Tuo Fozié nommé préfet hors grade de Bouaké : Est-ce forcément une bonne idée ?

Tuo Fozié préfet de Bouaké

L’ancien seigneur de guerre de la rébellion à Bouaké, Tuo Fozié retourne dans la capitale du ‘’gbêkê’’ avec un nouveau grade. Il a été nommé préfet hros grade et préfet de la région par le président Alassane Ouattara, selon un communiqué gouvernemental. Tuo Fozié préfet Bouaké : une bonne idée ?

Bouaké garde un mauvais souvenir de Tuo Fozié. Ce décret, pris le 6 août 2018 par le conseil des ministres, a été publié par le quotidien gouvernemental Fraternité Matin dans son édition de samedi 4 juillet 2018. Selon une source militaire, Tuo Fozié « a été nommé préfet de région et préfet du département de Bouaké parce qu’il est militaire et connaît bien la région », Bouaké, qui abrite plusieurs bases militaires, a été l’épicentre de plusieurs mutineries en 2017.

Tuo Fozié a été directeur général de la police et de la gendarmerie des ex-Forces Nouvelles. C’est à la fin de l’année 2000, que cet officier supérieur des ex-Forces armées nationales de Côte d’Ivoire (Fanci), s’est paré du masque de rebelle. Bien avant cette tâche, il a servi le Général Robert Gueï, l’homme qui mena le 24 décembre 1999, à la tête d’un groupe de soldats-mutins, le «coup d’Etat de Noël» contre Henri Konan Bédié, point d’orgue d’une crise politico-militaire. Mais très vite, la junte se fissure, victime de querelles de leadership. Activement recherché par la justice en Côte d’Ivoire, il se réfugie alors au Burkina Faso où il est logé dans une luxueuse villa au quartier de Somguandé dans le nord de Ouagadougou.

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C’est en ce moment-là, que Laurent Gbgabo prend la place de Robert Gueï en Côte d’Ivoire alors que Blaise Compaoré était au pouvoir au Burkina-Faso. C’est dans ce pays qu’avec un groupe d’hommes que Tuo Fozié s’entraîne à renverser le pouvoir par un autre coup d’Etat. L’assaut que le commando mène sur Abidjan en s’appuyant sur des soldats mutins sera repoussé mais il aura le temps de conquérir des villes comme Korhogo et Bouaké.

La Côte d’Ivoire et le monde entier découvrent alors le nom d’un mouvement rebelle publiquement baptisé Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI). Tuo Fozié en devient le porte-parole et sans le vouloir peut-être, prête sa figure à la rébellion pour avoir couvert la zone 3 (Bouaké) avec les autres com’zones Issiaka Ouattara dit Wattao et Chérif Ousmane dit « Papa Guépard ».

Négociateur hors-pair, c’est Tuo Fozié, chef des opérations, c’est lui qui avait signé le premier cessez-le-feu à Lomé entre les protagonistes de la crise sous l’égide de l’ex-président togolais, feu Gnassingbé Eyadema. Ministre de la Jeunesse dans le gouvernement de réconciliation, il verra ses galons s’allonger en étant promu dans l’administration où il est devenu en 2012, le préfet de la Région de Boukani et de Bouna.

Le 2 décembre 2002, selon des témoignages concordants, recueillis sur place dans le village des rebelles du Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI) venus de Bouaké entrent à Agnibonou, l’un des villages d’Assandrè pour massacrer des femmes ‘’adjanou’’, alors qu’il était directeur général de la police et de la gendarmerie des ex-Forces Nouvelles.

A quelques mois des élections régionales et locales, d’autres mettent en avant sa prochaine prise de fonction dans cet ancien fief de la rébellion qu’il connait bien comme une assurance de la sérénité du scrutin dans cette localité souvent à la croisée des vents contraires de la politique et des armes. La nomination d’un préfet issu des rangs des ex-Forces nouvelles à Bouaké pourrait devenir un problème, plutôt qu’une panacée à la politique des armes dans cette ville.

Karina Fofana

Rapport confidentiel : Quand l’UE dénonce la bande de militants et syndicalistes « délinquants » du RDR (2è partie)

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