue est souhaitée à l’hôte en terre ivoirienne, cette terre où l’étranger est Roi. S’ensuit le méticuleux et non moins chaleureux protocole de civilités, moments de grande attention et d’intérêt mais également de suspense, car destinés à s’enquérir des motifs de la visite ou, pour conceptualiser, à la traditionnelle ‘’demande des nouvelles’’. Cette partie étant réservée, selon nos traditions, au chef et en l’occurrence ici, aux bons soins du Chef de l’Etat, votre cher homologue, permettez-moi de me borner à vous traduire, de la part des sans voix et des sans écriture de Côte d’Ivoire, et ce, avec sincérité, enthousiasme et espoir, l’énergique, cordial et chaleureux AWABA.

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Monsieur le Président,

Le statut de Roi généreusement octroyé à l’hôte dans nos traditions, vous en témoignerez surement vous-même, n’est pas que symbolique. Il est traduit dans la réalité et les faits par une attention de tous les instants et des soins royaux prodigués à l’étranger en terme de gite et couvert ou, pour mieux dire, de vivre, de couvert et de protection. Cette tradition bien africaine dont la Cote d’Ivoire cultive incontestablement le model le plus achevé avec près de la moitié de sa population étrangère, tire en fait son fondement de considérations bien plus spirituelles que sociologiques. Ainsi, au terme de cette considération, l’étranger est un envoyé de Dieu et donc une bénédiction divine. Il est sensé être porteur de bonnes nouvelles, de bonheur et de paix. A ce titre, il se révèle être le médiateur providentiel par excellence dans les litiges les plus complexes.

Vous aurez compris les raisons de notre enthousiasme, de la chaleur de notre AKWABA et du sens de l’espoir que nous attachons à votre arrivée en ces temps de grande incertitude dans notre pays.

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Monsieur le Président,

Connaissant les rapports entre la France et la Côte d’ivoire ainsi que la nature des relations qui lient nos deux pays, votre arrivée à quelques dix mois de l’élection présidentielle d’octobre 2020 sonne pour nous, peuple de Côte d’Ivoire, comme l’ultime chance de sauver le pays d’une autre crise aux conséquences dramatiques.

Monsieur le président,

Vous arrivez avec une forte délégation d’investisseurs, nous apprécions. Vous découvrirez surement avec satisfaction les réalisations et infrastructures de ces dernières années que vous saluerez certainement. Vous pousserez sur Bouaké pour la pose de la première pierre du plus gros marché couvert du continent nous dit-on. Nous apprécions et vous en remercions infiniment. Toutefois, pour garantir la pérennité et la prospérité de ces investissements et de ces infrastructures dans un environnement paisible et dans une Côte d’Ivoire stable pour le bénéfice mutuel de nos deux pays, nous vous prions de bien vouloir obtenir du Président Ouattara la satisfaction des points fondamentaux dont l’insatisfaction pourrait replonger le pays dans une crise préélectorale grave de conséquence. Il s’agit entre autres :

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1. De l’ouverture d’un véritable dialogue inclusif pour la mise en place d’une commission véritablement indépendante et consensuelle ;
2. Du retrait de la modification constitutionnelle annoncée ;
3. Du retrait de son projet du troisième mandat ;
4. De la libération des prisonniers militaires de la crise de 2011 encore en détention et de l’implication de l’Etat de Côte d’Ivoire dans le processus de retour de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé pour nécessité de réconciliation nationale ;
5. De l’arrêt des arrestations et emprisonnements arbitraires des opposants ;
6. De l’assainissement de l’environnement sécuritaire ;
7. De la garantie du jeu démocratique et de la libération des médias d’Etat.

Monsieur le Président,

Dans une sous-région dont vous connaissez mieux que quiconque explosibilité et les enjeux sécuritaires, voilà ce qui donnerait du sens à votre visite à dix mois d’octobre 2020, mieux, voilà ce qui rendrait salutaire votre visite à dix mois de la présidentielle en Côte d’Ivoire. Autrement, le peuple aurait du mal à ne pas assimiler cette visite à un adoubement de Monsieur Ouattara pour un troisième mandat en violation de la Constitution ivoirienne, ce qui ne serait pas la meilleure façon d’atténuer le sentiment anti français s’il en avait dans notre pays.

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Voilà le dossier, voilà le contentieux que le peuple hôte, le peuple des sans voix et des sans écriture, ceux qui n’auront pas le privilège d’être à vos audiences, m’a chargé de soumettre à l’attention de leur illustre étranger, leur Roi, leur providentiel médiateur pour le bonheur et la paix en Côte d’Ivoire.

AKWABA Monsieur le Président et bon séjour royal dans le Pays de Félix Houphouët BOIGNY, le pays de l’hospitalité, la patrie de la vraie fraternité.

Très haute et fraternelle considération

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