Legen Quauphy : « Voici les dangers qui guettent les non initiés au Goly »

De père percussionniste, chanteur-sculpteur et de mère chanteuse-danseuse, N’guessan Edouard dit Legen Quauphy est de retour avec un coffret sonore de 7 titres dédié à la valorisation du patrimoine du peuple . Défenseur du masque Kpakpa (la version originale en langue Baoulé), Legen nous parle de son come-back, après 7 ans d’absence.

De nouveau sur la scène, que voulez-vous présenter aux mélomanes ?

Je suis de retour avec un opus baptisé Goli Kpakpa. Il s’agit de présenter les vertus du Goli, son authenticité qui créait une symbiose dans l’ancien temps. Je veux valoriser notre patrimoine culturel qui se meurt. Occasion pour la jeunesse de connaitre une identité d’une région  du peuple Baoulé.  A l’origine, le Goli vient du peuple Wan. Les Baoulé Godê ont su l’interpréter. Je chante la détresse, les difficultés face auxquelles j’ai trouvé des solutions.  Heureusement, une bonne volonté vient me donner une bouffée d’oxygène dans mes souffrances.

Pourquoi un feedback avec le Goly et non pas un autre masque Baoulé ?

Le Goli fait partie du patrimoine culturel ivoirien. En pays Godé, c’est une institution. Celui que je fais est du Goly culturel. Il faut le valoriser.  Notre aîné Jimmy Hyacinthe a tracé les sillons. C’est à nous de ne pas laisser mourir ce riche patrimoine. Aujourd’hui, quand on va dans les festivals, toutes les danses sont représentées. Mais, le Goli est vacant. L’identité culturelle d’une personne, c’est sa culture. Si nous laissons mourir cette culture, nous serons un peuple vagabond.

Que deviennent les œuvres de Jymmi Hyacinthe après son décès?

Jimmy est un monument. Nous ne pouvons pas le tuer deux fois. Le monde entier a apprécié les œuvres de cet artiste. Le Goli ne doit pas mourir. Je vous révèle que le Goli a 7 variétés. Vous verrez les 7 masques Goli dans mon prochain clip.

Quelle est la véritable symbolique de ce masque ?

Le Goli est une identité chez le Baoulé. C’est un masque et en même temps une danse de réjouissance, cérémoniale, c’est une danse que le Wan appelle le Zogbedron. C’est-à-dire que le Goli sort lorsqu’un initié est décédé. Mon album inclut un phénomène que nous voyons. A partir de janvier, tous les travaux sont stoppés. Nos parents font sortir les masques sans qu’il n’y a ait un deuil. Je demande aux jeunes non initiés de faire très attention avec l’usage des attributs du Goli. Ils courent beaucoup de dangers quand cela ne n’est fait pas avec les règles de base. C’est-à-dire selon la tradition.

Avez-vous été initié à ce rituel ?

Je le suis. J’ai été initié par mes parents avant la sortie de mon album. Pour être initié, il faut respecter la donne des parents. C’est un bien des parents. Il ne faut pas l’utiliser comme cela sans que les parents ne bénéficient de quelques choses.  J’ai rempli les conditions. C’est en 2004 que j’ai décidé de m e consacrer entièrement au Goli , mes premières amours. 

Je veux poursuivre l’œuvre de l’icône Je me suis consacré à la recherche culturelle pendant trois ans, pour la valorisation de ce riche patrimoine des trois peuples Baoulé, Gouro et Wan. C’est à ce titre que j’ai été coopté, en 2007, par l’ambassade des Etats-Unis en Côte d’Ivoire pour le concert dénommé « Mois de l’histoire africaine américaine ».

Votre concept pourra t-il s’imposer aux musiques urbaines ?

J’ai un pied dans la tradition et un autre dans le modernisme. Raison pour laquelle je fais la variété. Chacun a sa part dans mon opus. Même les occidentaux. La musique n’a pas besoin de langue. Elle apporte tout. Il y a toutes les fusions dans mon opus. Soit c’est la guitare, le clavier, il y a  beaucoup de  choses à tirer dans la  musique.

Craignez-vous la percée des pirates d’œuvres musicales ?

Chaque chose a une fin. C’est une volonté politique.

Expliquez-nous votre parcours musical ?

Tout a commencé à l’école primaire , au village . Je me suis fait remarquer par la qualité de m a voix, telle un rossignol qui déchire les classes et enchante ses instituteurs. Au Lycée moderne de Béoumi, j’ai intégré le comité d’animation en 1983. Par manque de moyens financiers, m es études sont interrompues une année plus tard. Déterminé à poursuivre une voie artistique, j’ai créé m on orchestre qui s’appellera ‘’ La Puissance 4 de Diéviessou-Zindè ’’.

En 1990, j’ai été le lead vocal de Goli Fusion de Béoumi et j’ai participé à ce titre à Podium de , en 1992 où le groupe était finaliste, sans pouvoir arracher le trophée. En 1993, j’ai sort i m on premier album avec Goli Fusion de Béoumi. Un événement inattendu va venir noyer la promotion de l’album . Il s’agit du décès du Président Félix Houphouët-Boigny. Le groupe se disloque. En 1996, sous la direction artistique du célèbre , de l’ex-groupe  , j’ai sorti un opus intitulé   «  Kotokoli (le pire)  » .

 J’ai vendu plus de 30 000 exemplaires. En 2001, je suis revenu sur la scène avec  « Infidélité des femmes ( Ndlr : Match nul volume 1  ).   Mal vendu en Côte d’Ivoire, l’album a été piraté au Bénin, l’affaire est encore au (Ndlr : Bureau ivoirien du droit d’auteur ) et au Bureau béninois du droit d’auteur et des droits voisins ( Ndlr : Bubedra).En 2010, j’ai produit m on quatrième album.

Comment avez-vous repris goût à la musique ?

D’abord, je suis tombé grièvement malade avant de recouvrer la santé après plusieurs mois. J’ai eu la chance de rencontrer  en 2012 , un amoureux de la musique moderne d’inspiration traditionnelle et surtout de Goly. C’est lui qui m’a soutenu . C’est à cette même époque qu e j’ai rencontré des professionnels qui m ’ ont encadré .

 Je peux citer , qui fait la promotion de compétences culturelles ivoiriennes et plus tard , comme manager. J’ai aussi le coaching du doyen Djabo Steck. De même, deux arrangeurs travaillent sur l’album . Il s’agit de Shamy Dollar et .

Entrétien réalisé par Aimé Dinguy’s N.

(Le Jour Plus)

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