Scandale à la Coopec : Quand l’administrateur provisoire de l’Etat devient un problème

Une organisation budgétivore avec un fonctionnement opaque, un effectif pléthorique… C’est là une partie des critiques faites à la d’épargne et de crédit de Côte d’Ivoire. Scandale à la , le feuilleton ne fait que commencer.

Des responsables de la Coopec dénonçant la mafia de l'Unicoopecci
Des responsables de la Coopec dénonçant la mafia de l’Unicoopecci

COOPEC COOP-CA est une société coopérative (structure privée) dont les activités sont tournées vers le social au profit de ses membres. En effet, nous sommes un système financier décentralisé (SFD) ainsi nous collectons les ressources financières de nos sociétaires et nous mettons cette épargne à la disposition de ces derniers pour la réalisation de leurs projets.

Environ 1000 employés pour seulement 134 points de service

En tant que coopérative, nous avons adhéré librement à l’Union Nationale des COOPEC de Côte d’Ivoire qui est l’union des sociétés coopératives de base. C’est dans cette optique que les Conseils d’administration ont signé un contrat d’affiliation annuel avec l’ afin de disposer de plus de forces financières et de représentativité.

Cependant, plutôt que notre Union nous permette de faire des économies d’échelle, nous nous sommes retrouvés face une organisation budgétivore ayant un fonctionnement opaque, un effectif pléthorique (environ 1000 employés à ce jour pour seulement 134 points de service) et une organisation administrative qui brise les différents paliers de responsabilité dans la représentation et le travail.

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Dans la conception initiale de ses promoteurs, l’UNACOOPEC-CI devait en principe fonctionner avec les excédents des caisses de base et les cotisations de ses membres à savoir les COOPEC de base. Par la suite, elle devait se transformer en une véritable banque de financement des activités des COOPEC, puisque ces dernières évoluent dans le secteur de la microfinance et ont besoin de l’appui d’une banque commerciale pour aller à la compense.

Cependant, contrairement au principe de subsidiarité énoncé dans les textes de l’OHADA régissant les sociétés coopératives, l’UNACOOPEC-CI a toujours mené des activités concurrentes aux caisses de base ; partageant les CPD (frais de tenue de compte), prenant d’autorité 40% des bénéfices de nos produits et faisant des bénéfices sur les ressources qu’elle met à la disposition de ces caisses. Elle donne des instructions à tout le personnel déployé dans les COOPEC de base sans référer aux Conseils d’administration alors que les employés sont rémunérés et notés par les caisses de base.

Les grandes contradictions au sein de l’UNACOOPEC-CI

1/- l’UNACOOPEC-CI perçoit d’énormes cotisations qu’elle prélève d’office sur les caisses de base en termes de RCC (Répartition de la charge commune). Ces cotisations couvrent l’entièreté de ses charges qui comprennent les salaires des 985 employés de l’ensemble du réseau. Mais, curieusement, les salaires des employés de chaque caisse de base sont à nouveau payés directement chaque année sur le budget des caisses respectives qui emploient le personnel, ce qui crée, pour les COOPEC de base, une double imputation salariale.

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2/- l’UNACOOPEC-CI prend des bénéfices sur les produits des activités des caisses de base sans indiquer les clés de répartition qu’elle applique et sans l’avis préalable des Conseils d’administration de ces caisses. C’est d’ailleurs ce qui explique que le taux de 3,5% de rémunération du DAT des caisses de base placé depuis plus de 10 ans sur le compte Caisse Centrale logé à la faîtière a été réduit en 2016 à un taux de 2,5% de façon unilatérale par l’UNACOOPEC-CI alors que les COOPEC de base sont appelées à rémunérer les DAT aux Sociétaires entre 3.5 et 5%.

Aucun justificatif aux commissaires aux comptes

Ce mode de gestion très opaque, à propos duquel elle refuse chaque année de fournir les pièces justificatives aux différents commissaires aux comptes, grève le fonctionnement des caisses du réseau, ce qui explique les déficits chroniques de l’ensemble des COOPEC.

Autant de manquements et de dysfonctionnements de l’UNACOOPEC-CI qui ne permettent pas aux caisses de base de respecter scrupuleusement les ratios prudentiels indiqués par le Trésor public, la BCEAO et la Commission bancaire.

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En outre, il est à noter que le règlement financier de l’UNACOOPEC-CI est contraire à ses Statuts et Règlement Intérieur qui responsabilisent les Conseils d’administration. En effet, la contradiction réside dans le fait que seule la signature du Directeur Régional (un employé de la faîtière) autorise les décaissements supérieurs à 50.000 F CFA dans les COOPEC de base alors que ce sont les Conseils d’administration de ces COOPEC qui sont pénalement responsables de tous les actes posés dans le cadre de la gestion de leurs COOPEC respectives.

Un budget de 4 milliards de Francs CFA

Tout ceci montre que le fonctionnement de la structure faîtière, avec son budget colossal (4 milliards de francs CFA), hautement flexible et élastique, étouffe les COOPEC de base qui en réalité n’ont pas de problème structurel. En effet, elles ont été bien pensées par les créateurs de cette microfinance, mettant ainsi au profit des couches les plus défavorisées, les gens aux petits revenus, les agriculteurs, les petits commerçants, les retraités, etc., un bel outil de développement prévu pour être géré par eux-mêmes et qui malheureusement est en train d’être dévoyé.

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Que dire quand, par exemple, il y a quelques années, la avait des fonds propres excédentaires de plus de 700 000 000 (Sept cent millions) F CFA et qu’aujourd’hui elle se retrouve avec des fonds propres négatifs ?

A cette période, l’UNACOOPEC-CI prélevait d’office par an, jusqu’à 192 000 000 F CFA de cotisation qu’elle s’octroyait, soit environ 640 000 F CFA de cotisation payée par jour par la COOPEC de Cocody, en dehors de ses charges d’exploitation (loyers, salaires, etc.

Des cotisations de plus de 80% de charges annuelles

Selon certaines sources, dans certaines COOPEC dont nous taisons volontairement le nom, les cotisations prélevées par la faîtière représentaient plus de 80% des charges annuelles.

Ces ponctions exagérées effectuées au titre des cotisations ont conduit la caisse de Cocody à un déficit chronique alors que structurellement cette COOPEC est viable à tout point de vue.

C’est donc à juste titre que nous avions applaudi l’arrivée de l’Administration Provisoire. Malheureusement nous avons fait l’amer constat que rien n’a vraiment changé dans l’allure budgétivore et insoutenable de la structure faîtière.

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En effet, force est de constater que tout le personnel pléthorique de l’UNACOOPEC-CI est toujours en place. Comment une faîtière peut fonctionner avec autant d’employés et avoir plus de 8 000 000 000 (huit milliards) F CFA de crédits irrécouvrables ou en souffrance ? Que font donc ces agents ? Quels objectifs leurs sont assignés ? Comment s’évalue le travail qu’ils accomplissent ? L’Administrateur Provisoire est-il à la hauteur de la tâche ?

Des questions et toujours sans réponses

Comment comprendre qu’un crédit de 135 000 000 (Cent trente cinq millions) F CFA accordé au BNETP et totalement remboursé par cette structure (avec les preuves de paiement par chèques) puisse être viré en crédit irrécouvrable et provisionné en perte, en toute connaissance de l’Inspection générale de l’UNACOOPEC-CI restée sourde à tous les courriers de réclamation du Conseil d’administration de COOPEC Cocody ? La compétence de ce personnel ne devrait-elle pas être mise en cause ?

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Ce sont donc toutes ces questions qui n’ont jamais trouvé de réponses véritables qui ont entraîné de nombreuses incompréhensions et tensions entre l’UNACOOPEC-CI et la COOPEC Cocody, jusqu’à la destitution de nombreux Administrateurs dans le Réseau. Car tous les élus qui posent trop de questions ou dénoncent les travers de l’UNACOOPEC-CI sont taxés de rebelles ou de personnes ne voulant pas respecter les textes et arrêtés du ministre, induisant ainsi en erreur l’autorité de tutelle.

C’est pourquoi humblement nous demandons à notre cher et dynamique Ministre de l’Economie et des Finances de revoir l’arrêté de destitution, en allégeant les sanctions privatives de droits de ces anciens administrateurs qui ont servi la COOPEC avec honneur et probité pendant plusieurs années, afin que ces derniers puissent servir où bon leur semblera sur le territoire ivoirien et dans la zone UEMOA.

Démission, destitution et sanctions en tout genre

Il est à noter que nous avons participé aux travaux du comité de réflexion créé pour réfléchir et proposer un plan de restructuration de l’UNACOOPEC-CI, et nous assumons pleinement ces travaux. Cependant, notre démission du comité de réflexion, pour des convenances personnelles est le fruit des mêmes incohérences dans la marche de la faîtière, car selon nous l’organe financier à venir ne sera qu’une UNACOOPEC-CI bis, avec les mêmes acteurs et la même mentalité.

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En effet, selon nous, ce ne sont pas les caisses de base qui ont des problèmes. Elles sont structurellement bien assises et fonctionnent très bien. Le problème des COOPEC, c’est l’UNACOOPEC-CI. Et les administrateurs destitués par arrêté ministériel depuis 2015, subissant des sanctions disciplinaires privatives de droits d’exercer ont pendant longtemps tiré la sonnette d’alarme. Mais puisque personne ne voulait les écouter, les sociétaires sont désormais informés de cette injustice flagrante et de tout ce qui se passe dans le Réseau COOPEC. Cette situation assez délicate et explosive n’est pas une bonne publicité pour la COOPEC et le secteur de la microfinance qui n’en a pas besoin actuellement.

Des administrateurs destitués mais toujours en fonction

Toutefois, il serait bon de savoir que, certains administrateurs dans la même situation, que ceux qui ont été destitués par arrêté ministériel, continuent d’exercer jusqu’à ce jour dans ce même réseau sous la couverture et le silence coupable de l’UNACOOPEC-CI, ils y sont même à des postes de responsabilité.

Un autre problème est actuellement pendant dans le réseau COOPEC. Il s’agit de celui relatif à une fusion entre différentes caisses de base dans le processus de restructuration de l’UNACOOPEC-CI.

En effet, il est demandé de fusionner des COOPEC pour dit-on, un meilleur rendement. Cependant, comment peut-on demander au Conseil d’administration de COOPEC Cocody Coop-CA qui tient à sauvegarder son leadership moral et son autonomie de fusionner avec d’autres COOPEC qui vont l’entraîner automatiquement vers un déficit en fond propres d’environ 1 000 000 000 (Un milliard) F CFA ?

Comment peut-on vouloir nous obliger à prendre une option qui va nous faire perdre notre agrément d’exercice, actuellement difficile à obtenir ? Comment une faîtière peut-elle harceler un Conseil d’administration pour signer un document de fusion sans lui permettre d’en référer à l’Assemblée générale des sociétaires ? Comment peut-on nous demander, nous qui sommes visé à l’article 44 de la loi portant réglementation de SFD, et qui sommes sous surveillance rapprochée de ne pas respecter les injonctions de la tutelle parce qu’une fusion est en cours ?

La fusion est-elle la solution ?

Comment peut-on nous taxer de tous les noms parce que nous défendons les dépôts et les intérêts des sociétaires de la COOPEC Cocody que nous représentons ? Comment peut-on nous demander d’aller à une quelconque fusion sans avoir conçu préalablement, ni les textes devant régir les Caisses fusionnées, ni avoir diligenté des audits des différentes COOPEC à fusionner ? Comment comprendre que la Gérante affectée par l’UNACOOPEC-CI détruise unilatéralement des documents d’archives de la COOPEC Cocody Coop-CA et que malgré les réclamations du Conseil d’administration depuis lors,  aucune information sur la nature, la quantité et le délai de prescription de ces documents détruits n’ont pu être fourni par l’UNACOOPEC-CI ?

Pourquoi aucune sanction prise après  cette destruction de documents d’une institution financière ? Que cache cette destruction de documents d’archives surtout dans cette période sensible de restructuration où la COOPEC Cocody Coop-CA exige un audit ? Comment peut-on nous demander d’aller à la fusion alors même que le mode de fonctionnement de l’UNACOOPEC-CI ayant entraîné les déficits chroniques n’a pas changé, et demeure en l’état, avec les mêmes acteurs, ayant la même mentalité, et dans les mêmes conditions ? Comment peut-on nous demander d’aller à une autre recapitalisation alors qu’aucun audit fiable n’a été fait sur les deux premières ?

1300 FCFA par mois de charges aux sociétaires

Comment une microfinance peut elle faire supporter autant de charges aux sociétaires soit 1300 Franc CFA par mois alors que certaines banques classiques sont à 500 Franc CFA? Comment l’UNACOOPEC-CI peut-elle nous demander, à nous administrateurs, élus en Assemblée générale de ne pas renouveler nos mandats conformément à nos textes ? Comment une structure faîtière, ayant son budget propre de fonctionnement (jamais connu d’avance) peut-elle s’arroger le droit de faire des ponctions unilatérales en dépassement budgétaire sur les comptes des Caisses de base ?

C’est pourquoi n’ayant pas eu d’oreilles attentives à nos cris de cœurs face à cette injustice, nous avons donc pris l’attache de toutes structures pouvant nous aider. Et comme de juste (!), voici que nous en avons l’opportunité avec vous.

Vu tout ce qui a été énoncé ci-dessus, nous, Conseil d’administration de la COOPEC Cocody Coop-CA, sommes convaincus que l’UNACOOPEC-CI ne peut pas réussir à relever les défis de la restructuration, car elle reste accrochée à son mode de fonctionnement pyramidal, brisant les paliers et s’invitant même dans la gestion interne des COOPEC de base, dans un secteur dit de financement décentralisé. En un mot le problème de l’UNACOOPEC-CI c’est la mauvaise foi et la mauvaise gouvernance.

La COOPEC, nouvelle bombe sociale en Côte d’Ivoire ?

Toutes choses qui ont amené la COOPEC Cocody Coop-CA à solliciter l’arbitrage des tribunaux compétents afin d’éviter que l’UNACOOPEC-CI pille ce qui reste des dépôts de nos sociétaires par sa mauvaise gestion.

Monsieur, votre action, à n’en point douter, permettra de désamorcer cette bombe sociale qu’est la COOPEC car les dépôts et l’argent des petits épargnants de notre pays doivent être sécurisés et non investis dans une Union, ni un organe financier qui aura un train de vie supérieur à ce que les COOPEC de base ne peuvent supporter.

Au regard de tout ce qui précède, Monsieur, c’est pour nous un impérieux devoir que vous soyez enfin bien informés de la situation. Nous osons croire en vous.

S’il est possible, autant que cela dépend de vos prérogatives, nous vous saurions gré de faire, s’il vous plaît, ce qui est nécessaire afin de protéger, sécuriser et gérer au mieux les dépôts de nos sociétaires et que la COOPEC se porte bien et que le secteur de la microfinance en Côte d’Ivoire retrouve ses lettres de noblesse.

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