Un cadre du PDCI à Gon : « si les CNI sont gratuites dans le Poro, alors elles devraient l’être dans toutes les régions de Cote d’Ivoire »

Lettre ouverte de Jean-Yves Esso Essis, membre du Bureau Politique du PDCI-RDA au Amadou Gon Coulibaly, Premier Ministre ivoirien.

Excellence Monsieur le Premier Ministre,

Permettez moi de vous adresser cette lettre ouverte en votre qualité de Chef de l’Exécutif de mon pays, la Côte d’Ivoire. Vous êtes, de par votre fonction, le premier responsable de la santé démocratique de notre pays. Je viens donc par ce billet dénoncer avec la dernière énergie certaines injustices observées.

Les ivoiriens constatent que depuis le 30 juillet 2019, date de la mise en place de votre CEI controversée et totalement déséquilibrée, vous avez décidé de vous adonner à une succession de passages en force dans une totale ignorance des avis et propositions des partis politiques d’opposition.

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Vous détenez la clé de la paix en Cote d’Ivoire…

N’endossez pas devant la nation et le monde entier qui nous regarde, la paternité de la chienlit et de la pagaille généralisée dans le pays…Vous devriez être le premier à emboucher la trompette de la réconciliation plutôt que celle de la confrontation. Les ivoiriens ont besoin de sérénité, de transparence et d’équité.

Excellence Monsieur le Premier Ministre,

Nous aurons de la sérénité et de la transparence avec une CEI équilibrée comprenant un nombre égal de représentants du parti au pouvoir, de représentants des partis d’opposition et de représentants de la société civile.

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Nous aurons de l’équité lorsque nous aurons un centre d’enrôlement dans chacune des 201 communes et chacune des 509 sous-préfectures de Côte d’Ivoire. C’est, à mon sens, ce que vous devriez faire pour montrer aux ivoiriens le minimum de respect et de considération qui devrait leur être dû.

Je n’oserais pas vous demander de vous servir de l’exemple de 2009 où nous avions 11000 centres d’enrôlement pour enroler gratuitement 6,3 millions d’ivoiriens.
Mais tout de même…118 centres d’enrôlement pour 11 millions d’ivoiriens? Cela frise le burlesque!

En ne permettant pas à tous les ivoiriens sans discrimination de pouvoir se rendre facilement dans un centre pour se faire enrôler, vous créez de la frustration au sein de votre population. Lorsqu’un peuple se sent martyrisé avec des injustices répétées et incessantes, il se crée en son sein un sentiment de frustration…et la frustration finit par engendrer la violence.

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Excellence Monsieur le Premier Ministre,

Nous aurons de l’équité avec une carte d’identité gratuite pour tous les ivoiriens et pas seulement pour ceux du Nord comme vient de nous l’annoncer sans gêne aucune le président du Conseil Régional du Poro dans le Nord du pays, bastion réputé favorable au parti au pouvoir.
Cette opération se déroule actuellement, tranquillement, dans tout le département de Dikodougou avec 13 agents sillonnant la sous-préfecture de Dikodougou, 7 agents pour Boron et 3 agents pour Guiembe. Nous assistons là à un cas typique de flagrant délit de discrimination.

Si les cartes sont gratuites dans le Poro, alors elles devraient l’être dans toutes les régions de Cote d’Ivoire. Si le Président du Conseil Régional du Poro offre les cartes à sa population, il le fait avec nos impôts. Les présidents de toutes les autres régions devraient pouvoir lui emboîter le pas. C’est cela être juste et équitable…

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La violence, l’injustice et la discrimination n’auront jamais aucune excuse lorsque viendra le moment crucial du bilan de votre passage aux commandes du gouvernement. Avant vous, d’autres Premiers Ministres furent les bouc-émissaires du passif d’un bilan collectif. Ne l’oubliez pas… Pensez y très fortement.

Excellence Monsieur le Premier Ministre,

Il n’est pas trop tard pour bien faire. Je préfère ne même pas m’étendre sur l’illogisme volontaire de la répartition des députés entre le Nord, réputé favorable à votre parti et le reste du pays.

De grâce, ne ratez pas cette belle occasion de rentrer dans l’histoire démocratique de votre pays. Prenez votre courage à deux mains et freinez votre rouleau compresseur autocratique qui n’honore pas la mémoire du père de la nation.

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Esperant que vous trouverez dans cette ultime lettre ouverte quelques raisons d’infléchir votre position et que nous reviendrons tous vers la table des négociations pour assurer un avenir paisible à notre bien commun, la Côte d’Ivoire,

Je vous prie d’agréer, Excellence Monsieur le Premier Ministre, l’expression de mes salutations respectueuses.

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