Le sénat ivoirien installé sans le tiers des sénateurs : « les violations des règles démocratiques ne sont pas nouvelles »

Innocent Gnelbin, Président 2IDé, pointe du doigt le ivoirien installé sans le tiers des sénateurs et décrit un « exécutif négateur patenté du droit » en Côte d’Ivoire. Il en donne les raisons dans cette tribune.

Les dix-huit manifestants de l’opposition arrêtés le 22 mars 2018, ont été jugés et privés de droits civiques pour une durée de 5 ans. Simplement parce qu’ils ont voulu exercer un droit constitutionnel.

« La marche est un droit civil constitutionnalisé. D’où vient-il alors que l’exercer enlève tout droit lié à la citoyenneté ? C’est un non sens et une négation des règles librement consentis »

Ce pays est vraiment tombé sur la tête

La marche est un droit civil constitutionnalisé. D’où vient-il alors que l’exercer enlève tout droit lié à la citoyenneté ? C’est un non sens et une négation des règles librement consentis.

Les droits civils et politiques visent à protéger les individus de l’État. Ils lui imposent un devoir de respect dans l’expression de ces libertés. Cependant en Côte d’ivoire le Gouvernement viole ces droits et décide en négateur patenté de sanctionner la victime. Finalement il est légitime de se demander s’il n’y a pas un certain droit pour les uns et un autre pour les autres. Désolant pour notre appareil judiciaire qui démontre si bien sa collusion et sa soumission au pouvoir exécutif !!!

Violation répétée des règles démocratiques et constitutionnelles

En mars dernier au mépris de règles éthique et démocratique, le Président de la République a fait élire les sénateurs par des conseillers municipaux et régionaux issues de la deuxième République – ces derniers sont majoritairement RHDP.

Par la suite, Le Président de la République a donné droit aux sénateurs d’élire leur Président sans avoir conformément à la Constitution nommé le tiers des sénateurs restants. Peut-on raisonnablement et légitimement élire un Président d’une institution qu’on veut si importante dans le processus démocratique avec seulement deux tiers des membres présents ? Non c’est une volonté manifeste d’opérer un passage en force pour consacrer l’évidence des relations entre alliés.
Ces violations des règles démocratiques par le Président de la République ne sont pas nouvelles…

Une Constitution sans une constituante

En 2016, il a fait voter une Constitution sans mettre en place une constituante qui aurait offert au peuple souverain la légitimité de donner corps à un nouveau contrat social. Comme une loi ordinaire, le Président de la République et son parlement ont passé outre le peuple et forcer l’adoption de la Constitution fondatrice de la troisième république.

Article 7 de la Constitution : « Nul ne peut être arbitrairement arrêté, poursuivi ou détenu…. Tout prévenu est présumé innocent jusqu’à ce que sa culpabilité ait été établie à la suite d’un procès équitable, lui offrant toutes les garanties indispensables à sa défense. »

Or nombreux sont les Ivoiriens qui sont détenus arbitrairement du fait du Président de la République et de son gouvernement et cela sans jugement.

Article 11 de la Constitution : « Le droit de propriété est garanti à tous. Nul ne doit être privé de sa propriété si ce n’est pour cause d’utilité publique et sous la condition d’une juste et préalable indemnisation. »

Pourtant la plupart des déguerpissements sauvage qui se font à Abidjan sont menés sans indemnisation préalable des populations déguerpies.

Article 54 de la Constitution : « Le Président de la République est le Chef de l’État. Il incarne l’unité nationale. Il veille au respect de la Constitution. Il assure la continuité de l’État. Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des engagements internationaux. »

Hélas le Président de la République, , ne travaille pas à respecter cet article. Par ses actes répétés de négation des règles démocratiques et constitutionnels, il exerce ainsi une défiance à la République. Il devrait être entendu par la haute cour de justice qui malheureusement n’existe pas encore.

Le véritable mal de ce pays, c’est que ceux qui doivent donner l’exemple, avec à leur tête le Président de la République, sont les premiers à violer la loi.

L’enjeu de cette pratique consciente

Le Président de la République participe à fragiliser les institutions dont il est la première incarnation. Sa pratique attise manque de confiance du citoyen dans les institutions. Le véritable mal de ce pays, c’est que ceux qui doivent donner l’exemple, avec à leur tête le Président de la République, sont les premiers à violer la loi. C’est extrêmement regrettable.
Mais en vérité à ce jeu, ils ont tout à gagner. Dans un État où la règle du plus fort règne, il est évident que c’est le plus fort qui l’emporte. Dans ce cafouillage organisé et entretenu, notre exécutif sous le couvert d’une politique d’investissement passe son temps à mettre la main sur tous les secteurs en les confiant à des membres du RDR. À croire qu’il n’existe en Côte d’Ivoire une seule société (SNEDAI) qui peut et qui doit tout faire. Qu’en est-il de ces entreprises appartenant à des jeunes ivoiriens qui souffrent pour avoir ne serait ce qu’un seul marché ?

Dans ce cafouillage monstre, les quatre (04) chaînes de télévision privées autorisées à émettre sont celles des enfants de la première dame, de la grande chancelière et du communicateur du Président…

En somme, la mauvaise gestion est voulue et entretenue par quelqu’un qui pourtant a été fonctionnaire dans les officines occidentales, là où les règles de bonne gouvernance sont appliquées… Quel contraste !!! Quelle aberration !!!

Innocent Gnelbin
Président 2IDé