CNI à 5000 FCFA : « le PDCI réduit à pleurnicher sans proposer un plan B pour ses militants »

Selon Tiémoko Assalé, le PDCI est réduit aujourd’hui à pleurnicher sur le coût de la CNI sans rien proposer comme plan B pour ses militants.

Le bavardage en matière politique, est une chose. la stratégie en est une autre.
Une loi a été votée et promulguée, portant le coût de l’établissement de la carte d’identité, à 5 mille francs.

A partir du moment où la loi a été votée et promulguée, je n’ai plus, à défaut d’avoir un plan B, à m’installer dans l’émotion et le discours improductif. Jusqu’à ce que cette loi change ou que les acteurs politiques trouvent une solution politique pour la neutraliser, en tant que citoyen, mon rôle est de respecter cette loi et de réfléchir aux moyens de me faire établir cette carte d’identité et d’aider mes proches et ceux que je peux aider, à se faire établir cette carte d’identité. Tout autre attitude n’est que fuite de responsabilité.

Sur la question des centres d’enrôlement ouverts à travers le pays, je n’ai pas à avoir une attitude péremptoire. Il me semble avoir entendu le directeur de l’ONECI dire que c’est progressivement que ces centres seront ouverts au regard du comportement des populations dans les centres déjà ouverts. Il faut sans doute lui accorder le bénéfice de la bonne foi et observer sur le terrain comment les choses se passent. Car, la vérité est que les acteurs politiques de tous bords, les députés, etc, n’ont pas encore fait leur boulot.

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Les populations, à l’intérieur du pays, à la fois dans les villes comme en zone rurale, majoritairement, ne sont même pas informées du processus. Le coût de la carte peut avoir un impact sur la mobilisation mais même l’information qui ne leur coûte pas de l’argent, elles ne l’ont pas. Quelle est la stratégie mise en place par les partis politiques, notamment ceux de l’opposition, pour que leurs militants sachent à quoi s’en tenir? Il n’y a pas grand-chose sur le terrain, il y a beaucoup de bavardage avec de belles formules, mais dans les actes, il n’y a pas grand-chose.

On s’émeut, à raison sans doute, pour le coût de la CNI, mais qu’en est-il des milliers voire millions d’Ivoiriens, qui n’ont même pas de jugements supplétifs dont l’établissement coûte au bas mot, 25 mille francs ? Les audiences foraines, organisées dans un environnement politique pourri, ont été dans les faits, un retentissant échec. Il y a quelques mois, en ma qualité d’élu local, j’ai sillonné quelques villages et campements de ma sous-préfecture pour m’informer sur la réalité des personnes sans documents. Dans un seul village et trois campements, mes collaborateurs ont recensé 476 personnes âgées de 18 à 67 ans, qui n’ont jamais eu de jugement et qui, par conséquent, n’ont jamais pris part à une élection.

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Pour ces personnes, la CNI est-elle une préoccupation ? Il leur faut d’abord trouver 25 mille f pour le jugement supplétif, puis environ 2500 pour le certificat de nationalité, avant de penser à la CNI. Autant dire qu’elles ne sont pas concernées par l’opération en cours. Et, cette triste réalité est commune a toutes les régions de Côte d’Ivoire. Qui s’émeut de cette situation ? L’État de Côte d’Ivoire, depuis des décennies, est un Etat qui s’est illustré par son incapacité à donner des papiers à ses ressortissants. Il y a des réalités choquantes dans ce pays que les partis politiques esquivent.

Et, qu’un parti comme le PDCI, en soit aujourd’hui réduit à pleurnicher sur le coût de la CNI sans rien proposer comme plan B pour ses militants, alors que de 2010 à ce jour, il a reçu près de 10 milliards d’argent public pour son fonctionnement, un parti qui possède des dizaines de députés, de présidents de conseils régionaux, d’élus municipaux, voilà qui est étonnant ! C’est quoi le sacrifice que le Pdci est prêt à faire, non pas pour les Ivoiriens en totalité, mais pour ses militants, en attendant. Quelle est, sur le terrain, la stratégie adoptée pour aider? Il faudra un jour qu’on fasse le débat sur ce financement des partis politiques représentés au parlement.

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En politique, l’a dit Machiavel, il n’y a pas de chance. La chance en politique, c’est le génie politique. Et le Rhdp dont chacun sait que son souci est son maintien au pouvoir-ce qui est parfaitement normal-a compris qu’il a en face de lui, une opposition sans imagination qui se nourrit de rêves fous. Par conséquent, il multiplie les entraves et les actes de mauvaise foi, dans une perspective que les autres ne semblent pas comprendre : gagner du temps. Ils ont le pouvoir, ils ont les caisses de l’État, ils ont participé à tous les gouvernements depuis 2003 et ils connaissent la musique…

De 2010 à ce jour, il y a eu deux opérations de révision de la liste electorale et une opération de recensement général, boycottés par le Fpi, toutes tendances. De sorte que s’il y a eu dans cette période, près d’un million de nouveaux inscrits, ils sont majoritairement des personnes proches du Rhdp ou, dans une certaine mesure, du Pdci. Comment le Fpi compte rattraper ce retard à la prochaine révision de la liste qui pourrait durer seulement 8 jours ouvrables?

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Pour avoir expérimenté cela pendant les dernières municipales, je sais que beaucoup parmi ceux qui n’ont pris part à aucune élection depuis 2010 pour une raison ou un autre, ne sont plus sur la liste electorale. Les gens savent-ils cette réalité? Le Rhdp fait de la politique, avec tout ce que cela comporte comme stratégies, comme manifestation de mauvaise foi, mais c’est une façon de faire la politique, par anticipation.

A côté du Rhdp, nous avons une opposition en panne complète d’imagination, de stratégie, d’anticipation et qui s’est installée dans le recours à l’émotion des populations à coups de conférences de presse. Peut être que le moment est enfin venu, pour que les cadres embourgeoisés de tous les partis, pour que tous les partis politiques, retournent un peu aux Ivoiriens, de l’argent public qu’ils ont amassés depuis des décennies.

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On peut condamner le nombre insuffisant de centres d’enrôlement, on peut condamner le coût de la CNI, on peut s’émouvoir de l’attitude de certains cadres du Rhdp qui financent l’établissement de la CNI pour leurs militants et laissent les autres Ivoiriens en rade, on peut traiter les membres du gouvernement de « méchants » et autres qualificatifs. Mais quand on a fini de dire ça devant des micros, sur Facebook, qu’est-ce ce que chacun fait pour ses militants, pour ses parents, pour sa famille…en attendant que les « méchants » deviennent « bons »?

C’est cela, la question de fond. Qu’on devrait traiter sans émotions. Et il y a longtemps que j’ai dépassé le stade de l’émotion. Car en paroles et en invectives, nous sommes tous capables. Mais en actes, c’est le désert.

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