Amnistie des prisonniers politiques en Côte d’Ivoire : La réponse cinglante de Boubakar Koné à Alassane Ouattara

Pour Boubakar Koné, porte-parole du Front populaire ivoirien (FPI d’Aboudramane Sangaré), une loi d’amnistie des prisonniers politiques en Côte d’Ivoire reviendrait pour Alassane Ouattara « d’amnistier ses propres criminels ». Interview-vérités.

Certaines ONG insistent sur la des victimes de Duékoué et même temps, ces dites ONG ne voudraient pas le Président de la République prenne une loi d’amnistie pour tous les auteurs présumés de cette grave crise. Pensez-vous qu’une loi d’amnistie serait bien ?

L’idéal aurait été que cette loi d’amnistie se prenne sans arrière-pensée. Malheureusement, nous savons très bien que la majorité des Ivoiriens avec nous que Monsieur Ouattara a envie d’amnistier ses propres criminels et il en profite pour dire qu’il va amnistier tout le monde. Nous avons pendant longtemps demandé des procès équitables, si ces procès avaient eu lieu, je pense qu’on en serait pas là.

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Aujourd’hui, de notre point de vue, il faut accélérer les procédures pour qu’à la fin des procès qui doivent avoir lieu dans un délai raisonnable, on puisse avoir une meilleure lecture des faits. Des gens qu’il n’a pas eu le courage de poursuivre, il veut par une alchimie dont lui seul détient le secret les amnistier.

Le Président Gbagbo à l’époque avait pris une loi d’amnistie, mais cela n’a pas évité la guerre que la Côte d’Ivoire a connue après ?

Malheureusement non, parce que les intentions et le plan étaient de longue durée, et donc ce n’était pas aisé de faire arrêter le processus. Le Président Gbagbo le sachant, a quand même fait sa part en prenant cette loi d’amnistie.

Aujourd’hui, si à tout hasard en prenant cette loi d’amnistie, cela permettait la libération de Madame Simone Gbagbo, ce serait quand même un bon début?

Oui, ce serait le début de la justice mais, ça ne sera pas le tout. Nous n’allons pas bouder notre plaisir d’accueillir non seulement la première dame, mais tous les autres de nos camarades dont on parle un peu moins. Nous serons heureux de les accueillir mais en même temps, nous ne nous faisons pas d’illusion quant au fait que ça ne sera pas un acte suffisant pour faire avancer réellement la réconciliation dans ce pays.

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La libération du Président Laurent Gbagbo, c’est le combat du FPI mais aujourd’hui, avec le rejet continuel de ces demandes de libertés provisoires, est-ce qu’il faut continuer d’y croire, et qu’est-ce qui pourrait faire penser qu’il est innocent ?

Le fait de rejeter continuellement la demande de liberté provisoire, contrairement à ce que la plupart des observateurs peuvent penser, pour nous ce sont des refus qui contribuent à mobiliser l’opinion contre la CPI. En ce sens qu’en refusant la liberté provisoire à quelqu’un qui est de plus en plus unanimement reconnu comme innocent, la CPI porte atteinte à sa propre crédibilité et à sa propre image.

Cela dit, nous savons aussi que le Président Laurent Gbagbo est innocent et après le passage de 82 témoins, il n’ y’a pas un seul début de sa culpabilité. Donc, plus ça traine, plus de monde en sont convaincu et tant pis pour la CPI.

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Le président Ouattara disait récemment qu’en Côte d’Ivoire, il n’y avait pas de prisonniers politiques, j’imagine que vous n’êtes pas de son avis. Si oui quelle définition devrait-on donner au terme prisonnier politique?

Parfois, on a l’impression que le commun des mortels à la définition de certains termes et monsieur Ouattara en a le monopole d’une définition privée que nous ne connaissons pas et que nous ne comprenons pas. Sinon dans ses propres discours, il lui est arrivé de reconnaître ici et là, que des gens sont en prison pour de motifs politiques. Quand il parle de ceux qui sont poursuivis pour les événements post-électoraux, mais enfin c’est déjà de la politique. Monsieur Ouattara est constant dans sa capacité à dire une chose et son contraire sans se déranger.

Quelle est la condition de l’unification du FPI ?

Je vais vous donner deux conditions. L’une est technique et l’autre est politique. La condition technique c’est que monsieur Affi ayant été seul exclu parti mais par un congrès régulièrement réuni, il faut que parallélisme des formes oblige, un autre congrès pose son cas et que les congressistes acceptent de le réintégrer, ce qui n’est déjà pas le cas pour le congrès à venir parce qu’il n’a pas été inscrit à l’ordre du jour.

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L’autre condition qui est politique, c’est qu’il y a une opposition idéologique claire entre les nouveaux choix de monsieur Affi et les choix fondamentaux qui sont les nôtres, depuis la création de notre parti et qui n’ont pas changé. Je les rappelle le Front Populaire Ivoirien est bâtit et fonctionne sur quatre piliers. Premièrement, la démocratie deuxièmement, le socialisme troisièmement, la prise du pouvoir d’Etat par la seule voie des urnes et enfin, la souveraineté.

Monsieur Affi refuse la plupart de ces piliers depuis 2013. C’est sur cette base que les camarades ayant été convaincus, qu’il ne veut plus suivre la ligne, ont décidé donc d’engager le débat avec lui, débat à l’issue duquel se cramponnant contre les valeurs cardinales qui nous unissent, il a commencé à poser les actes que nous avons reprouvés c’est-à-dire traiter le Président Gbagbo d’imposteur, de faussaire, considérer qu’il est mort et qu’il faut le remplacer dire que la justice ivoirienne est son gourdin au lieu de nous convaincre dans le débat.

Propos retranscrits par Prince Beganssou

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