« Affaire si Bédié est candidat, Ouattara sera candidat » : « Faux, c’est Ouattara qui veut légitimer son manège électoral »

Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara se sont entretenus ce mercredi 8 août 2018
Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara se sont entretenus ce mercredi 8 août 2018

Ivoiresoir.net vous propose la déclaration Sylvain Takoué, Président du Rassemblement des Fiers Ivoiriens (R.F.I.) sur de Affaire « Si Bédié est candidat en 2020, Ouattara sera candidat ».

La presse ivoirienne, qui trouve fortement échos dans les médias sociaux, prête à monsieur , ministre du gouvernement Gon Coulibaly et beau-frère du président Ouattara, d’avoir dit, récemment, que « si Bédié est candidat en 2020, Ouattara sera candidat » aussi. Puisque l’intéressé lui-même, c’est-à-dire le ministre en question, ne dément pas ces propos, nous les tenons pour évidents, et nous l’en remercions grandement, oui, d’avoir avoué, à tous, les manigances de l’ombre.

Petit à petit, comme on le voit tous, la vérité toute nue, sur la question d’un 3ème mandat présidentiel voulu par le chef d’Etat sortant, que lui-même emballe d’un certain mystère pourtant peu voilé, émerge des eaux troubles du régime RHDP unifié : le chef de l’Etat va donc surement rempiler à la .


« Le peuple ne voudra pas de celui qui veut un 3ème mandat… »

Son fameux discours de congrès, du 26 janvier dernier, tenu tout feu tout flamme, et en toute émotion au , informait déjà clairement les Ivoiriens et le monde entier de son désir d’être au pouvoir (ou à défaut, son parti unifié) pour 50 ans encore. Son ministre Bruno Koné, membre de sa belle-famille, c’est-à-dire une source bien introduite dans le secret de polichinelle, éclaire, plus encore, nos lanternes et nos esprits sur cette affaire de 3ème mandat en vue et déjà bien « callée », « gérée », « bouclée ». Or donc, on comprend maintenant pourquoi ces expressions béatement triomphalistes fusaient de partout, dans son camp, ces derniers temps. Mais regardons bien sereinement les choses en face : peut-il encore raisonnablement prétendre à un 3ème mandat présidentiel en Côte d’Ivoire ?

Certes, la Constitution référendaire de 2016 (votée à plus de 86%, selon l’enthousiasme du chef de l’Etat) a arrangé le coup pour lui. Car dans l’entendement de son régime politique qui a concocté ce coup constitutionnel, cette Loi fondamentale aurait, en quelque sorte, remis le compteur à zéro, pour lui. Ainsi, à la lecture de cette Constitution faite sur-mesure pour lui et qui opère une rupture d’avec la défunte 2ème République ivoirienne, l’actuel chef d’Etat pourrait être juridiquement réputé n’avoir comptabilisé à son actif aucun mandat présidentiel qui ne saurait être pris en compte sous l’actuelle 3ème République.

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Ce subterfuge savamment créé, ferait de lui, un candidat à la fois neuf et nouveau pour la première élection présidentielle de 2020, qui devra être organisée sous la 3ème République. C’est donc sur cette gymnastique constitutionnelle qui, en fait, est un grotesque piège politique tendu au peuple ivoirien, que compte son régime pour le maintenir, vaille que vaille, au pouvoir d’Etat. Cela, en verrouillant, par ailleurs, le système électoral futur par le nouveau dispositif du parrainage des élus, actuellement envisagé, dont devraient désormais se prévaloir les futurs candidats au poste présidentiel, alors que le pouvoir a déjà pris le soin de débaucher chez ses rivaux, et pour lui, la majorité des élus (députés, sénateurs, conseillers municipaux, conseillers régionaux…). Il change ainsi les règles du jeu pendant le match, chose qu’il ne pourrait lui-même accepter ni admettre.

« Politiquement, ce serait une erreur monumentale, pour lui, de s’y aventurer, car ce piège pourrait se refermer dangereusement sur lui. »

Mais, comme nous l’avons dit plus haut, regardons sereinement les choses en face : Alassane Ouattara peut-il encore vraiment prétendre à un autre mandat quinquennal, malgré ce piège « ingénieux » qu’il a fait préparer par « sa » Constitution ?

Politiquement, ce serait une erreur monumentale, pour lui, de s’y aventurer, car ce piège pourrait se refermer dangereusement sur lui. Il aurait tant pris les Ivoiriens pour de grands naïfs à qui il a suffi de faire voter une Constitution, qui ferait exactement de lui un président-monarque, qu’il s’en frotte tout bonnement les mains. Or, en vérité, il n’en est pas à n’avoir jamais exercé de mandat présidentiel à la tête du pays. Sinon, pourquoi parlerait-on, pour lui, de vouloir d’un troisième mandat, si tant était que le compteur de la magistrature suprême était vraiment remis à zéro en sa faveur ?

A la vérité donc, ce n’est pas qu’ veuille être forcément candidat en 2020 pour qu’Alassane Ouattara le soit aussi, mais bel et bien le chef de l’Etat sortant, qui veut être encore candidat présidentiel, malgré les oppositions à ce projet. Il pense conditionner ainsi, et même légitimer, son manège électoral et son tour de passe-passe, en s’arrimant à une probable ou encore inexistante candidature du président Bédié. S’il pense que le peuple ivoirien va gober le juridisme nébuleux de sa Constitution de 2016, et qu’il va se faire tout gaillardement élire par les Ivoiriens devenus mâtures, il se trompe lourdement.

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Qu’il regarde, avec les yeux grands ouverts, ce qui se passe en , aujourd’hui : après 20 ans de pouvoir, le président , vieillissant, perclus et mal en point, prétend encore à un 5ème mandat présidentiel. Quelle réponse lui donne, depuis des semaines dans les rues, le peuple algérien ? La désobéissance civile, qui enfle au fur et à mesure le ras-le-bol des gouvernés, l’Algérie étant un peuple, dont la moitié, a moins de 30 ans. C’est donc une nation jeune et extrêmement lucide, éclairée, alerte qui dit vaillamment ce Non, collectif et massif, à la confiscation du pouvoir d’Etat par un ultraconservateur qui ne démord pas, mais qui pourrait perdre la face devant la pression populaire de rue.

Par ailleurs, le président Bédié, même s’il se portait légitimement candidat en 2020, parce qu’il jouirait, lui, d’une nouvelle virginité présidentielle, ne saurait faire justifier la candidature d’un chef d’Etat sortant, comme Alassane Ouattara, politiquement forclos, parce qu’il se sera déjà usé, quant à lui, en deux mandats quinquennaux consécutivement brûlés.

C’est une situation implosive et explosive sur laquelle ceux qui veulent d’un 3ème mandat présidentiel pour notre chef d’Etat sortant, qui a consécutivement déjà consommé deux quinquennats (10 ans de régime), devront méditer pour éviter à la Côte d’Ivoire une autre absurde  crise du pouvoir.

Par ailleurs, le président Bédié, même s’il se portait légitimement candidat en 2020, parce qu’il jouirait, lui, d’une nouvelle virginité présidentielle, ne saurait faire justifier la candidature d’un chef d’Etat sortant, comme Alassane Ouattara, politiquement forclos, parce qu’il se sera déjà usé, quant à lui, en deux mandats quinquennaux consécutivement brûlés. Après 10 ans de pouvoir, qu’aura-t-il vraiment à proposer d’autre, de nouveau ou de neuf, aux Ivoiriens, si ce n’est de vouloir rester « indéboulonnable » ? Or, être « indéboulonnable » au pouvoir n’a jamais été un projet de société fiable et viable pour un peuple dont la soif pour la démocratie et la justice sociale, qui passe par l’alternance politique et la normalisation institutionnelle, est si grande dans la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui. Qui s’y frotte, s’y piquera…

Sylvain Takoué, Président du Rassemblement des Fiers Ivoiriens (R.F.I.)

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