Autisme :  »Il y a un véritable business autour des malades en Afrique » ( Dr Pierre Sens)

Après le et , , docteur en médecine, 47 ans de pratique atterrit en Côte d’Ivoire. Psychiatre, spécialiste de l’, il dénonce un business autour de la maladie en Afrique.
Qu’est-ce qui vous emmène en Côte d’Ivoire ?
L’aventure a commencé au Bénin en 2014 pour une consultation des adultes malades mentaux ensuite en 2017 à Madagascar avec une association pour les enfants où j’ai fait la rencontre ‘’Apte autisme Côte d’Ivoire’’. Je suis là donc pour les aider à l’encadrement des enfants autistes.
Alors qu’est-ce qui vous motive chez les autistes et les malades mentaux ?
Je suis Docteur en psychiatrie, j’ai remarqué que les personnes les plus défavorisées sont les handicapés notamment les malades mentaux et les autistes. Je me suis donc intéressé à eux pour les aider à s’intégrer dans la société. Pour des raisons de cultures en Afrique, ils sont enchaînés, enfermés, mal nourris, cachés même ignorés.
Dr Pierre Sens, psychiatre, spécialiste de l'autisme
Dr Pierre Sens, psychiatre, spécialiste de l’autisme

Par exemple, chez les Yoruba, une ethnie du Nigeria, on expose les enfants sur des tas d’ordures pendant au moins 24 heures sans manger ni boire, et, ceux qui survivent rejoignent les communautés, ceux qui périssent, on n’en parle plus du tout.

Quelle différence y’a t-il entre vous psychiatres et autres médecins dans la prise en charge des autistes ?
De nombreuses personnes sont ignorantes de l’autisme juste parce que la maladie n’est pas assez connue. Le plus souvent, les parents vont chez les médecins généralistes, qui dans le cas des autistes ont une mission fondamentale. Malheureusement ne connaissent pas grand-chose à la maladie de l’autisme. Il y a aussi  les neurologues qui ne connaissent pas assez cette maladie. Ils se contentent de faire des ordonnances. Même au niveau des pédopsychiatres, il y en a peu qui font un diagnostic véritable de l’autisme. Je n’en connais que deux dans la région qui font des diagnostics valables.
En Afrique, il n’y a pas plus d’un psychiatre pour un million d’habitants, ils sont totalement débordés si bien que les parents d’enfants autistes peuvent patienter jusqu’à 6 mois pour obtenir un seul rendez-vous. S’ensuit alors des conséquences ignobles : le business de l’autisme. Nous assistons alors à un véritable commerce. Il y a un business de l’autisme et il faut le dénoncer.  En France comme dans certains pays occidentaux, les soins sont remboursés par l’assistance sociale, en Afrique, les parents n’ont pas cette chance, ils se ruinent pour donner une chance de vie à leurs enfants.
Alors, qu’est ce qu’il faut pour éviter ce business de l’autisme ?
La première étape, c’est un bon diagnostic. Il se fait généralement lorsque l’enfant atteint 18 mois. Ensuite, les parents doivent se mettre ensemble pour créer des associations comme ‘’Apte autisme Côte d’Ivoire’’ pour un bon suivi des enfants. Un environnement dans lequel les  enfants se retrouvent avec des coachs formés sur la maladie. Ces derniers leur apprennent les bases  de la vie en société. Rassemblés en associations, les parents partagerons leurs expériences les uns avec les autres. Et, pourquoi pas des évènements pour communiquer sur la maladie. Le regard sur les enfants autistes doit changer en Afrique, les mentalités également. Le guérisseur, le féticheur, l’imam et le pasteur ne peuvent pas grand-chose.
Quelle est l’importance de la Vie scolaire pour les enfants autistes?
Un enfant autiste bien suivi, peut intégrer un système éducatif normal. Cependant, certaines associations pour l’encadrement des enfants les rassemblent tous, notamment les autistes et les trisomiques. C’est deux maladies très différentes, elles ne doivent pas être traité de la même manière. Evitons de faire cet amalgame dans nos associations. A chaque type d’handicap correspond un traitement particulier. Un enfant trisomique a le contact plus facile, il est très souriant le plus souvent, on n’a envie de le prendre par la main alors qu’un enfant autiste a tendance à être un peu plus violent. Même si l’évolution médicalisée est imprévisible, une bonne prise en charge peut améliorer sa vie dans tous le sens du terme. Son langage, son regard, ses rapports avec les autres, tout cela peut changer s’il a une bonne prise en charge.
Quels conseils pour les spécialistes de la maladie ?
En tant que Docteur en médecine, je souhaiterais que la formation des médecins généralistes en Afrique soit plus accentuée sur les bases de la maladie de l’autisme. Ils ne savent pas grand-chose de la maladie et cela complique les diagnostics. Les populations doivent également être informées. Les associations doivent organiser des colloques, des séminaires pour sensibiliser les populations à la maladie. Ensuite, pour une bonne prise en charge de la majorité des enfants, l’Etat doit s’impliquer. La plupart des associations fonctionnent sur fonds propres. Si l’Etat leur octroyait le statut d’utilité publique, ne serait-ce que pour l’ (), elles pourraient faire de grandes choses pour ses enfants.

Roxane Ouattara

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