2020: « le RHDP s’appuie sur les sorties xénophobes de Bédié pour avoir des militants du nord ou d’origine étrangère »

Le journaliste Saïd Penda fait une analyse de la présidentielle de 2020. Pour lui la victoire du de Ouattara ne semble faire l’ombre d’aucun doute.

Face à une opposition divisée et affaiblie par des querelles internes, la victoire du parti au pouvoir à la prochaine présidentielle ne semble faire l’ombre d’aucun doute. Mais il faudrait que le RHDP d’Alassane Ouattara réussisse à maintenir la cohésion en son sein et, surtout, qu’elle arrive à mobiliser ses militants le jour du vote.

Le maintien de la cohésion

À une année de la prochaine présidentielle, on ne connaît toujours pas le ticket (président/ vice-président) du parti d’Alassane Ouattara. Pour ceux qui savent décrypter les intrigues politiques, il y a au moins deux évidences que l’on peut avancer sans risque de se tromper:

1- Alassane Ouattara ne sera pas candidat en 2020 ;

2- (actuel premier ministre) sera le candidat du RHDP pour la présidence de la république. Ceci étant, le choix du candidat à la vice-présidence pourrait créer quelques frictions et perturber la cohésion au sein de cette formation.

Deux certitudes à ce niveau :

1- l’actuel vice-président ne sera pas candidat à sa propre succession ;

2- Amadou Gon Coulibaly (AGC) étant du nord, son colistier sera d’une autre région du pays, afin de respecter les équilibres régionaux.

Les prétendants pour compagnonner avec AGC ne manquent pas et c’est justement cette pléthore qui pose problème. Les plus en vue sont l’actuel président du SENAT, ; le secrétaire général de la présidence de la république, ; le ministre de la construction ou encore le très remarqué ministre de l’agriculture, Adjoumani, qui a joué un rôle de gladiateur au sein du mouvement ayant permis de drainer vers le RHDP d’Alassane Ouattara la quasi-totalité du peuple du PDCI, ne laissant à Konan Bédié que la portion congrue.

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Ces quatre ont l’avantage d’être des anciens du PDCI, deuxième grand parti de la coalition qui s’est muée en parti présidentiel (RHDP). Les héritiers du général Gueï, conduits par le charismatique Mabri Toïkeuse, croient, eux-aussi, pouvoir prétendre à la vice-présidence. Même si elles se tiennent sagement à l’écart de ces luttes larvées de positionnement, les grandes figures féminines du RHDP ont du répondant et pourraient constituer l’alternative qui réconcilierait les prétendants. , ou encore ont démontré lors de débats qu’elles sont de redoutables bêtes politiques, de véritables fauves, sans compter la maestria avec laquelle elles ont su gérer les différents ministères qui leur ont souvent été confiés. Chacune de ces amazones du RHDP ferait donc une bonne vice-présidente de la république.

La mobilisation de ses militants et sympathisants

A l’exception du PDCI qui a subi une véritable purge, la recomposition politique actuelle n’aura que très faiblement impacté les autres grands partis du pays. La coalition au pouvoir n’a pas subi une saignée par les départs d’ et celui, moins signifiant, de . Le RHDP conserve donc environ 90% de l’électorat qui lui était acquis depuis 2010. De la même façon, le FPI (front national ivoirien…) du criminel de guerre Gbagbo n’aura été que très faiblement perturbé par le départ de ceux qui se reconnaissent désormais en Affi N’guessan.

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Par ailleurs, la captation ici et là, par le parti présidentiel, de quelques dignitaires du régime Gbagbo n’a pas ébranlé ce parti. Même le limogeage quasi-acté de du parti de son presque désormais ex-époux, ne devrait pas se matérialiser par des départs massifs de ce parti au profit de la formation que va créer l’ex-première dame. Tout au plus, un nombre plus ou moins important de militants du FPI favorables à Simone choisiront de ne pas voter à la présidentielle prochaine, mais ils n’accorderont pas leur vote au camp adversaire.

Dans un contexte où les lignes ne semble pas avoir beaucoup bougé, l’élément déterminant de la prochaine présidentielle sera la capacité, pour chacune des chapelles, de mobiliser son électorat dans la période précédant le vote, mais surtout le jour du scrutin. A ce sujet, et sans qu’elle ne s’en rende compte, l’opposition ivoirienne est devenue la pièce maîtresse du dispositif de mobilisation du RHDP. En effet, l’opposition ivoirienne s’arc-boute dans un discours xénophobe croyant séduire par cette posture populiste la majorité des électeurs. Or, s’il est vrai que la désignation de l’étranger comme le bouc-émissaires dont le renvoie chez lui permettra de résoudre tous les problèmes du pays peut séduire la Côte d’Ivoire visible et audible (celle qu’on entend souvent et qu’on voit sur les réseaux sociaux), la réalité est que l’électorat ivoirien est désormais très métissé.

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Les statistiques ne sont pas très pointues, mais les résultats de quelques très rares études sociologiques qui traitent de ce sujet laissent apparaître que les Ivoiriens du nord, qu’ils soient ou non sympathisants du régime Ouattara, et les Ivoiriens d’origine étrangère -généralement ouest-africaine ou naturalisés- constitueraient aujourd’hui entre 50% et 55% de l’électorat ivoirien. Les Ivoiriens du nord, qui savent que la rhétorique xénophobe de l’opposition (Bédié et le parti de Gbagbo) désigne souvent aussi ces citoyens du septentrion ivoirien, et ceux issus de l’immigration (2e et 3e génération) constituent un électorat qui se retrouvent naturellement dans le camp des Ouattaristes.


Face à cette réalité, il n’est donc pas exagéré d’affirmer que pour le pouvoir Ouattara, si cette opposition n’existait pas, avec son idéologie xénophobe et sa rhétorique tendant à assimiler les Ivoiriens du nord à des étrangers, il aurait fallu la créer. Chacune de ses sorties constitue souvent pour le régime du pain béni qui favorise le parti dans sa mobilisation autour du risque existentiel qui guette la majorité de ses militants.

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Le reste se passe dans la tête de chacun des militants et sympathisants RHDP du nord ou d’origine étrangère : si jamais l’opposition arrivait au pouvoir, elle mettrait à exécution son plan d’antan consistant à faire de tous les Ivoiriens du nord des étrangers. Il n’y aujourd’hui pas de slogan plus mobilisateur pour les militants les Ivoiriens ressortissants du nord ou naturalisés que celui-là. L’opposition ivoirienne est donc devenue le meilleur allié du parti de Ouattara.

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