Bandaman (RDR) répond au PDCI : « Ouattara n’a pas eu besoin de pression, pour proposer Duncan à la vice-présidence »

Le vice-président Daniel Kablan Duncan et le président Alassane Ouattara

Maurice Bandaman répond au : « Le chef de l’Etat, en proposant Daniel Kablan Duncan à la vice-présidence du pays, n’a pas eu besoin qu’on lui mette la pression ». Première partie interview.

Écrivain célèbre et grand homme de culture, Maurice Kouakou Bandaman n’en demeure pas moins une personnalité importante sur l’échiquier politique ivoirien. Ministre de la Culture et de la Francophonie depuis 2011, ce fils de Taabo, dans la région de l’Agnéby-Tiassa, est aussi une tête forte du Rassemblement des Républicains (, parti présidentiel). Premier secrétaire général délégué de ce parti, depuis le trosième congrès ordinaire tenu les 9 et 10 septembre 2017, Maurice Kouakou Bandaman est également chargé des relations avec les partis politiques, les rois et chefs traditionnels, ainsi que des régions de l’Iffou, du Moronou et du N’zi. Cet homme de lettres, qui ne manie pas la langue de bois, se prononce, avec son calme habituel, sur l’actualité brûlante de l’heure : la création du parti unifié, la polémique autour de la Commission électorale Indépendante (), la vie du , etc. Entretien exclusif et à bâtons rompus avec Le Patriote.

Monsieur le secrétaire général délégué, les résultats  provisoires des toutes premières élections sénatoriales en Côte d’Ivoire ont été donnés le week-end dernier par la CEI. Le a perdu des localités comme Yamoussoukro et Bouaké, considérés pourtant comme ses fiefs. Comment expliquez-vous ces revers ?

Je n’emploierai pas comme vous le mot revers. Ces cadres qui ont été élus sous la bannière indépendante sont pour beaucoup des cadres issus de nos rangs. Attendons la rentrée sénatoriale annoncée pour le 10 avril prochain pour voir que mes propos seront confirmés par le ralliement de ces élus aux sénateurs qui ont été élus sous la bannière du RHDP.

Ces échecs ne sont-ils pas la preuve, comme le soutient un cadre du PDCI, que le RHDP ne marche pas à la base ?

Pas du tout. Le RHDP ne veut pas dire la pensée unique. Nous sommes en démocratie.  Ce n’est pas la dictature. La démocratie  permet une liberté. Les cadres ont besoin de s’exprimer, surtout que nous sommes dans un monde de liberté.  Pour nous, contrairement à ce qu’on pense, le RHDP va très bien. La preuve que le RHDP marche bien à la base est que le RHDP a raflé 25 régions sur les 33.

« le chef de l’Etat, en proposant Daniel Kablan Duncan à la vice-présidence du pays, n’a pas eu besoin qu’on lui mette la pression. Il n’a pas eu besoin qu’on fasse des marches »

N’oubliez pas que depuis sa mise en place en 2005 à Paris, le RHDP vole de succès en succès. Le RHDP a triomphé au second tour de la présidentielle de 2010. Il a récidivé en 2015, à la présentielle puis aux élections législatives de 2016 et maintenant aux sénatoriales de 2018. Les choses vont plutôt bien que mal.

Cet avis est-il partagé par votre principal allié, le PDCI ?

Moi, je n’ai pas à répondre au PDCI. La seule chose que je peux dire en tant qu’acteur politique, c’est que le RHDP va bien. Nos populations veulent qu’on dépasse les antagonismes dans la famille  houphouëtiste. Nos populations sont engagées à faire triompher les valeurs de l’Houphouëtisme.

Pour vous, il faut donc transformer l’essai comme on le dirait au rugby pour aller au parti unifié ?

Oui, bien sûr. Nous sommes dans la dynamique du parti unifié. Toutes les forces membres de notre alliance sont d’accord sur les modalités pour aller au parti unifié. Cela va prendre peut-être un peu de retard, mais tout le monde veut partir au parti unifié.

Y compris le PDCI ?

Bien sûr. Le PDCI l’a dit. Cela s’est passé à plusieurs de nos rencontres. Le PDCI n’a jamais dit qu’il ne va pas au parti unifié.

Le professeur Guikahué, le secrétaire exécutif de cette formation politique, affirme qu’il n’y pas d’urgence à aller au parti unifié…

Cela ne veut pas dire qu’il n’ira pas au parti unifié. Nous irons au parti unifié.

Mais quand ?

Nous sommes dans les modalités. Nous sommes dans la démarche. Nous sommes dans sa mise en œuvre. Etant membre du comité de haut niveau, je ne peux pas vous dévoiler nos délibérations. Parce que nos délibérations sont destinées à nos mandants qui sont le président Ouattara et le président Bédié. Je dois vous dire que, pour ce que je sais, nous avançons ; pas au  rythme que nous souhaitons nous tous. Un adage dit : « si vous voulez arriver vite, vous arriverez seul. Mais si vous voulez arriver avec les autres, vous marchez à leur rythme ». C’est donc cela.

Même après 2020 comme le souhaite le PDCI ?

Je pense qu’on trouvera bien une formule. Les choses avancent bien. Je pense que nous pouvons arriver au parti unifié avant 2020.

Selon nos informations, le PDCI aurait refusé de signer le manifeste du parti unifié. Qu’en est-il réellement?

Personne n’a  encore signé le manifeste. Le manifeste sera signé. Puisque le comité qui l’a proposé est composé des cadres désignés par le président Bédié et le président Ouattara, ainsi que les présidents des autres partis membres du RHDP. C’est un document consensuel qui est fait par l’ensemble des partis. Ceux qui sont au comité de haut niveau bénéficient de la confiance des chefs. Il n’y a pas de raison que nous qui sommes mandatés par nos chefs parce que bénéficiant de leur confiance, produisions des documents qui vont dans le sens de l’intérêt de la Côte d’Ivoire et de nos partis politiques et que nos chefs ne les valident pas. Ils ne peuvent pas nous désavouer.

Monsieur le ministre, le PDCI insiste également pour que le candidat unique du RHDP en 2020, soit issu de ses rangs.  Cela vous inquiète-t-il ?

Le RDR s’aligne  sur les orientations et la position du chef de l’Etat, le président Alassane Ouattara. Personne ne dit le contraire à savoir que c’est au sein du parti unifié que le candidat du RHDP sera choisi. Pour moi, c’est une bonne démarche. Parce que le chef de l’Etat, en proposant Daniel Kablan Duncan à la vice-présidence du pays, n’a pas eu besoin qu’on lui mette la pression. Il n’a pas eu besoin qu’on fasse des marches.

Quand le président de la République proposait le ministre Jean-Claude Brou à la présidence de la Commission de la Cedeao, il n’a pas eu besoin de pression. Ils sont tous les deux des cadres du PDCI. Le chef de l’Etat ne fonctionne pas de façon clanique. Il fonctionne en choisissant les personnes qui ont le profil de la fonction. En tant  que chef de l’Etat, il ne voit pas les Ivoiriens selon leur famille politique, selon leur couleur. Il les voit selon leurs compétences.  Il les voit selon leur engagement pour la Côte d’Ivoire, selon leur sens de responsabilité de  l’Etat.

A Yamoussoukro pourtant, lors de la cérémonie d’hommage au président Henri Konan Bédié, le PDCI a été clair : un candidat PDCI à la présidentielle de 2020…

On ne peut pas faire pression sur le président Ouattara. Il n’a pas besoin de pression. Il choisit selon sa vision d’une Côte d’Ivoire gagnante avec les meilleurs de ses serviteurs.

Cette sérénité que vous affichez est quand même trahie par les déclarations fortes au PDCI.

Je ne veux pas faire un procès au PDCI pour la déclaration de certains de ses cadres. Mais la majorité des cadres du PDCI, même s’ils ne donnent pas de la voix,  ne sont pas moins essentiels. On exagère en disant le PDCI, le PDCI, le PDCI. Il y a aussi de hauts cadres du PDCI qui sont engagés, qui travaillent discrètement, efficacement et qui font avancer les choses. Il ne faut pas accabler le PDCI parce que certains de ses membres font des déclarations. Le RHDP avance. La preuve, nous sommes allés aux élections sénatoriales en RHDP. Personne n’a dit non. La caravane du RHDP avance malgré les aboiements.

Ceux dont vous parlez sont taxés d’achetés au niveau du PDCI. Que répondez-vous ?

MKB : Nous sommes dans la construction d’un Etat. Ces débats ne devraient pas avoir droit de cité. Je voudrais vous faire une confidence. En 2015, nous étions un certain nombre de cadres du RDR  agacés par le débat sur la candidature unique du président Ouattara.  Nous estimions que c’était à la limite offensant au chef de l’Etat, parce que les gens disaient que le chef de l’Etat voulait imposer sa candidature unique. Nous lui avons dit qu’il pouvait gagner au vu de son bilan seul en lui demandant pourquoi il tenait tant que le PDCI l’accompagne. Sa réponse a été claire : « Mon objectif n’est pas de gagner. Mais, je veux créer une nation. Et pour créer une nation, j’ai besoin de tout le monde ». Et il a ajouté : « Notre division au sein de la famille houphouëtiste a entrainé le pays dans l’abime ».

A lire aussi : Parti unifié, voici les points d’accords et de désaccords

Nous n’avons pas besoin d’acheter. Qui est à vendre ? Il y a des Ivoiriens qui veulent servir la Côte d’Ivoire. Le président Houphouët-Boigny disait qu’après lui, ce serait une équipe. Il avait déjà mis en place une équipe. L’équipe a été divisée. On a vu ce que cela a donné. Aujourd’hui,  par la sagesse du président Alassane Ouattara et du président Bédié, l’équipe s’est reconstituée. Mais, le diable est toujours à côté de l’ange. Et dans tout ensemble, il y a toujours des mouvements contraires. Il y a des contradictions internes. Il y a des rameurs à contre-courant. Il y a des velléités de positionnement. Ce n’est pas ça qui est essentiel. L’essentiel, c’est la Côte d’Ivoire.

Partout, les grandes familles qui se sont divisées ont causé leur perte. Une chose est sûre : ensemble nous gagnons, divisés, nous perdons.  Nous sommes conscients de cela. Nos chefs sont guidés par la sagesse. Ce ne sont pas les agitations qui vont leur faire perdre la direction et la base. La base nous suit. Les gens pensaient que les sénatoriales seraient boycottés. Il y a eu un engouement. Le message passe. C’est la preuve par quatre que le président Ouattara et le président Bédié sont sur la bonne voie. Ceux qui rament à contre-courant doivent comprendre qu’ils jouent contre l’histoire, ils jouent en dehors de l’histoire. Ils seront laissés en bordure de route. Ils ont intérêt à être dans le train. Les gens ne peuvent pas être hors du train et penser qu’ils peuvent aller plus vite que le train.

A lire la suite demain sur IvoireSoir.net : « Une fois que le candidat sera choisi en accord avec nos deux chefs, même si c’est à deux mois, il gagne l’élection présidentielle »